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28/09/2014

La préférence pour l'inégalité

imgres.jpgLivre après livre, Dubet construit une oeuvre conséquente et d'autorité sur les questions éducatives, inégalitaires et discriminatoires. Ce dernier opus est aussi bref qu'efficace. Un vrai direct de gauche qui percute très fort le débat public. Là, son ambition n'est pas mince et son préambule frappe d'emblée : "aujourd'hui, les militants des tea parties qui refusent l'assurance santé universelle ne sont pas l'émanation de Wall Street. En voulant retirer les protections sociales aux Français qui leur semblent un peu moins français que les autres, les électeurs du FN ne sont pas d'avantage les porte voix de la finance internationale".

En quelques pages, chiffres implacables à l'appui, Dubet montre comment la solidarité s'est évanouie, dissolue, disparue. Rien de plus intransigeant et non solidaire que les plus désargentés de nos compatriotes. Et aucun dirigeant successif n'a voulu atténuer cette triste pente. Sur la question du fameux "vivre ensemble" (je déteste l'expression, mais a le mérite d'être parlante), Dubet rappelle la très forte contradiction du quinquennat Sarkozy qui d'une main se faisait l'apôtre de la discrimination positive et de l'autre, lançait un débat identitaire visant manifestement à reléguer certains Français dans une condition subalterne. Hollande, élu en partie sur cette promesse de lutter contre les discriminations et rétablir l'égalité pour ceux qui sont victimes d'une injustice liée à leur identité, a déçu. Plus que ça, il n'a rien fait, comme s'il confirmait que la République s'en fout définitivement. Dubet rappelle également que les mécanismes sociaux français sont redistributifs mais à bout de souffle : avec 57% de la dépense publique consacrés à redistribuer, nous atténuons fortement les inégalités sociales, mais de façon beaucoup moins efficace que les nordiques qui font mieux avec moins, et il n'est pas envisageable d'aller au-delà, il va donc falloir faire autrement. 

Face à cela, Dubet n'est pas pessimiste, au contraire. Pour lui, retourner les choses est encore envisageable à condition de ne pas attendre de miracle du politique autre que d'inverser notre devise. Ca n'a l'air de rien, bouleverser l'ordre de notre triptyque républicain, mais à y bien réfléchir, cela modifierait les choses et s'adapte mieux au projet de la France du XXIème siècle. Remettre la fraternité avant l'égalité et enfin les libertés. Le rôle de l'Etat doit être de diffuser une nouvelle culture de l'égalité où chacun se sente responsable des inégalités, des écarts, prête attention à l'autre. Faire la Sociale avant d'attendre qu'elle n'advienne, en somme. 

Commentaires

J'ai hâte que Dubet se présente! Il me semble que cela bien longtemps que ces garnds mots ne trouvent plus leur place dans les discours ambiants comme s'ils étaient obsolètes, passés de mode, désuets. Quand on perd les mots hélas, on perd aussi la réalité et le sens qu'ils portaient avec eux. Du côté du Théâtre de La colline, Marx essaie aussi de se faire réentendre...I have a dream...

Écrit par : marcelline roux | 29/09/2014

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