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10/11/2016

Where the fuck is democracy ?

question-mark_318-52837.jpgIl ne s'agit pas de bouder à la suite de résultats que l'on peut qualifier par litote de déplaisants. Les manifestations gigantesques de New York (cet ilot progressiste noyé par un ras de marée conservateur), peuvent s'entendre, mais ça n'est guère constructif politiquement. Au-delà de la montée du populisme, au-delà de ce que l'élection de Trump dit du niveau du débat politique, le plus grand malade c'est bien la démocratie. Ne soyons pas mauvais joueurs en rappelant qu'Hillary Clinton a obtenu plus de voix que Trump. Ca n'est pas après le match que l'on vient déplorer les règles du jeu. Elles étaient connues de tous et n'ont pas empêché Obama d'être élu deux fois.

Non, le vrai problème c'est que deux fois plus de personnes ont préféré rester chez elles plutôt que de voter Hillary Clinton contre Donald Trump. Lequel a lui même obtenu les suffrages de 25% des américains, majoritairement des blancs vieux. Mais qu'on ne dise pas qu'Hillary Clinton avait avec elle une armée de jeunes, de femmes, et des minorités de ce grand pays. En %, peut être, mais en voix, misère... Je vois passer des cartes grotesques montrant que si les jeunes seuls votaient Hillary gagnait la quasi totalité des États. Cet argument générationnel est pitoyable : les jeunes sont restés chez eux et sont moins de 40% à s'être rendus aux urnes. Les jeunes s'en foutent. Ceux qui se sont bougés, sont ceux qui ont un diplôme et s'impliquent dans la vie publique. Eux, la mort dans l'âme, sont allés voter pour Hillary, mais ils sont aussi représentatifs que les abonnés à Télérama dans une assemblée de fans de Corrida. 

Voilà "la plus grande démocratie du monde" (auto-proclamée, en nombre d'électeurs) qui a donc fait campagne non stop depuis 18 mois, une élection qui a vampirisé tous les écrans, toutes les places, qui a plus envahi l'espace mental des électeurs potentiels que jamais et les deux candidats ont dépensé 2 milliards $... Tout ça pour avoir 50% des concernés qui se déplacent... You call this democracy ? 

Au Brésil, la semaine dernière, le maire de Rio nouvellement élu, évangéliste en diable, l'a été avec l'aide du lobby 3B, Bible, Balles (sécuritaristes), Boeufs (grand propriétaires terrien) avec 60% des suffrages. Mais là aussi, alors que le vote est obligatoire au Brésil, l'élection fut marquée par une abstention record.... La police a renoncé à infliger des amendes face à la défiance colossale suscitée par les candidats. 

Donald Trump ? Milliardaire face à une représentante de la caste des dirigeants, dont le mari fut élu 2 fois président, soutenue par Goldman Sachs et Google, et Bloomberg et autres oeuvres de charité... Au Brésil, des latifundistes et des corrompus ayant tous touché au gâteau Petrobras ... En Espagne, plus de corrompus dans les rangs du PP au pouvoir que de prêtres pédophiles. En Angleterre, les Panama Papers avaient laissé éclaté la fortune peu avouable de la famille Cameron. Voilà, les grands corps malades. Une armée de ploutocrates entretenant des relations peu avouables avec les grands médias, est-ce réellement le summum de la démocratie ? 

Chez nous, l'an prochain, même chose. Une grande kermesse à venir et un dégoût qui déborde. 80% des français pensent que la démocratie fonctionne moins bien, critiquent le rôle des institutions et des médias dans la fermeture des débats. Avec nos 95% d'espaces médiatiques contrôlés par 11 milliardaires, nous voilà bien. Ils ont choisi Macron : de l'Express à l'Obs, de BFM à TF1, l'attitude des éditorialistes à l'endroit de Jean Lecanuet 2.0 mériteraient d'être condamnées pour racolage. Macron comme antidote au dégoût démocratique ? Autant demander à Monsanto de piloter l'agriculture biologique... Quelle République promeut-il lui à part "me myself and I" ? Ses idées, consensuelles à l'envi, exposées sans dialogue dans l'Obs sont rigoureusement le décalque des politiques néo libérales de ces 30 dernières années (exceptée la retraite à la carte, je trouve ça malin) avec "autonomie de l'éducation", traduisez "crevez les écoles pauvres", "réforme de la carte scolaire" (il dit pas comment, populisme light classique) et dérégulez, dérégulez, dérégulez... 

Ne pas comprendre que la faillite démocratique vient d'un vide politique laissée béant par la chute du mur a de quoi inquiéter... Les tenants de Reagan et Thatcher en sont un peu revenus... Les 3% qui en profitent continuent d'aimer ça, mais les plus lucides des libéraux ont compris et désertent les urnes. La gauche est orpheline d'un projet et donc de candidats. Tous ces désespérés, tous ces déçus, restent chez eux. Ceux qui trouvent la force de se bouger le font par exaspération latente, une attitude peu compatible avec les principes d'une démocratie véritable qui exige un peu de sérénité. Puisse l'élection de Trump inciter la classe politique française à procéder à un aggiornamento des pratiques plutôt que des lignes et des postures...