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12/04/2016

Etre ou ne pas être NuitDebout

hamlet-250x250.jpg"A la télévision, il ne peut y avoir qu'un seul méchant à la fois". Cette phrase du fondateur de CNN, Ted Turner, n'a jamais été démenti. Sur des sujets tragiques, cela correspond au fait qu'après avoir été la pire atrocité humaine, Bachar est soudainement devenu fréquentable quand le méchant s'appelle désormais Daech... 

Cette même logique binaire arrive avec NuitDebout, le mouvement de cristallisation d'une myriade de différents ras-le-bol sociaux. Initialement, les commentateurs en manque de récits politiques nouveaux ont d'abord aimé dire qu'on assistait à la naissance d'un Podemos à la française. Mais une semaine après, point d'Iglesias, alors la fascination s'estompe peu à peu. Surtout, quelques crétins (sur un mouvement comptant plusieurs dizaines de milliers de soutiens) cassent trois voitures et voilà une occasion pour les éditorialistes de ranger NuitDebout à côté des zadistes.... Des racailles antirépublicaines, en somme.

Cette vision en dit long sur la possibilité de traiter un mouvement comme celui là dans les médias audiovisuels qui répondent tous à cette matrice qu'ils dénoncent : bi voire tripartisme (comme si le plan à 3 avec le FN était l'écart qu'un couple marié depuis des décennies s'accorde pour rompre la routine et ne pas mourir idiot) et une présidentielle tous les cinq ans. Toute nouveauté, toute actualité, tout mouvement politique doit être lu à cette aune : quel impact dans les urnes, quel mouvement à venir en vue de 2017, 2022 ? Ecoutons Léa Salamé ce matin sur Inter s'interroger tout de suite sur la capacité de NuitDebout de renverser la gauche de la gauche...

Il suffit de passer sur la place de la République pour les parisiens (et ailleurs pour les autres, mais j'imagine que c'est la même logique) pour comprendre que la binarité peut difficilement s'appliquer à un mouvement se réclamant de la convergence des luttes. Convergence des luttes sociales : précaires, chômeurs, intermittents (mis à mal par un accord scélérat de la CFDT dans le cadre de la loi El Khomry)... Main dans la main avec les luttes écologiques. Bon. On voit bien que la lame de fond est modérément à droite, modérément libérale et modérément capitaliste. Même Léa Salamé doit pouvoir comprendre ça sans demander dans la minute s'ils sont plutôt pro Mélenchon, Duflot ou Montebourg... 

Comment ne pas voir l'évidence à savoir que le vrai problème dénoncé par NuitDebout, comme Podemos, mais comme Ciudadanos, Lawrence Lessig aux USA, les marches monstres en Pologne, le vrai problème c'est l'état comateux de nos démocraties ? Ça n'est pas le casting qui est en cause, mais les trahisons démocratiques successives : quand on met l'urgence écologique en une avec la COP21, mais qu'on ne s'investit pas comme promis en faveur d'un autre modèle énergétique et productif, la colère est légitime. Lorsqu'on promet, mondialement, de s'engager en faveur d'un autre modèle économique expurgeant la finance aveugle et qu'on se retrouve avec PanamaPapers, l'insurrection peut s'entendre. Enfin, elle devrait.

Le refus de nos commentateurs de changer de matrice vis à vis de ce mouvement est plus que pénible, problématique. Déjà, le barouf autour de la primaire à droite va réduire les ornières du débat à la question "avec ou sans Juppé" et à gauche, "Hollande ou quelqu'un d'autre mais si possible de son gouvernement ?". Sans offenser nullement les personnalités évoquées ici, c'est en voyant l'ampleur des débats proposés qu'on comprend mieux le slogan né sur Internet, #Onvautmieuxqueça. Ho que oui...