15/07/2016
Et l'unité, bordel ?
Mais quelle mouche a piqué en rafale nombre de prétendus responsables LR pour qu'ils fracassent l'unité nationale avec une jubilation inouïe ? Les corps n'ont pas encore refroidi, la carcasse du camion criblée de balles est toujours sur la Promenade des Anglais, mais déjà Estrosi et Ciotti et tutti quanti ont lâché les chevaux et condamné l'action de la France pour expliquer "qu'eux au pouvoir, ça n'aurait pas eu lieu".
Charlie, le Bataclan, étaient trop loin de l'élection de 2017, mais là, nous y sommes, alors pourquoi se gêner ? Voilà, pourquoi se gêner, pourquoi se retenir ou chercher à apaiser ceux qui pleurent ? Meuh non, déversons joyeusement un torrent d'huile bouillante, ça va apaiser.
Ils veulent en finir avec le "politiquement correct" et répondent, tous coups de menton dehors, qu'eux "savent". Mais ils "savent" quoi, au juste ? Henri Guaino nous explique (authentique) qu'il fallait poster un militaire avec un lance-roquettes pour arrêter le camion en le faisant sauter. Je note que certains responsables politiques ont fait leur éducation à la politique de sécurité en regardant les superproductions américaines de Bruce Willis et autres Chuck Norris. Estrosi se félicite de la qualité de son système de vidéo-suveillance qui a "permis de retracer l'itinéraire du barbare". La Nation s'honore d'avoir des visionnaires tels que vous, monsieur Estrosi. Ce matin, Ciotti nous explique en hurlant qu'il faut redoubler de vigilance aux frontières. Le type qui a commis l'horreur d'hier soir est français. On peut douter, un tout petit peu, qu'un renforcement des contrôles aux frontières l'eut arrêté. Un peu comme pour Merah, les assassins de Charlie, du Bataclan... Tous français, mais prétendre bloquer les syriens, ça fait plus chic, plus responsable, plus grave. Il faut également un "Guantanamo à la française pour tous les fichés S", et le furieux d'hier soir ne l'était pas... Ad nauseam.
Martelons-le, face aux terroristes, aucune réaction n'est simple ou évidente. Elles ne peuvent l'être. Tout ne peut que repartir de l'éducation, l'apprentissage, la découverte. Toutes démarches de long terme niées par des gouvernants qui vous répliqueront fatalement "et en attendant, on fait quoi ?". Et ce quoi, pour Ciotti et consorts, ne connaît que deux exemples : les USA et Israël. Israël a évidemment une situation qui ne peut être comparée : Etat en guerre perpétuelle depuis 1948, les crispations identitaires, religieuses et territoriales ont mené le pays dans une spirale vicieuse sans fin. Celle-ci a mené les gouvernants actuels à une politique avec racisme d'Etat, surveillance généralisée et arrestation voire torture arbitraire pour préserver toute tentative d'attentat. Une politique qui a permis, certes, d'enrayer la majorité des tentatives d'attaques, mais le récent massacre de Tel Aviv a rappelé que le risque zéro n'existera jamais face à ceux qui sont prêts à perdre la vie pour en enlever. Quand aux Etats-Unis, les mots me manquent pour évoquer la stupidité de ceux qui voudraient en faire un modèle. 30 000 morts par balles par an. Voilà le résultat d'un pays où la loi rend plus aisé l'achat d'armes à feu qu'un paquet de cigarettes... Et la récente tuerie homophobe d'Orlando prouve là aussi que le risque zéro n'existe pas. Seul Trump l'a nié, là-bas ? Les membres du Grand Old Party à peu près raisonnables se sont tus et recueillis. Tous ceux qui brisent l'unité nationale aujourd'hui devrait réfléchir qu'ils se comportent comme Trump. Et que notre pays va déjà assez mal comme ça pour que l'on s'évite cette surenchère populiste folle...
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