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11/01/2010

La loterie, une passion française.

Bien sûr, Paris n'est pas Macao et l'enfer du jeu n'est sans doute pas hexagonal. Néanmoins, comme chaque année, le chiffre d'affaires de la Française des Jeux et du PMU est en hausse. En forte hausse. Les journalistes sont allés chercher des sociologues pour affirmer "qu'en temps de crise du pouvoir d'achat, on se tourne plus volontiers vers la loterie, on s'en remet au hasard quand le quotidien paraît indépassable". Avec tout le respect que j'ai pour les sociologues, mon coiffeur peut arriver à la même conclusion, mais passons et pas seulement à l'as.

D'ici quelques mois, Unibet, Uniclic et autres arriveront sur le marché des jeux en ligne enfin dérégulé. Stéphane Courbit, l'associé d'Arthur est le principal fournisseur de fraîche de ce nouveau marché, un gage de qualité et d'éthique...

Je vois dans l'émergence du jeu une allégorie du capitalisme: c'est vieux comme le monde mais devient de plus en plus dur et de plus en plus cynique. Déjà, sous François 1er, quand il fallait remplir les cassettes du Royaume des Francs, on faisait tourner la tête des dingos en leur proposant de devenir riche. Et encore, je cite Francesco, mais sous les Romains déjà... Bref, le temps a filé et aujourd'hui les amateurs de bonneteau déversent chaque année 20 milliards d'euros dans les caisses desdites sociétés. Les enjeux du jeux aujourd'hui sont colossaux. Le turf laisse chaque année plusieurs milliers de personne en situation de faillite personnelle, de surendettement. Les gardes fous ne se mettent en place que lorsque ces pauvres hères sont devenus totalement insolvables, auparavant, on leur suce le peu que l'on peut.

La principale qualité du capitalisme est de savoir retourner les critiques qui lui sont faites et les inscrire dans son arsenal. C'est la thèse de l'excellent le nouvel esprit du capitalisme de Boltanski/Chiapello. En gros, la pensée gauchisante de 68 réclamait de l'autonomie, de la liberté, de l'individualisation des parcours pour donner de l'oxygène à un système sclérosé et le capitalisme lui a offert cela sur un plateau, ce qui s'est transformé en précarité des parcours, emplois subis, majoritairement pour les femmes, horaires impossible et primes au mérite... Aujourd'hui, quand le capitalisme est attaqué pour ses dégâts, il dit qu'il répare: c'est la RSE (responsabilité sociale de l'entreprise) le sort réservé aux travailleurs handicapés, le mécénat... Si ce n'est pas parfait, bien sûr, cela a souvent le mérite d'exister et de proposer des projets concrets qui apportent des petits matins souriants en attendant le grand soir. Les responsables investis de ces trucs sont souvent sincères. Pas toujours. Nestlé crée une fondation pour lutter contre les dérèglements alimentaires (Ha ha ha) et aujourd'hui, la Française des Jeux ou le PMU crée via leurs fondations des programmes pour venir en aide aux victimes d'addiction au jeu. Le dealer qui te prend en cure de réhab', vaut mieux entendre ça que d'être sourd. Un peu à l'image du capitalisme qui va se moraliser... Comme disait je ne sais plus qui l'autre jour interrogé sur la crise morale un an après: "on a besoin des banques, mais ce secteur a été incroyablement aidé pendant la crise. Or, il est à l'origine de cette crise et un an après, serait le seul secteur a tiré des profits de la crise..."

Demain, nous irons bosser dans des rues déneigés, les SDF n'en seront que plus visibles.