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12/08/2018

Monsanto out, subito

Au championnat du monde de l'opportunisme politique, les membres du gouvernement français (Hulot, Poirson notamment) méritent sans conteste la médaille d'or. Se féliciter du courage de la justice américaine qui a condamné Monsanto, quelques mois seulement après leur propre déroute face au géant des semences vérolées, voilà qui a de quoi laisser pantois. Gageons que si la décision d'appel relaxe finalement Monsanto/Bayer, peu de chances que les ministres s'époumonent. Ils laisseront pisser. Car la récente décision du Parlement français n'est pas une interdiction programmée certaine à 100% dans 3 ans, mais une mise d'autorisation renouvelée pour 3 ans avec engagement à l'interdire, en 2021. Mais alors, les lobbystes et avocats de Monsanto auront trouvé de nouvelles stratégies dilatoires pour obtenir quelques années supplémentaires d'empoisonnement planétaire.

Quand on regarde le film "le round up face à ses juges" (en replay sur Arte) ce qui frappe c'est l'évidence d'un écocide et l'apathie politique dans nombre de pays, en face. Toutes les études, portant sur des milliers de cas de pathologies recensées avant et après l'introduction du Round Up, ont de quoi laisser pantois. Terres souillées, animaux malades et à la mortalité plus précoce, fausses couches, malformations congénitales et cancers en masse. Le consensus est planétaire ; agriculteurs et populations locales concernées l'attestent. Certains gouvernements ont pris leurs responsabilités en interdisant du jour au lendemain le glyphosate, comme celui du Sri Lanka (20 millions d'habitants, quand même). Deux ans après la décision historique, les avocats de Monsanto ont réussi à assouplir un peu la décision sri lankaise et à revenir inonder la marché de leur poison. Goliath garde la main contre David grâce à la corruption de nombre de scientifiques qui signent des tribunes anonymisées pour ne pas risquer directement de passer pour des traîtres auprès de leur communauté. Et il sera compliqué de trouver quel professeur de biologie s'est acheté une Porsche, une villa avec piscine ou autre. Les Monsanto Papers publiés par le Monde cette année ont levé le voile sur la corruption massive d'études scientifiques et d'institutions internationales pour outrepasser les interdictions diverses. Ca ne doit pas désespérer les bonnes volontés. 

La décision de la justice américaine hier est historique. 290 millions de dollars, s'ils sont confirmés en appel, ne tueront pas Monsanto. Mais avec plus de 600 procédures en cours, la fin de cette hydre pourrait venir plus vite que prévu. Il faudrait juste deux coups de pouce supplémentaire. La communauté scientifique redouble d'efforts, les journalistes d'investigation aussi pour appuyer les collectifs de victimes et d'habitants à proximité de zones d'épandage. Le géant chancelle mais tient bon, pour l'heure. Les deux éléments à même de le faire tomber sont connus : des justes et courageux lanceurs d'alerte en interne, et des politiques nationaux et supranationaux. 

Monsanto compte environ 25 000 salariés. Tous n'ont pas des responsabilités importantes, tous n'ont accès aux infos sensibles, mais tous sont complices d'un écocide qu'ils ne peuvent ignorer. On voudrait tous leur offrir les textes d'Arendt sur la banalité du mal pour qu'ils voient ce que leur inertie, leur incapacité à dénoncer a de meurtrière. Que le PDG, son entourage direct tiennent bon, je comprends. Hier, ils ont assuré le jardinier victime d'un cancer par leur faute de leur "compassion, mais en réaffirmant qu'ils ne sont en rien responsables de sa maladie". Eux ne bougeront pas, ce sont des jusque boutistes. Mais les autres ? Comment expliquer qu'il n'y ait pas parmi les quelques milliers de personnes concernées davantage de justes qui décident de faire quelque chose pour l'humanité ? L'argent n'explique pas tout. Les cadres moyens ne reçoivent pas des millions de dollars pour leur silence. La peur non plus, Monsanto n'est pas la Camora et n'exécutera pas d'une balle dans la nuque les lanceurs d'alerte, même s'ils sont clairement menaçant.  On assiste plutôt à un phénomène de tétanie par un mélange de honte et de résignation, comme une agression dans le métro, tant que les autres ne bougent pas, pas de raison que je bouge. Qu'un seul se lève et les autres suivront, gardons espoir. 

En attendant le salut par de courageux chevaux de Troie salariés de Monsanto, seul le politique peut faire basculer les choses. Mais sans trembler, sans atermoiements, sans délais. Dans "pourquoi les riches votent à gauche", le journaliste Thomas Frank montre très bien comment les Démocrates américains enrobent dans un jargon technocratique, leur absence de volonté de faire changer les choses. Surtout, ne pas brusquer les grandes firmes privés chez qui ils partent après leurs postes à la Maison Blanche : la liste des conseillers de Clinton et Obama partis chez Goldman Sachs, City Group, Uber, Google et consorts avec des nouveaux émoluments en millions d'euros a de quoi faire vomir. Pour justifier leur inaction, ils invoquent toujours "la complexité du dossier", sans jamais revenir à la question des principes. La justice, qu'elle soit sociale ou écologique, repose sur des grands principes, pas des détails. La santé doit être gratuite, on doit porter assistance... Les décrets d'exception viennent après. Toutes les réformes de justice portent en elles cette radicalité : la sécurité sociale, l'école gratuite et obligatoire, les retraites par répartition, la séparation de banques de dépôt et de spéculation pour ne pas léser les clients... Il faut partir de l'idéal et se coltiner le réel ensuite. En l'espèce, interdire purement et simplement Monsanto. Inverser le camp de la peur. Les contraindre à prouver, face à une justice indépendante, la parfaite innocuité de leurs produits (bon courage)...

