25/03/2010
Liberté d'expression d'accord, mais liberté tout court ?
Le Pen, Zemmour, Guillon... J'ai entendu, lu, vu beaucoup d'amalgames entre les trois en ce moment. Et c'est bien navrant ma foi.
Je vois dans ces rapprochements et ces confusions un symptôme de l'époque, une fascination morbide pour le dérapage. Passe encore que l'on retienne des discours politiques les quelques phrases censées pouvoir "pitcher" un programme, mais attendre les sorties de route pour compenser sa propre incompétence relève d'un état avancé de médiocrité.
Si l'on reprend tranquillement les trois cas d'espèce, on a trois problèmes différents: un homme public, un journaliste, un humoriste. Ca appelle trois réponses différentes.
L'humoriste. Je ne suis pas Desproges donc je renvois simplement à l'indépassable "peut-on rire de tout ? Oui, mais pas avec tout le monde". Il faut le mettre au goût du jour pour l'adapter à un problème spécifique qui fait hurler aujourd'hui l'extrême bobo, toujours prêt à tancer la doxa: Dieudonné. A une époque récente, il fallait absolument que la France cesse de vivre pour aller manifestement vaillamment pour l'extradition de ce dangereux fasciste qui conviait des négationnistes. Puis, l'idéologie Canal les Inrocks, qui déteste penser la même chose que le Monde, s'est ravisé: en fait Dieudonné c'est le plus grand de nos humoristes, n'en déplaise aux censeurs.
Très bien, je suis allé voir (merci dailymotion, je vais quand même pas payer ma place...) un bout du spectacle "Sandrine" et face au morne ennui, j'ai cessé. Timsit, Fellag, Canteloup même, eux me font rire. Dieudonné est JUSTE pas drôle. Au sujet de "on ne peut pas taquiner les juifs", il ne faisait que cela, en duo avec Elie Semoun et à l'époque, je trouvais ça très drôle... Je n'ai pas l'offusquation sélective, j'aime juste rigoler...
Bref, un humoriste a le droit de rire de tout, mais simplement le devoir d'être drôle. J'ai trouvé la chronique de Guillon de lundi très drôle, si on doit faire un procès à Guillon c'est là dessus. Hees aurait du dire : "excusez moi, Guillon est nul". Mais il ne l'a pas fait, sinon il faudrait s'excuser pour Nicolas Rey, Isabelle Giordano....
Le journaliste. Le moins que l'on puisse dire est que je ne suis pas un thuriféraire de Zemmour. Je vomis ce type. Je ne comprends pas qu'on lui permette d'être critique littéraire, lui dont les romans comportent toujours des paysans "aux mains calleuses, au teint bistre" , des torses "étiques", bref, une langue si basse qu'elle fait la nullité...
Mais là encore, le procès qui ait fait à Zemmour est décalé: pourquoi lui dire "vous êtes un fasciste" et ne pas lui dire "vous dites des conneries, rendez votre carte de presse". Honnêtement, immonde Zemmour ? Et Ivan Rioufol ou Michel Schifres, François d'Orcival (le Fig, le Fig Mag et Valeurs Actuelles) et un Alexandre Adler déclarant sans honte dans Courrier International il y a quelques années qu'on comprenait bien, au fond, que les pauvres voulaient rester dans leur fange plutôt que d'avoir le courage d'entreprendre. Leurs analyses autorisées, y compris celles de kessler et autres, n'est-ce pas également vomitif ?
Bien sûr que Zemmour a ses haines partisanes et ses boucs émissaires ! Mais tant d'autres aussi et ça plaît: le Figaro a reçu des centaines de lettres de menace de désabonnement si Mougeotte licencie la hyène... Allez dans les cafés vous verrez bien que Zemmour ne fait que répéter ce qui se dit au comptoir ce qui, pour un journaliste, relève de la faute professionnelle.
L'homme public et politique. Là, c'est plus emmerdant. On accepte sciemment d'exposer sa parole à la foule "chambres à gaz détail de l'histoire" ça fait tâche. Et tant d'autres. Il semblerait malheureusement qu'il reçoive toujours l'onction des urnes... Je devrais dire il a"réhabilité le racisme" qui rodait non loin des urnes, en fait. A une époque, second XIXème premier XXème, Maurras et consorts ne faisaient pas campagne de façon plus modérée. Mais, en face de Maurras, Blum avançait les congés payés, la semaine de 40h, la défense de la santé pour tous, alors qu'aujourd'hui, tous les imbéciles regardent le doigt et en oublient la lune...
La défense de la liberté d'expression c'est bien, mais il faudrait voir à pas oublier de continuer à défendre la liberté tout court: syndicale, sociale, de soins, d'étudier, de travailler...
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