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07/03/2013

Karoo il y a de l'art, il y a de la vie.

Unknown.jpegHa les jaquettes des livres ! "Etonnant, fascinant, noir à souhait, grinçant". J'ai flanché, pour une fois, et happé par les dithyrambes publicitaires, je feuilletais ce livre sagement niché parmi les milliers abrités par la librairie. Bien m'en pris, il est remarquable à tous points de vue.

L'objet d'abord, les éditions Toussaint Louverture publient fort peu. Mais l'artisanat  éditorial se savoure de la belle couverture illustrée au choix du papier et à la mise en page aérée et la police très agréable (ceci n'est pas un communiqué de presse contre le livre numérique). Au-delà de l'objet cet ample roman -600 pages- s'avale avec délice. Des la scène d'exposition, on est ailleurs. Dans le New York que connaît Tom Wolfe, mais revisité par les vices de Bukowski et filmé par l'oeil pétillant de Billy Wilder. La première scène campe fort bien cette débauche d'en haut. Un grand appartement bourgeois, celui des Mc Nab, qui invitent une fois l'an le tout Manhattan pour une soirée rythmée par les oeuvres de Beethoven. A la 9ème tout le monde est dehors (ils ont donc dû arriver très très tôt). Là, on découvre le narrateur, Saul Karoo, esthète délabré qui vit un drame rare : il ne peut plus être ivre.

Pas par obligation médicale, ni par dégoût profond, mais par fatalité. Comme dans une tragédie grecque, il a beau se noircir le museau avec tous les spiritueux et alcools divers qui lui passent sous les lèvres, impossible d'être ne serait-ce que pompette. Or, quand tout votre légende de poivrot céleste vous précède, impensable d'être du jour au lendemain sobre comme un chameau. On vous appellerait fou. Alors, il joue la comédie et titube ou chancelle par habitude. Il encaisse parfois les reproches de ceux qui lui disent qu'on ne peut lui parler car il n'est qu'un déchet jamais détrempé et il fulmine de ne pouvoir montrer sa bonne foi (à défaut de son bon foie). D'emblée, on se prend d'affection pour cet ourson entouré de parasites mondains. A part la boisson, Saul se débat avec son ex femme qui le méprise et leur fils adopté qui voudrait désespérément parler à son père. Mais Saul fuit, va vers d'autres conquêtes et se noie dans l'infini des nuits embrumés. Il y croise des playmates, des wanabees, mais aussi des producteurs qui le portent aux nues. Car contrairement à la figure du anti héros loser sur toute la ligne, Saul a de l'or dans les mains : il réécrit des scénarii minables et en fait des chefs d'oeuvre. Lucide sur lui même, il sait ne pas avoir le talent de Flaubert, donc il se contente de gagner des millions (ce sont les passages qui m'ont rendu le plus jaloux). La suite serait délectable malheureusement je ne puis la dire et c'est regrettable mais ça vous fera rire un peu si vous partez avec ce charmant gorille à L.A. puis en Espagne pour une Odyssée de la soif sans fin.

Un héros magnifique, des personnages secondaires plein et enlevés, du style et des formules qui claquent comme une cravache, Monsieur Toussaint Louverture, je suivrai désormais votre production avec un intérêt mâtiné d'impatience.

Commentaires

Dans la rubrique «belle découverte»: Retour à Whitechapel, de Michel Moatti, mêle une enquête sur le thème qui était le vrai Jack l'Eventreur et une incroyable plongée sociologique et historique dans le Londres miséreux de la fin du 19e siècle. Ça pourrait te plaire…

Écrit par : Yola | 09/03/2013

Merci Yola, je note !

Écrit par : Castor | 09/03/2013

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