23/10/2009
L'usage du silence
Hier soir, chez Taddei, superbe illustration du dicton "le silence est d'or".
Dans l'absolu, le thème était sérieux: "Sarkozy à mi-mandat". Bon. Ils ont réussi à passer plus d'une heure sur ledit "bilan" sans parler du plan hopital, de la carte judiciaire, de l'autonomie des universités, du paquet fiscal, du bouclier fiscal, de la suppression de la pub sur France Télé, du RSA...
Alors, là, évidemment, on se dit comment diantre est-ce possible ? Très simples, ils ont laissé des "commentateurs de la vie politique" parler. Il y avait notamment Jean-François Khan, manifestement tellement plus intelligent, mais qui s'enferre dans les mêmes guerres pichrocolines (il a passé une demie-heure a dire qu'on ne devrait même pas parler de Jean Sarkozy). François de Closets, en fait moins con que ce qu'il laisse penser de lui quand il vend ses livres, Serge Portelli, grand magistrat, mais un peu urticant à tout centrer sur les libertés publiques sans jamais parler de partage des richesses (le piège dans lequel sombre toute la deuxième gauche)...
Côté droit, on avait Chrisitan Makarian, le directeur adjoint de l'Express. Monsieur Makarian est un homme sérieux, il ne dit pas mi-madat, mais mid-term tout de suite, ça classe son homme. Il peut dire des énormités comme "ce qu'il y a de malsain, c'est que maintenant c'est Sarkozy qui donne le tempo médiatique et les journalistes tombent dans ce gros piège et lui courent après'. De la part du directeur de canard qui a consacré 96% de ses une depuis 3 ans à Sarkom, c'est une vaste blague. Et puis il y avait Frank Tapiro...
Frank Tapiro. Comment vous dire ? Faire un post "est-il un con?" serait superflu. Il vient de publier "pourquoi la vache qui rit ne pleure jamais, essai sur le génome des marques" et a été élu 3 fois meilleure agence indépendante depuis 2002. Taddei précise qu'en temps que conseiller de Sarko, on lui doit notamment "ensemble, tout devient possible" en 2007. Bon, c'est pas pire ou plus nul qu'autre chose. Le problème, le vrai problème c'est qu'il pense VRAIMENT être un acteur politique majeur. Il a un débit de Uzi, 200 mots minutes. Il brasse du vent avec une détermination à la Michael Phelps, ne s'arrête jamais, ivre de ses commentaires. Il jubile de placer des formules "ce que j'appelle l'électeur consommateur" "ce que je nomme le déphasage..." Beaucoup d'anglicismes, beaucoup de concepts éculés qu'il avance comme révolutionnaires et à l'arrivée ce truc inattendu (après un laius à pleurer de rire sur le "talent original et originel de Jean Sarkozy") : si Nicolas Sarkozy est en chute dans l'opinion, c'est que l'opinion est en avance sur les thèmes du politique. En gros, Sarko était raccord avec les thèmes à la mode de la société française en 2007 et aujourd'hui, il est plus à la mode, mais un petit tour par le dressing sémantique de Tapiro et tout va s'arranger...
Et au milileu de tous ces mâles persuadés de savoir plein de choses sur les blocages et la relance du régime, une étranegté presque une incongruité : une femme. Caroline Bongrand, romancière, essayiste. Elle a fait un truc dingue à la télé. Fou même. Elle passait son tour la plupart du temps. "Rien à dire sur le sujet". "Pas d'idée originale, je passe mon tour". Du coup, Khan et de Closets se sont calmés, le directeur de Courrier International qui a rejoint a aussi baissé la voix. Seuls les deux connards publicitaires (l'un des deux a une carte de presse, mais bon) ont continué à avancer leurs super grandes vérités sur un bilan sans jamais parler du fond (c'est sale) mais en évoquant des concepts, des postures...
Heureusement que le ridicule, dont on notera au passage la masculinté du terme, ne tue pas, le plateau aurait eu un air de fosse commune. Quand à Caroline Bongrand, ses silences m'ont bigrement donné envie de lire ses livres.
Demain, je commence une nouvelle vie loin du salariat, et comme on sera samedi, j'écouterai pousser mes cheveux...
12:26 | Lien permanent | Commentaires (3)


