20/04/2010
Onfray bascule définitivement du côté obscur
J'allais parler de l'affaire Furcy de Mohammed Aissaoui (Gallimard), passionnante histoire d'un esclave qui s'est battu pendant 30 ans pour s'émanciper; l'offrez pas à Ganelon Besson, il ferait des cauchemars.

Et puis j'ai lu une chronique de Michel Onfray en dernière du Monde, intitulé "littératures de vespasiennes" et j'ai profondément soupiré. Définitivement, Michel, le beau Michel a basculé. Desproges définissait les amis en disant qu'ils se distinguent surtout par leur capacité à vous décevoir car on en attend tout. Je rangerais donc Mitch parmi les écrivains amis depuis plus de dix ans que je lis avec avidité et plaisir ces divagations oniriques de diariste. Le désir d'être un volcan est sans conteste le meilleur tome de son journal, mais aujourd'hui, je doute qu'il continue à bien se vendre sauf au comité d'entreprise d'Air France... Sa contre-histoire de la philosophie, son Université Populaire, ses essais sur les goûts des philosophes, son apologie du vin, tout m'allait.
Et puis il a écrit ce livre très con, Traité d'athéologie, en 2005. L'opus minima m'était tombé des mains de désolation... C'est que l'athéologie n'est pas un sujet à prendre à la légère. Etant un anticlérical secondaire, vomissant les trois monothéismes de tous mes pores, j'attendais sur ce sujet grave de la rigueur et une attaque tranchante au Katana. Hélas ! Michel avait trop écouté ce que des intriguantes lui susurraient à l'oreille: Michel, la figure officielle des reclus... Exit la joie du polémiste, place aux arguments à la hache bourrés d'approximations historiques, mais place, place, Michel était atteint d'Hubris, le même orgueil dévorant qu'il reproche aux libéraux; Michel pris à son propre piège... Il se voyait comme LA seule alternative aux penseurs libéraux, aux bien pensants de tout crin. Depuis 5 ans, quelques philippiques plaisantes mais faciles contre BHL, un débat éclairant avec Sarko où il parvient à faire dire à Nabot Léon qu'il y a un gène de l'homosexualité et un gène du suicide, mais fors cela, conneries, conneries, conneries...
Michel veut qu'on glorifie son courage, il faut qu'il occupe toute la place dévolue aux penseurs alternatifs, alors, même quand on ne lui demande rien, il allume des incendies. Si on ne l'entend pas sur l'éducation ou la politique il se dit que pour bousculer l'establishment, il faut frapper fort et il sort un pavé de 600 pages, selon son propre aveu expédié en quelques mois, où il assassine Freud. Enfin, où il égratigne Freud, mais manifestement il ébranle une statue de bronze avec un opinel et risque bien de s'écorcher les mains. Les réponses de Roudinesco m'ont convaincu de ne pas acheter le livre. Soupir.
Et donc, cette chronique "littératures de vespasiennes" je craignais le pire et ne fut pas déçu. Cette abjection graphomaniaque, d'après Mitch ce sont... les commentaires sur Internet. Vi vi vi. Il a lu un article sur Internet qui parlait du Quai de Ouistreham. Il dit que le livre est excellent, mais les commentaires crétins. Jusque là rien de choquant, mais il voit là la montée d'un péril populiste, l'expression de nouveaux poujadismes j'en passe et des pires...
Qu'un type qui a relancé ce concept merveilleux d'Université Populaire pense ça des anonymes, c'est navrant. On dirait du Finkielkraut. Il suspecte le peuple anonyme pour quelques malheureux commentaires alors que les forums sont généralement de vivifiantes agoras virtuelles. Je suppose que c'est parce que ce ne sont pas ses anonymes, ses pauvres, ses élèves et ses groupies. C'est triste une idole déchue qui cherche à choquer le bourgeois pour exister.
Demain, nous relirons les vieux volumes du journal de Mitch pour ne pas virer rance et nous nous rappellerons, 8 ans après le 21 avril 2002 qu'il reste des relents pestilentiels dans les débats.
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