22/03/2016
Le mauvais jour sans fin
En 1993, un film avec Bill Murray avait beaucoup amusé les critiques, "le jour sans fin" en VF "the groundhog day" en VO, "le jour de la marmotte" eut été un titre plus juste. Le pitch, comme on dit lorsqu'on emmerde le CSA, c'est un homme qui revit sans cesse la même journée. Il vit un cauchemar et se croit perpétuellement bloqué, incapable de dépasser ce stade angoissant, incapable de rallier le lendemain de cette journée pourrie. Et puis il réalise, enfin (Bill Murray est un peu con. Enfin, pas Bill Murray, je n'oserai pas, mais le personnage qu'il campe) qu'il ne se sortira de là que lorsqu'il aura fait autrement. Et mieux. Et le bien autour de lui. Une fable, en somme. Une bluette.
Depuis quelques temps, nous sommes confrontés à la même fable, version côté obscur de la force. Après un attentat, nous nous réveillons en larmes et conservons la même attitude : martialisation du discours, improvisation de nouveaux dispositifs chimériques de sécurité partout, fichage, flicage, traquage. Et repatatras. Nous nous réveillons en pleurant avec les mêmes événements. Et nous sommes encore plus cons que Bill Murray car nous ne tirons aucune leçon.
Ces dernières années ont vu plusieurs sortes de catastrophes déstabiliser les régimes. Soit l'apocalypse totale, avec l'EI, soit les guérillas urbaines avec volonté de déstabiliser des gouvernements en place, avec des commandos haineux mais pas prêts à mourir. En Tunisie, au Mali, au Kenya, toutes les attaques de musées et d'hôtels sont le fait de bandes armées qui n'entendent pas mourir les armes à la main, mais bien faire un carnage et partir. Et puis il y a ce que nous avons vécu en novembre dernier, qui a touché la Belgique ce matin et la Turquie a de multiples reprises depuis quelques mois : des terroristes avec une vision millénariste du monde, au-delà de nos schémas de pensées, prêts à se faire sauter pour nous porter un coup fatal. A cela, il n'y a rien à faire dans l'immédiat. Même les israéliens, avec leurs moyens démesurés eu égard à la taille du territoire, ne peuvent empêcher toutes les attaques suicides sur leur territoire. Mais au lieu de suspecter les femmes enceintes qui pourraient avoir un ventre fantoche et une bombe à l'intérieur (c'est arrivé) il faut réduire la violence sociale qui secoue ses pays. Nous ne pouvons pas continuer à pilonner nombre de pays, piller les matières premières, réduire les aides au développement et à l'amélioration de la santé et de l'éducation, piller les talents de ces pays et fermer les frontières sur la misère qui veut juste survivre.
Dans un monde globalisé où l'émotion domine tout, nous ne pouvons mettre des frontières à l'intérieur de nos pays. Rien n'excusera jamais ce qu'on fait Merah, Abdeslam et les assassins monstrueux de ce matin. Rien. Mais ne pas chercher à comprendre pourquoi nous sommes encore tellement perçus comme des oppresseurs et en tirer les conséquences en changeant radicalement notre modèle de répartition (au sens très large, bien au delà de l'argent) et en essayant de nous redonner un élan commun, nous condamne à ne pas connaître le dénouement joyeux du Groundhog day. Nous voilà réduits, tels des Sysyphes malheureux, à nous réveiller éplorés sans fin.
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