19/05/2012
Un Valls en trois temps ?
Dire que la composition du gouvernement m'a abattu relève de la litote. Pour une fois, Alain Minc avait vu juste à la veille de la nomination d'Ayrault: "Si Aubry va à Matignon, dans 15 jours elle ne prendra même plus Hollande au téléphone". Soit. D'ailleurs, Hollande se méfie d'Aubry comme d'une guigne, comme les mauvais élèves redoutent les bosseurs. Il sait qu'il a laissé le parti dans un état déplorable, à Reims, en 2008, et que si c'était ce même village gaulois qui l'avait accompagné pour conquérir l'Elysée en 2012, c'était ciao Hollande. Welcome Hollande, donc mais hello certains pantins dans ce gouvernement déserté par l'édile de Lille. Certains ont des ministères pochette surprise et ne risquent pas de causer grand tort, mais deux d'entre eux ont dans les mains une capacité de nuisance énorme. L'autre c'est Moscovici, évidemment, mais aujourd'hui, allons voir l'autre usurpateur d'idéal, Manuel Valls. Il n'aurait sans doute pas accédé à de telles responsabilités avec un autre locataire de Matignon, peu de dire qu'il ne figure pas dans la liste des chéris de la fille de Delors.
En effet, Martine Aubry avait adressé une lettre ouverte au maire d'Evry en juillet 2009 où l'on trouve cette formule : "si les propos que tu exprimes reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le parti socialiste". Plutôt que de le quitter ce qui l'aurait gêné en termes d'ascension, Valls avait préféré tenter une OPA sémantique en plaidant pour changer le nom du parti, jugeant que "socialiste" ne convenait plus à l'époque.
Buisson (Ferdinand...) Blanqui, Jaurès & Guesde (et pas "ou") Louise Michel et tant d'autres, doivent se retourner dans leurs tombes s'ils apprenaient que l'impétueux marquis d'Evry se réclame du même projet politique initial qu'eux. Dans le fond, Manuel Valls, c'est un peu comme un GPS qui répéterait inlassablement "tournez à droite" devant n'importe quel sujet: TVA sociale, retraites, autonomie des universités, flexibilité du travail, hôpitaux de proximité, respect de la laïcité intangible, origine de la délinquance -sociale ou ethnique- à chaque carrefour idéologique, notre nouveau ministre de l'intérieur n'hésite pas une seconde, c'est à droite.
Ce n'est ni le premier, ni le dernier a être entré à Solférino avec des idées pareilles. Problème, contrairement à un politique aussi médiocre que Jean-Maire Bockel, Manuel Valls n'est pas un abruti. Dommage. Car après avoir comme son héros Sarkozy conquis et bétonné son fief qui transpire l'imaginaire de gauche, avec des quartiers sensibles, des tensions communautaires à apaiser, la volonté de combattre ce cancer du chômage, Valls imite son mentor en entrant Place Beauvau. Comme le père, il critique vertement le passé, contrôle et verrouille son image. Nous voilà parti pour des reportages en cascades, tout à la gloire de notre toréador prêt à agresser les "racailles", les "fracasser" et rendre les rues "aux whites, aux blancos". Mais bon peuple de France, cette fois, ne t'offusque pas, c'est un homme de gauche qui le fait. Enfin, c'est lui qui le dit... Comme le père, enfin, il est un intime d'Alain Bauer et partage cette vision du contrôle des masses par la peur. Chouette, 5 ans de plus comme ça...
Allez, un peu d'optimisme pour finir: heureusement pour nous, il n'y a pas de vallsistes à gauche ou si peu. Le vallsisme n'existe pas. 5% dans la primaire mais plutôt pour droitiser Hollande que pour soutenir vraiment le réformiste moderne admirateur de Blair. Cette dernière phrase, en la relisant, est un peu sévère, "le vallsisme n'existe pas". C'est faux: la mise en avant de la compétitivité, l'abaissement des services publics et l'écrasement systématique des bandits par de la répression brutale, puis l'assimiliation de ces mêmes bandits à des étrangers c'est un courant de pensée politique qui existe. Mais l'OPA sémantique a l'a aussi échoué, la greffe de "vallsisme" n'a pas pris, les français ont trop assimilé ce courant de pensée au sarkozysme. C'est bien la preuve qu'ils sont moins cons que ne le pensent les éditocrates...
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