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05/01/2014

Ha ! Ma zone de délice

kinder-delice-cacao-x10--420-grs-gouters---cookies---barres.jpgCe matin j'ai à nouveau goûté l'extase de la première fois. A chaque fois que l'on découvre une librairie, on est complètement vierge. Aussi gourd, aussi affolé, aussi impatient. La différence magistrale est que cela ça se passe toujours bien. Et dire qu'Amazon ne procure pas la même chose relève de la litote.

Depuis quelques semaines, des appels au boycott d'Amazon circule sur les réseaux sociaux. Les arguments tiennent avant tout au scandaleux dumping fiscal organisé par l'entreprise. Bon. Comme d'habitude, Montebourg est tiraillé et propose avec Amazon le même pitoyable numéro de Janus qu'avec Free. Dans les cas des télécoms, Free était un héros libérateur du pouvoir d'achat avant d'être ce vautour d'emplois dans le secteur... Avec Amazon, l'héritier de Colbert loue les nouvelles usines crées, avant de vitupérer la fraude fiscale légale et les conditions de travail dignes du XIXème. Bien.

Je n'ai pas signé l'appel, mais contrairement à des tas de belles âmes qui l'ont signé après avoir acheté nombre de produits culturels sur le site, moi je n'y ai jamais eu recours. Amazon a sans doute une utilité, comme Galaxydion en son temps : permettre un accès rapide à des ouvrages épuisés, trop rares ou quasi introuvables. Fort bien. Mais cela représente une part méprisable du chiffre d'affaires. Lequel est très largement tiré par des achats impulsifs. Des envies de pisser appliqué à la lecture ? Ca y ressemble, à la différence près que les français ne lisent pas plus pour autant donc je trouve l'argument spécieux. C'est cette même logique qui voudrait que le "marché du livre" n'est pas adapté au XXIème siècle. Même Amazon est dépassé, quand on a envie de lire le dernier Foenkinos à 2 heures du matin, ça ne peut pas attendre, c'est connu ! Donc, on paye son téléchargement comme d'autres fument un joint et on est soulagé. Ridicule. Si seulement on pouvait intimer aux personnes qui souffrent de ces troubles  l'idée de compter les moutons ou d'explorer les rayonnages de leur bibliothèque en quête d'un ouvrage posé sans avoir été lu ou d'une relecture heureuse (la nuit est propice aux relectures heureuses).... 

Pour refermer la parenthèse Amazon, il me semble que les débats actuels manquent leur cible : les impôts ou les avantages comparatifs de marché sont des débats de techniciens qui vont trouver ou pas une issue comme pour le reste de l'économie. Soit les socialistes s'attaquent à la finance et donc mattraquent ceux qui fraudent le fisc, soit ils continuent leur complaisance et Amazon continuera son hold up impunément ; mais ni plus ni moins que des tas d'autres entreprises.

Mais plutôt qu'un gourdin, il faudrait parler des carottes. Puisque les français ne lisent pas assez, au lieu de les dégoûter d'Amazon, rappelons leur ce qui se passe de beau dans une librairie. Personnellement et au risque assumé du ridicule, je dirais que la découverte d'une librairie provoque chez moi le même sentiment que d'être enfermé dans une boulangerie pleine pour un boulimique. Je deviens dingue. Et c'est délicieux. Ce d'autant que la nature m'a infligé d'un esprit fondamentalement dilettante. Je suis littéralement hermétique à l'esprit de sérieux et de spécialisation que révère la France. Ce que nous produisons d'experts salués partout dans le monde. C'est souvent une tare, car vous ne connaissez rien à fond et votre parole est alors jugée suspecte contrairement à l'évangélisation de leurs propos à eux. Les spécialistes. Eux savent où aller chercher. Ce qu'ils aiment. Comme des oenophiles affirmés qui se ruent sur certains Bordeaux ou Bourgognes avec aplomb et dédaignant tout le reste qu'ils jugent indignes de leurs palais, les spécialistes foncent sur les deux rayonnages consacrés à ce qu'ils cherchent. Tel pan de science sociale, telle type de littérature. Et ils repartent quelques minutes après, leurs deux ouvrages serrés sous le bras sans avoir échanger autrement avec les employés de la librairie que pour demander s'ils pouvaient introduire leur carte bleue. 

Je ne sais pas faire ça. C'est bien pour cela que je ne rentre jamais dans une librairie si je suis pressé. Car ça me prend du temps. Beaucoup. A part les livres de science-fiction ou de fantasy qui m'ont toujours laissé froid, je regarde tout. Les polars, la littérature dite blanche, française ou étrangère, la socio, philo, l'éco, la psy... Je me perds et me noie dans les centaines de références. Je nage dans les quatrième de couverture, plonge au milieu des livres et parfois attrape la bouée laissée par la librairie "un choc !" "allez y les yeux fermés ! Rouvrez les pour lire, quand même..." et ainsi de suite. Parfois je demande à un maître nageur et nos échanges m'enchantent autrement que ce faible "vous aimerez aussi" propre à Amazon comme Youtube...

Aujourd'hui comme à chaque fois, je suis entré dans la librairie avec un ou deux titres en tête. Je ne les ai pas trouvé, mais en ai ramassé une demie douzaine d'autres, dont je n'avais jamais entendu parler. Au moment de payer, j'ai du patienter dans la queue. J'étais ravi et ai même hésité à laisser ma place aux personnes derrière moi. Pour entendre les échanges entre ces zozos dilettantes et la libraire. Une mélodie improvisée dont je ne me lasse pas. Voilà, nous sommes des milliers de zozos à avoir besoin de ces zones de délices comme une drogue. Espérons qu'on ne soit jamais en rade de dealers.

Commentaires

" A part les livres de science-fiction ou de fantasy qui m'ont toujours laissé froid, je regarde tout. Les polars, la littérature dite blanche, française ou étrangère, la socio, philo, l'éco, la psy... "

C'est marrant parce que ça a été longtemps exactement l'inverse pour moi, jusqu'à que je découvre (lentement mais sûrement) que je pouvais prendre beaucoup de plaisir à lire des classiques, et que certains polars étaient exactement ce que je cherchais dans la littérature. Une différence de génération sans doute, reste que certaines saga de fantasy valent le coup, mais il faut souvent leur donner du temps, voire beaucoup de temps. Et surtout il faut distinguer les perles dans la masse d'ouvrages médiocres ou carrément mauvais, masse qui s'est considérablement agrandie ces quinze dernières années.

Écrit par : Alexander | 05/01/2014

Très très, juste ! D'où l'importance plus que jamais des passeurs que sont les libraires pour nous aider à ce rôle de tamis. Et bonne année !

Écrit par : Castor | 05/01/2014

Merci, à vous aussi.

Écrit par : Alexander | 05/01/2014

quel beau billet et qui met en joie pour commencer l'année ! allez donc jeter un oeil sur les chonriques de marcelline Roux, cher castor sur le site Culture Chronique, vous y trouverez ce même amour gourmand des bibliothèques et des librairies. Vive 2014 de ce côté-là de la lecture ! Tous mes voeux de lectrice pour vous!
Marcelline

Écrit par : marcelline roux | 06/01/2014

Merci Marcelline, je m'y rends régulièrement pour trouver d'autres pépites ! Belle année à vous,
Vincent

Écrit par : Castor | 06/01/2014

Les commentaires sont fermés.