17/05/2011
Réflexions sur le cas DSK
Je ne me sentais pas pressé de parler de cette histoire dont on ne sait pas grand chose, mais remarque que je recevais des mails (tous masculins) pour me demander pourquoi je n'ajoutais pas quelques saillies au ramdam ambiant. Deux jours après, on n'en sait guère plus, mais le commentaire abondant de l'affaire mérite que l'on s'y arrête quelques secondes...
1/ Sur l'affaire elle-même. Un large faisceau d'indices inclinent à penser qu'il a bien commis les faits reprochés. Son passé, à la fois sexuel et politique font pencher en ce sens. DSK n'a jamais été un candidat favori. C'était un hologramme, une projection chérie, mais dans la réalité, que pouic. En 2006, il s'est fracassé sur le mur de la réalité et s'est fait étalé sur le mur de la réalité. Là, il en serait allé de même face à François Hollande et il le savait. Le "Porschogate" révélait déjà la teneur d'une campagne contre lui qui serait fangeuse plus que sur le fond et il se savait condamné.
DSK n'est pas un battant héroïque, mais un surdoué indolent qui ne veut pas voir ce qui lui arrive. Les psychiatres parlent de possible sortie de route volontaire, de refus de se colleter la possibilité d'un drame. Une analogie monte à la surface : le viol de DSK, c'est son coup de tête de Zidane. Sa façon à lui de se retirer dans le bruit et la fureur, à jamais nimbé de l'aura du plus grand qui n'aura pas connu la défaite.
2/ Sur le commentaire: dans ce vaste concours d'hypocrisie, les plus indignes sont... les strauss-khaniens et de loin. Je lisais des commentaires comme "je me fous de la vérité, je souffre de voir Dominique ainsi". Idem pour Valls et le Guen qui trouvent "les images révoltantes, faisant monter les larmes aux yeux". Bon, l'arsenal judiciaire américain est impressionnant et certes, les méthodes sont un peu musclées. Néanmoins, néanmoins, néanmoins. DSK n'est pas accusé de potentielles malversations ou délit d'initié ou je ne sais quel malveillance en col blanc, blanc comme la pureté virginale: il est accusé de viol. Imagine t'on tous les violeurs dégueulasses, ceux-là même que Sarkozy appelle à interner, à enfermer à triple tour, tous ces "monstres" emmenés délicatement ? Non, un viol est un acte immonde et DSK a suffisamment de précédents dans son casier pour que l'on soit sévère avec le puissant. L'insoutenable légéreté des strauss-khaniens qui noient dans des théories du complot la nature des faits qui lui sont reprochés à là pour le coup, quelque chose susceptible de faire monter les larmes aux yeux...
Edit 9h19, ce commentaire de mon amie Cécile: "Même l'équité et l'altruisme de Robert Badinter ne résistent pas aux intérêts de classe. Une seule victime, celui à qui on inflige l'humiliation des menottes et des flashs. La présomption de "victime du viol" n'existe plus à cette heure dans son raisonnement". Idem pour BHL qui s'énerve contre la justice américaine... Effectivement, malheureusement, la justice américaine dans ses délires paranoiaques donnent du grain à moudre aux défenseurs de DSK; 74 ans pour une tentative de viol et l'emprisonnement immédiat dans une prison lugubre semble disproportionné. Cela le laisse en posture de martyr, inverse la charge; dommage, justice...
3/ Sur les médias eux mêmes: lire l'article de Christophe Deloire dans le Monde. L'auteur, directeur du CFJ, avait publié il y a 5 ans "sexus politicus" sur les moeurs des politiques. Le livre avait failli ne pas être publié en dépit de la puissance de l'éditeur (Albin Michel) à cause du chapitre consacré à DSK... Le cas DSK selon les auteurs n'avait rien à voir avec les coureurs propres à tous les grands fauves politiques, VGE, Chirac, Mitterrand, Sarkozy, Roland Dumas... Non, pour les auteurs DSK était un prédateur incontrôlable, inquiétant les femmes... Aurélie Filipetti confessait avoir peur au point de ne pas vouloir se retrouver seul avec lui... Rien à voir avec tous les séducteurs, l'amalgame a prévalu de façon incompréhensible. La litote, l'euphémisme à tout bout de champ pour couvrir un puissant et empêcher de se retrouver enferré par l'équipe des mousquetaires d'EURO RSCG... Aujourd'hui, les langues se délient, Internet exhume une vidéo chez Ardisson où une jeune romancière parlait de la tentative de viol... Tous les grands chroniqueurs évoquent désormais leurs souvenirs dérangeants avec DSK pour bien montrer qu'eux aussi avaient vu venir la catastrophe annoncée... On a les indignations au moment où on peut, repentance tardive ne vaut pas bien cher...
4/ Sur les conséquences politiques elles mêmes. Toute prédiction strictement politicienne sur les arbitrages et rapports de force entre les partis républicains ne vaut rien. L'affaire profitera t'elle à truc ou truc ? Sarkozy perd un allié international de poids, Hollande est boosté mais ne doit pas être candidat par défaut. Aubry est lancé mais sans élan car elle manque d'allant et sa ligne démarquée ne vaut rien si elle n'est pas incarnée... Boorlo, Bayrou et autres animateur de la nébuleuse centriste ? Il est trop tôt pour le dire... Une chose est certaine, en revanche: dimanche matin, dans le numéro du JDD où la couverture affichait, laconique "DSK arrêté", les pages 2 et 3 détaillait un sondage dont plus personne ne parle: dans tous les cas de figure, DSK ou pas, Marine le Pen était créditée de 22% ou 23%. Cette affaire ne risque certainement pas de la faire retomber. Alors, à moins qu'on lui envoi un groom dans son Sofitel d'Hénin Baumont, une morne plaine nous attend tous...
Demain, mercredi jour des enfants nous irons au cinéma voir Tomboy...
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