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27/01/2017

Revenu universel : le problème c'est la fortune de Mme Bettencourt, pas sa grippe

1588733_3_dd3f_liliane-bettencourt-le-12-octobre-a-paris.jpgLe grand mérite de la primaire à gauche, nous dit-on, aura été de faire émerger le débat sur le revenu universel. Sauf que ce projet est si vaste, si flou, que si l'on ne prend pas quelques précautions d'usage, on peut rapidement se retrouver enflés comme jamais. Aussi, le fait de seulement "le mettre sur la table" n'est pas un progrès. Comme ça ne l'est d'aucun débat : on pourrait très bien remettre le sujet de l'esclavage sur la table et réaliser, en fait, que c'est un vrai bienfait pour la compétitivité de notre pays et que si on veut une France forte dans une Europe forte, il faut savoir s'adapter et ainsi réintroduire, même temporairement dans un premier temps, l'esclavage. Voyez le topo ? Il faut vraiment être d'une naïveté confondante (ou d'une connerie rare) pour se réjouir que l'on débatte aussi vaguement du revenu universel.

Car ce projet a des thuriféraires de toutes parts et ça n'est pas la conception d'André Gorz qui est majoritaire dans le débat. Quand un ultra libéral comme Gaspard Koenig en fait l'apologie, on est à même de s'interroger deux secondes. Après tout, quand il voulait défier Sarkozy en 2007, Dominique de Villepin avait lancé l'idée d'un revenu citoyen universel qui était exactement une prolongation de l'aumône de sortie de messe. Et on avait eu les mêmes cris d'orfraie, les mêmes procès en irréalisme qu'aujourd'hui. Le problème était que la proposition sortait de nulle part : on ne change rien à l'ordre établi, on prélève une dîme qu'on pense renforcer la "cohésion sociale" (oui, on peut rigoler) et zou on teste l'opinion. 10 ans plus tard, on n'a pas tellement évolué. Pour l'heure, la conception qui fait son chemin est une espèce de RSA premium, mais avec casse des autres outils de protection sociale et l'avancée est compliqué à distinguer. 

On nous explique que ce revenu va devenir incontournable parce que "l'emploi va disparaître". Mais pas le travail. On aura toujours besoin de millions de personnes pour s'occuper d'aider, de soigner, de créer et de faire à manger. Toutes choses que les robots ne feront pas. Alors si l'idée c'est de donner un revenu universel et quelques euros pour faire ça et que la finance ou le phishing publicitaire rapportent toujours des millions, ça sert à rien. A rien. Un milliardaire américain avocat de l'augmentation du salaire minimum aux USA avait fait une conférence au titre volontairement provocateur "attention mes amis ploutocrates, les pauvres arrivent avec des fourches et ils veulent nos têtes". Ce qu'il disait était que l'histoire économique est faite de mouvements de balancier et que nous sommes allés beaucoup beaucoup beaucoup trop loin du côté des baisses d'impôts et de l'explosion de rémunération indécentes. Et que parallèlement des tas de profession à l'utilité sociale maximale ont vu leur rémunération chuter drastiquement quand d'autres à l'utilité sociale négative, nuisible, se sont envolées. 

Face à cette dérégulation folle, il faut une vague aussi forte, aussi violente, radicale et sans compromis : le revenu universel sans revenu maximum n'a aucun sens. Le problème n'est pas de soigner à égalité la grippe d'un SDF et de Madame Bettencourt, le problème c'est la fortune de Madame Bettencourt. Le problème c'est l'économie de marché dérégulé, la finance aveugle et son bras armé du trading haute fréquence. Le problème c'est bien de capter les centaines de milliards d'euros capturés par un capitalisme glouton et de s'assurer que la production de richesses de demain prendra en compte l'utilité sociale et les besoins de la collectivité (et de la planète). Fors cela, toute réforme allocataire n'est qu'un enfumage libéral supplémentaire. Et ça, ça appelle une violence législative et verbale dont n'est pas tenant l'ancien patron du MJS qui pousse une vision sympathique, mais éminemment naïve, s'arrêtant au début du chemin. Allez camarade Hamon, encore un petit effort pour être véritablement socialiste !