18/02/2021
A quand une enquête sur l'influence des youpins dans la finance, les fiotasses dans la mode et les féminazies dans la petite enfance ?
"Hiroshima mon amour et pourquoi pas Auschwitz mon Loulou ?", s'interrogeait avec justesse la grande Marguerite des lettres françaises au sujet du titre débile de l'escroque littéraire au même prénom qu'elle. Je repensais à ça, à propos de la gigantesque désinvolture avec laquelle nombre de commentateurs et de responsables politiques s'interrogent sur le bien-fondé de mener une enquête sur "les dérives de l'islamo-gauchisme à l'université".
On dit souvent que répéter en boucle un mensonge n'en fait pas une vérité. L'adage ne tient pas hélas, en 2021. Répéter en boucle un vocable de l'ultra droite finit par le rendre socialement acceptable dans la bouche de ministres, d'éditorialistes et autres. Car "islamo-gauchisme" n'est pas un vocable neutre, il n'a aucune origine scientifique ni aucun corpus savant détaillé. Il s'agit de borborygmes de l'aile la plus énervée de l'ultra-droite, celle qui cause de "youpins", de "féminazie", de "presstituée", de "journalopes" et autres "fiotasses", tout vocables masculinistes et racistes.
Dans une matinale de France Culture, le professeur de théorie politique à l'ULB Jean-Yves Pranchère avait rivé le clou sur le sujet : il n'y a aucun sérieux, aucune source savante liée à ce terme d'islamo-gauchisme, qui ne repose sur aucun fondement autres que des stéréotypes et raccourcis paresseux voulant qu'une partie des responsables politiques de gauche, peut être par sympathie pour la cause palestinienne, peut être par anticapitalisme et anti-américanisme exacerbé, ne seraient pas critique avec le projet d'islam politique. C'est tout. Vous ne trouverez pas de textes fondateurs de l'islamo-gauchisme triomphant appelant à voiler toutes les femmes de France et à peupler nos plages de burkini par néo féminisme, pas de tract félicitant les assassins ignobles de Charlie Hebdo, du Bataclan, de Nice, de Saint Etienne du Rouvray, j'en passe et des pires. Il n'y a aucune, mais alors aucune doctrine de l'islamo-gauchisme. Ça n'existe pas. Tout ce qui existe, ce sont des "cerveaux malades" pour reprendre l'expression de Patrick Cohen à propos de Dieudonné qui exhument les poubelles du net, les rebus des faits divers de presse quotidienne régionale pour trouver une ou deux anecdotes navrantes ou un prof n'a pas hurlé contre des couloirs de natations réservées aux femmes et ce genre de fariboles. Avec la caisse de résonance de Twitter, ces fafs se vivent en lanceurs d'alerte et voient dans ces non-faits les signaux faibles du non grand remplacement. Que des trolls fascistes, désoeuvrés, haineux, velléitaires et confits d'aigreur postent ça, c'est triste, mais c'est leur liberté d'expression. Que des responsables publics, y compris des membres de ce gouvernement, reprennent ce terme sans ce rendre compte de l'ignominie à l'oeuvre, c'est plus qu'inquiétant.
Combien de temps Roselyne Bachelot serait-elle restée en poste (c'est une supposition, pas un souhait de départ...) si, en tant que Ministre de la Culture et de la Communication, elle avait lancée une enquête sur l'importance exacerbée des youpins dans le monde des médias et des fiotasses à la culture, mettons dans la danse contemporaine, par hasard ? Elle aurait rangé ses cartons dans la journée et serait partie vivre recluse. Le fait que Frédérique Vidal soit toujours en poste montre notre résignation, notre mithridatisation face aux idées d'ultra-droite.
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