Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/04/2017

A mes amis abstentionnistes (j'en ai trop) : je vous comprends, mais ça ne règlera rien

Amis abstentionnistes, ne nous fâchons pas : je vous comprends tellement. Bien sûr, cette élection est guignolesque, grotesque. Le mythe de l'homme omniscient, cette ultra personnalisation, le sauveur seul pour une multitude de défis ou des milliers de bonnes volontés seront encore insuffisantes... Et puis franchement, les règles sont biaisées, même avec des primaires et des mouvements hors du truc, est-ce que la démocratie est vraiment respectée ? Entre les temps de parole et surtout la qualité de celle-ci, l'impartialité de ceux qui posaient des questions, tout cela a été bafoué. Pourquoi Charlotte Marchandise, retenue par une primaire citoyenne à 130 000 électeurs, n'a pas eu le droit de concourir quand quelques candidats baroques ont eu le droit de se lancer dans le barnum au motif qu'ils ont eu 500 signatures d'élus ?

Je vous comprends aussi parce que les sondages ont biaisé le jeu, biaisé le suspense et poussé à des casse tête insolubles sur l'utilité de l'inutile contre l'inutilité de l'utile. Du coup, exaspérés ou se sentant mal représentés, vous êtes si nombreux à être dégoûtés, en colère ou indifférents. En écoutant certains débats, certaines promesses, certains échanges, je peux parfois éprouver les mêmes sentiments. Pour autant, j'évite de me tromper de colère. Car eu égard à ce qui pourrait arriver, vues les options sur la table, ça ne vaut pas le coup de rester chez soi. 

Je vais t'éviter la litanie sur "tellement sont morts hier pour que tu aies le droit de voter". Je voudrais plutôt te parler d'aujourd'hui plutôt qu'hier. Il y en a qui meurent, en Russie, en Turquie, pour essayer de la ranimer, de la faire revivre, cette démocratie. Il y a tout de même onze candidats, dont 10 démocrates, ça fait au moins 10 choix, 9 de plus qu'en Russie, qu'en Turquie. Alors, quand même, va voter. Au moins là. Au second tour, s'il reste deux démocrates, tu auras le droit de préférer manger des bulots et buvant du blanc avant une pétanque, mais allez là, 10 minutes de ton dimanche pour pouvoir continuer à critiquer les responsables politiques, je te jure que c'est un marché équitable. Parce que tant que nos institutions ne nous protègent pas d'un basculement en dehors de la démocratie, il faut s'occuper de la politique avant qu'elle ne s'occupe de nous. Alea jacta est.  

21/04/2017

A mes (toujours) amis macronistes : vous n'êtes pas hors partis, vous êtes l'UMPS

umps.pngLes macronistes radicalisés n'iront sans doute pas plus loin que le titre. Tel le taureau affolé par la muleta, le thuriféraire d'En Marche ! réagit au quart de tour. "UMPS" étant une trouvaille sémantique du Front National, il est probable qu'ils n'iront pas plus loin en hurlant au populisme. Quelle triste cécité... Ca n'est tout de même pas moi qui assure la promotion des idées conjointes de membres LR et PS. Macron, c'est le rêve de Marine le Pen dénonçant cette collusion des deux principaux partis de gouvernement, sur l'emploi, la fiscalité, l'écologie, l'Europe, Macron répond exactement selon les attentes de Madame le Pen. 

Précisons d'emblée une choses importante : cette anathème frontiste, cette idée que le PS et LR sont fusionnables, dans l'absolu, est fausse. Les candidatures de Fillon et de Hamon servent à le rappeler. L'égalité et la liberté sont deux pôles éloignés, comme le montre Isaiah Berlin et tous ceux qui prétendent pouvoir les réconcilier comme Macron sont des petits margoulins. Quand on mélange du blanc et du jaune d'oeuf, il ne reste que du jaune. Quand on mélange de l'égalité et de la liberté avec une "égalité des chances" où l'on travaille sur les conséquences, sans oeuvrer sur les causes, il ne reste que de la liberté de faire ce qu'ils veulent pour les bien nés et de pleurer pour les autres.

