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21/11/2016

L'effet Trump a bien eu lieu

données_trump_volées_démocrates.jpgDepuis hier, les éléments de langage déchaînés de la gauche gouvernementale et des juppéistes dépités par le score de leur champion concordent : il y a un effet Boomerang. C'est à cause des vilains électeurs de gauche qui ont voté pour Juppé que tous les bons électeurs de droite se sont détournés de lui et ont préféré voter Fillon. Ayant voté Juppé, j'ai eu le droit à quelques philippiques d'un ancien collaborateur ministériel de ce quinquennat m'ayant enjoint au silence pour deux ans car je faisais mal à la gauche. Mieux vaut vomir plutôt que de faire un examen de conscience. Pas de souci les gars.

Mais ça ne sont pas les électeurs de gauche qui ont fait perdre Juppé. C'est la gauche qui a cessé de l'être pour gouverner à droite qui a déporté l'électorat. La nature a horreur du vide : partout où les gouvernements progressistes prennent des mesures libérales, ils asphyxient la droite classique qui, pour se démarquer et exister politiquement, doit soit se déporter sur des thématiques identitaires forcenées, soit proposer Margaret Thatcher puissance 10. C'est ce que nous venons d'avoir lors de la primaire de droite. Au Royaume-Uni, quinze ans de blairisme donne le Big Governement de David Cameron, mais ce dernier n'a pas sur aller au-delà de ce qu'il a appris à Cambridge, il n'a pas su faire une surenchère. Résultat ? Dans un pays où le bipartisme est une règle absolue, la déferlante UKIP d'une violence rare et le brexit pour dire "fuck les élites. Dehors les immigrés". Youpi...

En France, le quinquennat en cours a désespéré les classes populaires qui n'ont pas retrouvé d'emplois, n'ont pas vu d'amélioration dans les transports et l'énergie (le chauffage c'est 2% des dépenses des ménages aisés, jusqu'à 10 ou 15% des plus démunis). Les attentats qui nous ont frappé durement depuis 2015 ont instillé une ère de doute et le gouvernement s'est fourvoyé dans une logique sécuritaire qui n'a rien de naturelle pour elle. Un an et demi d'Etat d'urgence qui n'a pas empêché le drame de Nice. Perdant sur les deux tableaux.

Revenons à la primaire de droite avec ceci comme grille de lecture. Et avec la différence hyper notable que nous sommes dans une logique tripartite avec la quasi assurance pour le FN d'accéder au second tour contre des US bipartites (j'y reviendrais). Au final, comme pour les US, les candidats modérés crédibles (écartons Poisson et Copé) totalisent moins de 5% à eux deux. Injuste pour NKM et BLM qui ne déméritent pas, mais comme des Chris Christie ou des Rubio ont été balayés par Cruz et Trump qui hurlaient plus fort... Juppé, c'est Hillary Clinton. Dans la partie depuis 40 ans, ayant eu affaire à la justice, présentant autour de lui un establishment prononcé et avec le programme le moins en rupture avec l'autre rive. Le plus proche d'Hollande, c'est lui. Il en est très loin, propose 200 000 suppressions de fonctionnaires, mais Fillon propose plus du double. Il fout la paix aux homos, aux musulmans, ne se soumet pas à Poutine et n'est pas bien fier de la colonisation. Le boulet est trop lourd dans une période où les électeurs sont courroucés. Je ne regrette pas d'avoir voté pour lui : aux US, j'aurais voté pour Hillary Clinton sans enthousiasme mais contre Trump. 

Fillon, c'est l'effet Trump appliqué à la France, en plus présentable et mieux peigné. 500 000 suppressions de fonctionnaires. Complètement fou, mais qu'importe. Fermeture de toutes les mosquées, stigmatisation systématique des musulmans à l'Etat Islamique quand bien même 98% des victimes de l'EI sont musulmanes. Le retour à l'école des années 60, le plein emploi à 39h, le retour des dictateurs arabes qui tiennent leurs peuple et évitent le terrorisme. Songez-y, Fillon promet le "Make France Great again". Comme Trump, Fillon était donné perdant, loin derrière, excessif et n'imprimant pas. Comme Trump, Fillon a critiqué le système et les médias qui refusent de voir la réalité en face. Comme Trump, Fillon a été très activement soutenu par des réseaux troubles, Sens Commun et la cathosphère en tête, eux qui reprenaient joyeusement son soutien aux chrétiens d'orient et tapaient sur Juppé trop musulmano complice... Comme Trump, enfin, Fillon a déjoué tous les sondages : les instituts pourront dire jusqu'à demain qu'ils notaient une poussée ou une progression de Fillon, le score le plus haut jamais enregistré par Fillon était 30%. Il finit à plus de 43%. Un écart abyssal, mille fois au-delà des marges d'erreurs. 

Fillon a donc misé sur la trumpisation, sur l'inflammation des électorats pour l'emporter. Avec succès. Reconnaissons lui ça, il a gagné par KO. Je suis têtu, mais pas obstiné : au second tour, je resterai chez moi, la lame est trop forte. Mon prochain bulletin de vote sera pour la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, le seul à proposer un programme d'opposition au brouet libéral de ces trente dernières années. En face, il y aura donc Fillon et Marine le Pen (plus quelques guignols). Fillon est sûr de lui d'accéder au second tour face à le Pen et donc de l'emporter. C'est là où il joue les apprentis sorciers : les récentes élections montrent partout le goût pour la transgression. Les votants, comme des ados brimés par des parents sévères, s'autorisent ce que la morale interdit et votent hors des convenances morales. Quelle digue programmatique Fillon a-t-il pour empêcher Le Pen de le submerger ? Son catholicisme militant, sa détestation des musulmans ? Pas évident que ça passe. En France, son "Make France great again" a un copyright déposé depuis longtemps, depuis bien avant la création des LR. Cette élection 2017 prend vraiment une tournure angoissante.