11/12/2020
Nous sommes toutes et tous patron.nes de boîtes de nuit
Clochermerle, edit 2020.
A l'aune du confinement, nous nous querellons et nous renouons avec ce sale pêché de l'envie. Envie de celui qui peut encore ouvrir, peut travailler, peut gagner de l'argent, peut vivre normalement... Les gens d'église ont hurlé quand on les empêchait de communier, puis se sont tus dès lors que les églises pouvaient accueillir des fidèles. Ils avaient une satisfaction catégorielle, une fois remplie, tant pis pour les autres. Tant pis pour les théâtres, les cinémas et les musées. Quand ceux-ci rouvriront, peut-être cesseront-ils de hurler contre l'inhumanité d'une politique qui oublie les restaurateurs et hôteliers. Quand ceux-ci, enfin, seront graciés, pourront rouvrir, songeront-ils encore à leurs camarades discothéquaires, fermés depuis neuf mois ? Pas sûr... Or, il nous faut le rappeler, le marteler, nous sommes tous dans la même houle, la même tempête, mais pas le même bateau. Certains d'entre nous ont des yachts ou des paquebots, d'autres des voiliers, d'autres des canoës et d'autres encore, se noient. Le seul problème, l'unique, c'est d'éviter les noyades et qu'avec les paquebots et les yachts, on porte secours à celles et ceux qui se noient sans réfléchir.
Depuis des années, j'ai beaucoup vu circuler sur les réseaux sociaux, comme une évidence, une citation du Pasteur Martin Niemöller à propos de la lâcheté des intellectuels allemands, face à la montée du nazisme : « Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »
Et bien c'est ça qu'il faut faire. Faire bloc pour exiger la vie. La vie c'est l'ouverture, pas la claustration. Écoutez celles et ceux qui travaillent, elles et ils savent quand on les empêche... Les discothèques ne demandent pas d'ouverture aujourd'hui, elles demandent de la considération et des perspectives. Mais comment comprendre qu'elles soient fermées depuis 9 mois, qu'on les aient laissé fermées cet été, alors qu'elles font 50% de leur chiffres d'affaires sur ces trois mois ? A cette époque, dans nombre de pays, les boîtes de nuit ,étaient ouvertes sans que l'on ne déplore de nouvelles contaminations. Ces trois mois d'ouverture suffisaient à les sauver, à leur laisser la tête hors de l'eau, à donner fierté, reconnaissance, joie aux équipes, sans compter évidemment le gigantesque défouloir pour une jeunesse qui n'en peut mais. Pas chez nous.
"Les boîtes c'est trop compliqué, mais d'accord pour les restos. Non, mais là, les restos c'est trop chaud, mais OK pour les théâtres. Les théâtres, à la rigueur, mais les musées, ça me semble pas sérieux"... La claustration est un cercle vicieux que nous acceptons sans ciller, sans penser aux conséquences dramatiques pour celles et ceux à qui l'on dit qu'ils sont happés par le vice. Le cercle vertueux de l'ouverture est pourtant, là, à portée de décret. Tout le reste est littérature bureaucratique. Bien sûr qu'il y aura des arbitrages compliqués, des choix difficiles à faire, mais si la politique entre le mieux et le parfait, nous n'aurions pas besoin de nous réunir. Soyons réalistes, exigeons l'impensable réouverture totale.
21:57 | Lien permanent | Commentaires (6)
Une balle de roulette russe pour la culture
Pardon pour l'humeur avec ce Godwin matinal, mais il est difficile de ne pas penser au "quand j'entends le mot "culture" je sors mon revolver" reprise par Goebbels pour sa propagande, après les annonces d'hier. Au moment où Castex faisait ses annonces, j'animais un débat sur la résistance culturelle avec des acteurs de petites et grandes institutions, évoquant l'audiovisuel, les musées, le spectacle vivant, quand on nous a fait passer l'information, un bloc de glace est tombé dans le studio.
Une question venait d'être posée "si nous résistons, qui faut-il sauver en premier de l'effondrement ?", avec la question sous-jacente des millions pour l'opéra plus que pour d'autres institutions. Un producteur de films indépendant a eu ce mot très juste "on choisit rien, on aide tout le monde et on résiste tous car toute la culture est en danger de mort". Il a raison...
Ce matin, il ne faut pas déplorer l'ouverture des églises, l'ouverture des centres commerciaux, mais déplorer les fermetures iniques de ces lieux. Si on peut magasiner pendant 2h, voyager pendant 3h, il n'y a AUCUNE raison valable de fermer ces lieux, ces établissements, d'empêcher toutes et tous ces professionnel.les de vivre leur passion et de survire. Aucune.
09:08 | Lien permanent | Commentaires (3)