Prenons juste l'Europe. Pour des raisons qui m'échappent, Macron est jugé "européen". Il est européen, il aime Schaüble. Il veut qu'on baisse notre dette, qu'on tue le déficit, baisse la dépense publique et mettre fin aux monopoles d'Etat. Arrêtons nous sur celle là : est-ce malin de renforcer la concurrence contre la SNCF ? Veut-on connaître le sort des transports anglais ? Sur l'énergie ? Sur les transports urbains ? Et puis quoi encore, casser l'intermittence et le prix unique du livre comme le veut la Commission ? Inepte... La loi Macron répond point par point aux injonctions de la Commission et quand il hurlait que la loi El Khomri n'allait pas assez loin, là encore, il fallait comprendre pour s'aligner sur les critères de dérégulation du travail tels qu'on les envisage à Bruxelles... Allez, un dernier pour la route car il ne doit pas aimer les enfants de Brigitte : c'est le seul candidat à avoir signer le CETA qui passe à la poubelle une cinquantaine de marqueurs et étiquettes environnementales. C'est le pire des 11 candidats pour l'écologie, ça n'est pas moi qui le dit, ça sont toutes les ONG écolos...

Macron remplit son vide de conviction par le casting : quelques potes de Hulot en quête de straponter pour greenwasher, Jean-Marc Borello et Catherine Barbaroux pour social washer un projet dont les fondamentaux sont appliqués depuis 30 ans et dont on peut donc donner les résultats par anticipation : augmentation du PIB français, arrivée de capitaux étrangers en masse, hausse de la spéculation immobilière plus explosion des inégalités. Pour les chiffres du chômage, dur à dire. Sa réforme visant à radier tous les malheureux qui auront refusé deux boulots de serveur à 600 km de chez eux devrait permettre de baisser le nombre de chômeurs officiels de façon drastique, mais peut-on dire qu'il aura agit pour le bien commun ? 

Secrétaire général de la Commission Attali pour Sarkozy, ayant failli devenir dircab de Fillon lorsque celui-ci était à Matignon, banquier d'affaires, ami de tous les libéraux de droite et de gauche, Macron réunit aujourd'hui les mêmes soutiens qui promeuvent sans cesse les idées les plus molles, désespèrent les citoyens avec l'idée qu'il n'y a pas d'alternative dans une époque où l'inventivité est sans limite. Au TINA Macronien, les ONG, les entrepreneurs sociaux, les boîtes intelligentes répondent "il y a des millions d'alternatives".

Il y a un double refoulé insupportable chez les macronistes qui s'illusionnent d'incarner "le renouveau" et "la démocratie des meilleurs". Leurs idées sont les mêmes que celles employées depuis trente ans avec une constance dans l'échec qui rappelle les joueurs français à Roland Garros (dernière victoire, 1983) et le renouveau ? Sorti d'un petit casting télé avec un patron du RAID, deux télévangélistes grimés en start uppers, En Marche ! a vu affluer tous les affamés de gauche et de droite qui n'étaient plus en cours depuis vingt ans. Macron dit déjà que son premier ministre sera politique, sans doute Bayrou, un mec qui était ministre il y a vingt cinq ans avec Millon, Madelin et Longuet. Au fond, c'est le seul geste écolo de Macron : recycler les déchets politiques.

Camarade macroniste qui va voter pour ton champion dimanche, tu es de droite et choqué par Sens Commun ? Ok. Tu es de gauche et choqué Mélenchon ou Hamon ? Bah t'es de droite, alors, en fait. Fait ton coming out, c'est pas dramatique. Mais une droite de droite plus une gauche de droite, ça s'appelle l'UMPS. Et c'est une autoroute à quatre voies bien dégagée pour permettre au FN d'accéder au pouvoir. Allez, plus que deux jours. Faut que ça s'arrête, là... 

20/04/2017

A mes amis journalistes, détendez-vous !

Chers amis du 4ème pouvoir, on se détend : je viens en paix. J'aurais des raisons d'être courroucé par ce que je lis en ce moment, mais allez, sans rancune ! Je vous demande juste de redescendre sur terre pour les 3 derniers jours... Vous faites pas un métier facile, je le sais. 95% des détenteurs des médias en France sont 9 milliardaires qui ont tous des commandes de l'Etat, des ronds de serviette au Siècle et des mariages consanguins. Ca facilite pas la liberté d'expression. A peu près la même proportion d'experts économiques qui interviennent chez vous sont issus de l'école néoclassique et vous prêchent à longueur de journée la sainte trinité "alléger les charges pour créer de l'emploi / baisser les impôts augmente la croissance / tout bon emploi public est un emploi public détruit". Ca n'aide pas à la diversité de vues. Dès lors, depuis quelques temps, vous vivez en bocal. Depuis une dizaine d'années, ça s'est considérablement accéléré avec les rachats à la pelle de Drahi, de BNP (Bergé Niel Pigasse), de Arnault qui sont venus concurrencer les mecs déjà établis, Dassault, Pinault, Lagardère... Et l'info elle même s'est accéléré avec des chaînes d'info en continu et une demande croissante de contenus digitaux pour lesquels vous avez recyclé les mêmes têtes de gondole aussi baptisé "éditorialiste". Et là, ça c'est ressenti niveau qualité.

