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02/11/2012

Barcelone et l'impasse glocal

Banderas_0.jpgArrivé à Barcelone la tête farcie de clichés médiatiques sur l'Espagne, j'ai en fait retrouvé la ville que j'avais connu et non une ville au bord de l'asphyxie. Difficile de penser autre chose que crise dans ce pays quand on débarque de Paris ou tous les journaux accolent les deux termes "Espagne/crise" sauf quand on parle de foot... Avant de partir, j'avais regardé le taux de chômage en catalalogne, 22%. Plus de 50% pour les jeunes. A peu de choses près la même panade que dans tout le pays.

Evidemment, les crises sont toujours infiniment moins violentes dans les grandes villes qui rassemblent les emplois les plus qualifiés (ceux qui sautent le moins) et où le coût de résidence est si prohibitf qu'il relègue loin de la ville, les victimes de la crise. C'est la première chose qui vous choque en arrivant à Barcelone : les restaurants sont pleins, les enseignes de fringues ne désemplissent pas, la ruche bourdonne à plein avec de nombreuses sonorités non locales (majoritairement françaises, Toussaint oblige, mais pas que) et elle affiche un très bon profil, exit ou presque les marginaux. D'ailleurs, la maréchaussée est encore plus abondante que dans mes souvenirs...

Perplexe, je m'en ouvrais à notre hôte (on est dans un charmant B&B), un trentenaire catalan barbu et souriant. Il n'a pas de mots assez durs pour le gouvernement actuel, puisqu'il compare Rajoy à Franco "sauf qu'il n'en a pas le titre". En creux, je comprends bien vite que mon camarade de petit-déjeuner est un autonomiste. Mais un autonomiste désabusé. Il m'explique cahin caha que dans la situation actuelle, remettre des frontières, changer de monnaie et autres tracasseries administratives, lui semble compliqué pour ne pas dire impossible. Je souris un peu devant ce côté "on veut faire la révolution, mais là tu comprends il faut mettre une deuxième couche sur les fenêtres", mais au fond son désarroi combatif rappelle de nombreuses tensions européennes aujourd'hui.

Toutes les tensions autonomistes aujourd'hui semblent un peu afadies par rapport à la grande époque de la Padanie et autres tentatives d'exclusion, de mise à part, d'autarcie... Bien sûr, on veut toujours une reconnaissance de sa langue, de ses pratiques culturelles locales. Mais d'un point de vue économique (ce qui aujourd'hui bon gré mal gré, fait tout de même société) on sent une masse informe qui nous surplombe, nous submerge, nous dépasse : l'Europe. Et l'Europe attise toutes les colères populistes, tous les pamphlets anti technocrates et autres éructations politiques. Le global prend le pas sur le local car il domine dans l'inconscient des peuples. On sent bien que notre hôte au polo Ralph Lauren, tapant sur son Mac, tenant un Iphone pour vérifier s'il reste des places pour une séance de James Bond craint qu'un repli le prive de tous ces échanges...

En séjourant à Barcelone, je sens à quel point la question identitaire devient quelque chose de crucial, de central pour le politique. Evidemment que la façon dont le précédent gouvernement français a amené cette question au centre du débat était déplorable. Pour autant, qui pourrait nier que les frontières identitaires ont plus bougé en trente ans qu'au cours des deux siècles précédents ? On continue à nous vendre à longueur de journée de l'Etat-Nation, quand les peuples s'intéressent au rond-point encore dans leur champ de vision tout en ayant l'impression qu'il pourra être achevé si Bruxelles donne son accord. Ces injonctions contradictoires deviennent si fortes que politiquement elles risquent de donner des choses nauséabondes, comme 5S en Italie ou des bizzareries indépendistes en Espagne. Si ces mouvements ne gagnent pas encore les élections, ils se radicalisent (l'islam n'a pas le monopole de la radicalisation qu'on se le dise !) de façon funeste. L'indépendance, ce si beau mot lorsqu'il s'agit de vanter un esprit libre a aussi une face fort sombre. Au fond, ce glocal qu'on nous vend comme une route internationale à deux voies pourrait fort bien déboucher sur une impasse...

Bon, en attendant d'avoir trouvé une réponse, il fait beau ici donc après le musée Picasso, m'en irais stocker de la vitamine D au Parc Guell...

 

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