04/01/2013
De la lâcheté amicale
C'était un dîner de fin de cycle, après les fêtes, ventres encore repus et yeux torves d'excès. Nous étions une dizaine qui, à trois exceptions près, nous connaissions depuis plus de dix ans. La discussion devisait aimablement sur des choses insignifiantes comme dans un salon de thé. Et puis, peu à peu, est monté un brouhaha immonde. Un rire sordide sur la faiblesse des uns. Un rire de dominant décomplexé. Ca n'a pas fait rire mon amoureuse. Elle l'a fait savoir. Moi non plus, mais je n'ai rien dit. Enfin, si, pire j'ai bredouillé quelques pistes techniques pour essayer de dédouaner mes amis tout en disant qu'ils allaient trop loin. Or, le principe de base face à une attitude inhumaine est de ne pas rentrer dans le débat, mais bien essayer de montrer à leurs auteurs ce que leurs propos ont de dégueulasse.
Le lendemain matin, rétrospectivement, je ne m'explique pas (ou ne m'explique que trop) comment j'ai pu rester silencieux. A mesure que je m'avance dans mon activité indépendante, je m'affranchis des convenaces hiérarchiques pour gueuler. Les différends idéologiques trop forts se règlent à coups de décibels en hausse ou de porte claquée. Pour la moitié du quart du tiers (bonne résolution 2013, ramène l'incongruité stylistique précédente à un pourcentage) je me suis maintes fois emporté, traitant à l'emporte pièce les coupables des phrases de "connards" de "fascistes" et autres "pourritures libérales". Je ripostais oralement ou par écrit, parfois longuement s'il le fallait. Je pouvais avoir la rancune tenace. Et là, rien.
Je me suis alors dit que le courage qui m'a manqué n'étant en rien lié aux propos ou à la situation, mais à moi même. Je ne voulais pas, en désavouant trop fortement certaines personnes que je connais, que je fréquente depuis 15 ans, me renier. Cette histoire continuera longtemps à me tarauder jusqu'à ce que j'en tire les conséquences qui s'imposent, ces choses là se décantent lentement. Mais plus largement, cela m'a fait réfléchir à la lâcheté par cause d'amitié. Ou au moins par connivence. J'ai choisi en illustration une photo où les mecs ne sont pas potes, mais puisque ces accords sont restés dans l'histoire sous le titre de "lâche soulagement", je me suis dit que ça collait. Combien de lâches soulagements, de reniements, d'incohérence personnelle sont prises par faute de trop d'endogamie ? Hollande le révolutionnaire ne renie pas toutes ses idées de gauche par surfréquentation de ses copains de la promo Voltaire ? La liste pourrait se poursuivre ad lib, je ne tiendrai pas ce procès ici. Je me dis juste qu'au titre de bonnes résolutions 2013, à part aller voir Soulages à Lyon (c'est fait), j'essaierai de me tenir à la même franchise avec tout le monde. Vaste programme sans doute, mais ça vaut le coup d'essayer.
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