Quand ils devaient signer un édito hebdomadaire, éventuellement quotidien, et une petite télé ou radio par ci par là, les gars avaient encore le temps de sortir, d'humer l'air du temps. Ca les aidait beaucoup à dire moins de conneries. Mais avec l'augmentation exponentielle du rythme de l'info et des impératifs délirants de productivité, les éditocrates expérimentent sans s'en rendre compte ce qu'ils veulent faire subir au monde entier : des cadences infernales pour une qualité de plus en plus déplorable... Et c'est ainsi que des têtes bien faites à la base peuvent dire littéralement n'importe quoi et, se souvenant de leur khâgne, trouver quelques arguments pour justifier l'injustifiable comme Christophe Barbier qui déclarait qu'il était contre-productif pour un éditorialiste de se rendre sur le terrain. La crainte de la contagion de la normalité, sans doute... C'est Ruth Elkrief et Anna Cabanna qui déclarent que Philippe Poutou est un homme dangereux et non républicain après qu'il a mouché Le Pen et Fillon. On se pince.

Je ne veux pas ici faire davantage leur procès, Halimi dans "Les nouveaux Chiens de Garde", Aude Lancelin et Laurent Mauduit dans leurs récents livres l'ont fait en version très détaillée. On sait cela, on sait qu'on vit dans un monde où l'info est présentée sous un jour uniquement complaisant pour les possédants, où l'on s'extasiera sur quelques créations d'emplois sans en regarder la nature (sociale, de statut), où l'on ne s'étonne même plus des écarts de salaires, où l'on passe plus de temps à traiter la fraude sociale que son homologue fiscale alors que la seconde représente environ 100 fois les montants détournés de la première... Ad nauseam.

Le problème de la bulle médiatique c'est qu'elle est composée de tas de gens bien qui ont honte de leurs éditorialistes. D'ordinaire, ils doivent déplorer un peu de censure où quelques accommodements pour des articles élogieux sur ceux qui sont par ailleurs de généreux annonceurs. On survit, c'est pas un métier facile. Mais là, voir un programme on ne peut plus social tranquillou, en mode retour aux fondamentaux, avec écarts de salaires de 1 à 20 (on est loin de "tous égaux"...) de travail aux 32h (on est loin du revenu universel ou du "marre du salariat") et de séparation banque d'investissement de banque spéculative (pas vraiment la vision de Proudhon...), traité comme si la France allait passer sous pavillon de l'URSS réanimée, c'est laid. De même que prendre des vessies d'alliances commerciales pour des lanternes militaires avec l'ALBA, c'est moche.

Aussi, chers amis journalistes, vous pouvez ne pas aimer Mélenchon et adorer Macron, c'est votre droit le plus strict. Vous pouvez haïr Mélenchon et ne pas vouloir condamner Fillon par anticipation, c'est l'impérieuse liberté de la presse. Mais quand même, reprendre mot pour mot les éléments de langage de Fillon, arrêter de lui poser des questions sur les affaires judiciaires qui le pourrissent, idem pour Marine le Pen et continuer à harceler Mélenchon de questions sur Chavez, Castro, Poutine et autres ? Raisonnable ? Continuer à dire que Mélenchon veut quitter l'Europe et l'Euro quand il a crié sur tous les toits que c'est faux, acceptable ? Le problème, chers amis, c'est que ce faisant, vous ne vous grandissez pas. Or, une démocratie saine à besoin d'une presse libre et respectée. La presse française se situe au 43ème rang de la liberté de la presse, d'après RSF. Pour la 5ème puissance mondiale, supposée mère des libertés collectives, ça la fout mal. Mais c'est mérité : censure, auto-censure à tous les étages. Du coup, nombre de journalistes sont démonétisés et leur parole est contreproductive à souhait. Plus Barbier, Le Parmentier, Quatremer et Pujadas s'effraient de Mélenchon, plus il monte dans les sondages. Plus leurs mensonges se répandent, plus la riposte déferlent sur le net. Mais ça n'est bon pour personne : je ne ferais certainement pas l'apologie des milices numériques de la France Insoumise, ils flinguent à tout va et dans le lot il y a d'innocentes victimes... Pour les trois derniers jours, je fais un rêve, celui que soudainement, les éditorialistes se reprennent et disent avec clarté que Mélenchon est de gauche et pas d'extrême gauche, avocat d'un socialisme redistributif et pas confiscatoire et ainsi de suite. Amis journalistes, détendez-vous, on ne vous en aimera que plus, hein. On arrive à la fin et comme dans les marathons, c'est pas la partie la plus simple. Allez, plus que trois jours.