Bien sûr, il y aura des cris d'orfraie. Pas seulement des avocats de Monsanto, mais de quelques lobbystes dument appointés, de pontes de l'agro business, de relais médiatiques et de nombre d'agriculteurs, aussi, inconscients de l'empoisonnement et de l'auto-empoisonnement dont ils sont coupables. Mais ces atermoiements arriveront quoi qu'il arrive. Quand Ambroise Croizat met en place la Sécurité Sociale, les employeurs français ont hurlé que les cotisations santé allaient tuer leur productivité et toute la litanie de sornettes libérales. Bon. Les entreprises n'en sont pas mortes et l'espérance de vie des français en bonne santé a progressé de 20 ans en un demi siècle. Laissons Monsanto hurler, pour retrouver des sols plus sains, des animaux non porteurs de saloperies et nous préserver du poison. Cet objectif : rendre la planète plus vivable pour les générations futures est le plus noble qui soit. Il impose "juste" de la radicalité. 

 

 

 

07/08/2018

Nouvelles fournaises à ciel ouvert

Entassés dans le RER les touristes se plaignent de ce que la clim’ ne fonctionne pas. Ils pestent dans toutes les langues, mais une gestuelle universelle fait comprendre l’ampleur du ras le bol. Si je ne suis toujours pas auréolé de gloire, ma chemise, elle, a les marques du temps. Entre la Courneuve et le Bourget, nous passons devant le panneau de l’entreprise Paprec doté d’un thermomètre indiquant 38 degrés. Au pied, à côté des grues, sur les rails, des ouvriers triment. Bottés, casqués, vêtus de chasubles et pantalons longs, ils triment dans la fournaise à ciel ouvert sans qu’une lueur d’ombre ne puisse apaiser leurs souffrances.

La clim s’est répandue dans le RER, elle sera là aussi à l’aéroport, dans l’avion, elle ne quitte pas ceux qui peuvent se payer le luxe des vacances (cette année encore, 22 millions de français, 1/3 de la population resteront chez eux faute de moyens). La clim’ ne viendra pas pour les travailleurs à ciel ouverts, ils ne prendront pas l’avion. Leur bilan carbone est bas mais ils subissent ceux des autres (depuis 2000, les émissions de CO2 des habitants de pays riches a baissé de 13%, bien, mais beaucoup trop lent). Le cercle vicieux est fou : l’énergie totale des climatisations américaines représente autant que l’énergie du continent Africain, qui aurait bien besoin d’être rafraîchi, notamment les terres cultivables. Les inégalités climatiques croissent peut-être encore plus vite que les sociales, confirmant tristement l’adage selon lequel un malheur n’arrive jamais seul.

05/08/2018

Libertés individuelles et climat : et alors ?

Dans une tribune publiée dans Libération, le climatologue François-Marie Bréon expliquait une évidence : nous préserver du réchauffement climatique entraînerait des décisions impopulaires, voire, non compatibles avec la démocratie de marché. Tollé ! Les Khmers Verts sont de retour. Dégagez ennemis du peuple et laissez le cercle de la raison nous mener vers la prospérité de la croissance verte. Est-ce bien sérieux ? Depuis 15 ans, toute la rhétorique sécuritaire nous explique que cela ne coûte rien de perdre en libertés individuelles, d’être sous surveillance, tracés, fliqués, sans que cela ait jamais empêché un seul attentat. Ca passe crème. Idem pour toutes les lois anti migrants, inhumaines barricades, brutalités policières et autres épouvantables expulsions et autres reconduites. C’est un euphémisme de dire que ces mesures entravent des libertés individuelles et sont contraires à la démocratie. Mais comme ça sont les libertés de non blancs, on s’en cogne...

L’adage selon lequel la liberté s’arrête là où commence celle des autres doit être revisité dans un sens qui n’arrange pas nos égoïsmes : la liberté de décider qui vient chez nous n’a jamais prévalu dans l’histoire. Aznavour qui veut un « tri des migrants » ne serait pas la si la France avait renvoyé ses ancêtres vers la Turquie de 1915. La liberté d’être surveillé à son encontre était la doctrine du KGB et de la Stasi. Le fait que cela doit le FBI, Facebook ou la DGSE qui pratiquent cela ne rend pas cela soudainement « démocratique ». En matière climatique, la liberté s’arrête là où commence la génération suivante. Point barre. On n’épuise pas les sols, les ressources, ne détruit ou ne pollue ce qui hypothèque les choix de vie de ceux qui nous succèdent sur la planète. Point. Contrairement aux dettes monétaires, les dettes écologiques sont insolvables et non effaçables.

Si les choix qu’impose la préservation de l’environnement sont impopulaires c’est uniquement parce que nous sommes endoctrinés dans une logique court termiste fondé sur une croissance qui mesure si mal les choses. Pour rendre les choses acceptables, il faut imposer le partage à tous. Les riches détruisant la planète (cf l’opus remarquable d’Hervé Kempf), il est logique qu’ils montrent l’exemple : s’ils veulent garder leur piscine de villa, ils seront assignés à résidence et cesseront de prendre l’avion. Vive les conférences Skype. S’ils veulent manger de l’avocat, du quinoa toute l’année, interdiction de prendre la voiture et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on répartisse collectivement la baisse de nos émissions de CO2. Vous trouvez ça radical, dictatorial ? Qu’est-ce que ces contraintes face à un monde où les inondations et les incendies géants sont la norme ?