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01/05/2014

De battre le pavé mon pied gauche s'est arrêté...

my_left_foot1.jpgQuand à moins de 35 ans on peut se targuer de compter quasiment 30 défilés du 1er mai, à l'évidence la politique n'est pas une mince affaire. Plus qu'une marche au nom de l'histoire, c'est pour la tradition familiale solidement enracinée que j'aime à rejoindre les cortèges. Je dois mes t-shirts les plus ridicules à ces jours ci ("L'ordre mon cul, la liberté m'habite", "Strike, just do it" et autres...), de beaux souvenirs, de belles photos.

En 2012, nous battions le pavé en espérant qu'enfin, Sarkozy fasse ses valises et aille encourager la carrière musicale de sa femme. En 2013, le désenchantement grandissait mais l'idée d'une alternative existait. Cette année, c'est la casse. Dans tous les sens du terme. Entre mes proches qui somatisent et dont les douleurs lombaires signifient à l'évidence qu'ils en ont plein le dos de ne pas voir d'éclaircie, ceux qui ne fêtent pas le travail, ceux qui n'ont pas envie et ceux qui se sont barrés en week-end. Je me suis retrouvé seul. Pour une fête du collectif, c'est ballot. Le ciel s'en est mêlé. J'en ai vu d'autres.

J'ai défilé sous la pluie en 2003, pour gueuler contre une inepte réforme de la sécu de Raffarin, les blancs se faisaient bien rares dans les rangs... Le soleil n'a pas si souvent que cela été au rendez vous. Peu m'importe. Parfois nous étions à deux chiffres, parfois je ne marchais qu'avec un ou deux camarades de virée. Il y avait toujours des rencontres opportunes, des slogans fédérateurs et une bière rassérénante à l'arrivée. Cette année, si je veux mon houblon il me suffira d'ouvrir le frigo. Je ne bouge pas et je crois que nous serons des dizaines de milliers à ne pas nous être déplacés cette année. Lassés et épuisés qu'alors qu'il n'a jamais été aussi simple d'être de gauche, l'alternative s'étiole. Le capitalisme a montré ses limites de façon criante. 2008, c'est la crise du libéralisme, depuis les inégalités galopent encore plus et même le FMI et l'OCDE, peut susceptibles de gauchisme rampant, s'en affolent... Et Hollande choisit Valls. 41 députés socialistes ont fait la moitié du chemin en s'abstenant mais ils auraient du voter contre... Du coup, le Torquemada de sous préfecture fronce les sourcils, mais ne plie pas. Il va continuer à mener sa politique dont Philippe Ashkenazy, économiste conseiller d'Hollande (!!) dit qu'elle est clairement de droite et que la question pertinente est de savoir si elle l'est assez... Et face à cela, alors que le FN est annoncé à 24% pour les européennes, je vois que les défilés seront morcelés. Disloqués, éparpillés façon puzzle. Aucun des dirigeants politiques et surtout syndicaux n'a été foutu de mettre son orgueil, son détestable orgueil de côté pour unifier, enfin. Alors je me suis dit merde, vive la sieste et la lecture, le sybaritisme à l'état pur pour célébrer le travail. 

Dans son premier rôle à Oscar, my left foot, Daniel day Lewis incarnait un peintre handicapé qui ne pouvait mouvoir uniquement son pied gauche. Et avec cet improbable membre pour tenir un pinceau, il réalisa de charmantes toiles. C'est dire la force qu'il y a dans le pied gauche quand le cerveau le soutien. Ce matin, la liaison entre mon cortex et mon sinistre panard a été rompu. Quand cela met fin à une tradition tri décennale, il y a de quoi pousser un très, très long soupir.

 

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