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07/01/2011

Mylène Farmer grande politologue de la jeunesse...

mylene-farmer.jpgPremière semaine de cours achevé et j'en ressors avec une perplexité comparable à celle de l'hétéro beauf devant un gommage argile. 

Ne comptez pas sur moi pour rejoindre les bataillons qui, de Zemmour en Baverez, pestent sur le déclin de notre jeunesse, qui serait inculte, non connaissante et non comprenante, juste amatrice de jeux vidéos débile et de snuff movies...

J'ai toujours accueilli avec circonspection les récits estudiantins d'un âge d'or où ils se vannaient en latin et grec et dès qu'ils avaient un moment de libre, relisaient Ulysse dans le texte (celui de Joyce bien sûr)... Non. Ils sont turbulents, chafouins, avides de vous critiquer, jubilent du mauvais esprit et c'est très bien ainsi.

Un seul point m'a vraiment chagriné: leur nihilisme. Ca m'a frappé comme un direct de Tyson ou un genou d'Erwan Larher, celui là même qui me brisa une côte (faut que je porte plainte auprès de mes parents pour défaut de fabrication...) alors que nous faisions un salutaire exercice de synthèse : une rétro 2010. Essayez chez vous, si vous vous ennuyez. Il faut fermer son ordinateur, réfléchir 10 minutes et lister tout ce qui s'est passé dans l'année puis essayer de relier les événements pour trouver une cohérence.

Premier enseignement: dictature de l'émotion 1 / recul historique 0. Quand nous passions à la France, ils se souvenaient avec une passion qu'on ne trouve plus guère que chez les numismates de tous les faits divers de l'année, mais semblaient plus peiner pour se rappeler que nous avions eu des élections régionales. Alors, je demandais qui était allé voter (pas le bulletin) et comme 1/3 seulement levait la main, je me lançais dans un prêche réac qui me surprenait moi même, arguant qu'en Afghanistan et en Irak, les citoyens sont menacés de morts, font des kilomètres à pied et vont voter à 80%, alors eux, qui ne risquent rien et sont mobiles, ils bougent leurs culs et s'ils pensent que ce sont tous des guignols, ils font comme Apathie: ils votent blanc. 

Malheur à moi. J'ai bien senti que le cynisme débordant qui les anime (festival de boutades sur Hortefeux, l'Erostrate de l'Elysée et tant d'autres, Ségolène aussi) masquait mal un profond désenchantement. Alors que j'avançais ma synthèse 2010 sur la rupture avec les élites, les succès de librairie de Mélenchon, Hirsch ou Pinçot-Charlot, qui tous à leur façon, dénonce les dérives affairistes et moi de faire la très longue litanie des affaires 2010, je me suis pris en retour un très candide mais tellement sincère "mais m'sieur c'est tout le temps comme ça, non ?". Ca m'a mis K.O. 

La semaine prochaine, je reviendrais bardé d'arguments pour leur montrer que même si c'est souvent décevant, ça vaut la peine quand même et qu'on peut contrer le spleen de Mylène Farmer avec l'enthousiasme d'un Jack Lang, cette idole des jeunes...