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09/09/2018

Secret des affaires, secret des enquêtes, investigations à l'envers

Si les décideurs des rédactions inversaient les moyens mis à enquêter sur le secret des affaires industrielles et économiques avec ceux mis à fouiller les poubelles des enquêtes judiciaires, quel beau pays s'ouvrirait sous nos yeux. À une époque où le harcèlement sexuel est enfin dénoncé justement, on devrait parler de harcèlement journalistique quand celui-ci concerne des sujets sur lesquels le silence devrait prévaloir. Ainsi ce matin, je ne sais plus quelle journaliste (Hélène Jouan je crois) s'est prise pour une Torquemada en sommant Florence Parly, ministre des armées, de donner des nouvelles de l'otage Sophie Pétronin au motif que son fils est parti essayer de remuer les choses sur place et que, dès lors, "les français ont le droit de savoir".

Il est à la portée de n'importe quel demeuré de comprendre, s'il y réfléchit deux secondes, que la publicité ne peut être une ligne à adopter pour les pouvoirs publics. Que les ONG fassent de l'agit-prop pour maintenir la pression, c'est leur rôle. Rôle souvent salvateur lorsque des journalistes sont retenus otages ou prisonniers : l'action de RSF notamment a urgé les décisions politiques, mais toujours avec un strict respect du silence autour des négociations. On sait qu'elles existent, à quoi bon vouloir des précisions qui peuvent s'avérer mortelles ? De même, je suis peu susceptible de compassion envers Gérard Collomb, mais entendre des tas de questions (un tiers d'interview d'une matinale cette semaine) sur la traque de Rédoine Faïd a de quoi laisser pantois. Vous ne voudriez pas non plus que le ministre de l'intérieur vous indique les localisations des voitures qui planquent devant le braqueur et leur plaque d'immatriculation ? Evidemment, interrogés sur ces questions sensibles, les responsables publics sont gênés aux entournures car il n'est pas facile d'expliquer dans un monde qui a fait de la transparence un impératif moral que "certaines choses doivent restées cachées". Et ainsi, les petits marquis de l'interview conservent une apparence respectable en allant chercher la petite bête. Tartuffes....

Car sur les sujets où l'opacité continue, les questions se font moins pressantes. La loi sur le "secret des affaires", les concentrations capitalistiques des principaux médias du pays dans les mains d'une poignée de milliardaires plein d'intérêts ne sont évidemment pas étrangers à cette doucereuse esquive des sujets qui fâchent... On songe évidemment à Bolloré qui menacent violemment toutes les équipes qui investiguent sur ses affaires en Afrique. Niel aussi qui goûte modérément les sujets évoquant, secret de polichinelle, les tensions sociales chez Free. Bernard Arnault avait été moins sybillin dans son opposition : après avoir lu son nom dans les Paradise Papers, la première fortune de France avait coupé tous les investissements publicitaires du groupe LVMH dans les titres qui osaient égratigner le magnat. Ce climat d'omerta explique la peu glorieuse 33ème place de la France au classement de la liberté de la presse. Et encore ne voit-on que les attaques directes, mais quid de toutes les affaires non creusées, comme les liens évidents entre LREM et Unibail Rodamco, premier promoteur de centre commerciaux en France et qui comptait encore dans ses rangs il y a 20 mois Benjamin Girveaux comme directeur lobbying et dont l'actuelle DG, Astrid Panosyan est en même temps très présente à LREM (elle n'occupe plus de fonctions électives au sein du mouvement, mais a accompagné le début du parti jusqu'il y a un an). Quand des moratoires pour empêcher l'extension des centres commerciaux sont repoussés, croyez-vous que cela se passe par opération du saint esprit ou suite à des actions appuyées ? Libération avait levé le lièvre, mais les autres titres n'avaient pas embrayé. La lutte du pot de terre contre le pot de vin est inéquitable. Idem, quand Alexis Kohler est tricard jusqu'à la moelle par Médiapart, comment expliquer que les autres rédactions n'embrayent pas ? Dans la réponse à cette question purement rhétorique se niche quelques dysfonctionnements de notre démocratie. 

Commentaires

"les petits marquis de l'interview..." :.Jolie expression ...

Écrit par : Jacques Aubin | 10/09/2018

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L'interview et le journalisme d'investigation : Deux exercices qui ne sont plus ce qu'ils étaient...

Écrit par : Saint -Thèse | 10/09/2018

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Je fais miennes les remarques de Castor sur les interrogatoires auxquels sont soumis Parly et Collomb ; du journalisme de bas étage qui ne fait pas honneur à la profession.

Écrit par : J Mentor | 10/09/2018

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Les " petits marquis" de la presse d'investigation sont très faciles à manipuler ; il m'est arrivé de le faire quand j'étais en activité et si je le fais encore à l'occasion, c'esr seulement pour m'amuser ...

Écrit par : Javert | 10/09/2018

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"L'interview et le journalisme d'investigation : Deux exercices qui ne sont plus ce qu'ils étaient.."(l Mentor )

Interviews :elles sont réussies quand le questionneur cherche ,non à faire trébucher le questionné mais à le mettre en valeur sans le flatter; exemple : Jacques Chncel, naguère , sur Inter .

Journalisme d'investigation : de très rares pros aujourd'hui , au Canard et à Media-Part ; et aussi quelques journalistes indépendants ...

Écrit par : Jacques Aubin | 10/09/2018

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D'accord avec vous , surtout si c'est Jacques Chancel et non" Cncel" que vous évoquez .

Qu'il s'agisse d'investigation ou d'interview , les journalistes de " province" sont moins mauvais que leurs collègues " parisiens" .

Écrit par : Pépé Castor | 10/09/2018

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Ls journalistes débutants , parfois simples stagiaires , sont souvent plus pros et plus respectueux de l'éthique que leurs anciens , rentiers aussi suffisants qu'insuffisants .

Écrit par : Renaudot | 12/09/2018

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Evitons de généraliser ; je connais , pour ma part , quelques journalistes qui , bien qu'ils ne soient plus très jeunes , font honneur à leur professsion .

Écrit par : Pol Lux | 13/09/2018

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