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04/04/2015

Le temps, ce nouvel égoïsme

horloge-ancienne-balancier.jpgLa nouvelle ressource trop rare n'est pas seulement financière, mais temporelle. Hartmut Rosa écrit au début d'Accélération que notre rapport au temps reste trop impensé, politiquement. On le réduit à un débat d'avant ou d'arrière garde lorsque ressurgit la lancinante question du temps de travail hebdomadaire. Mais ce qui est insuffisamment porté à l'opinion, c'est la vraie conséquence de nos mal pensées 35 heures : la fracture temporelle.

Depuis 1999 et les grandes lois sur la réduction de temps de travail concertée dans les entreprises, nous avons un écart croissant entre les détenteurs d'un patrimoine temporel renforcé et aux ressources financières limitées et ceux qui n'ont pas le temps de dépenser ce qu'ils gagnent car le temps libre leur devient une chimère alors qu'ils vivent en promesse de société des loisirs. 

Si l'on veut être un minimum responsable sur un sujet comme ça, ceux qui ont la chance ou la malchance c'est selon, d'être concerné à petite ou grande échelle par cette question du temps de travail doivent se prendre par la main. Depuis la crise de 2008, le nombre de travailleurs indépendants a augmenté de 25% et plus que d'autres, cette petite corporation est confronté à ces dilemmes : prendre plus, s'en mettre ras la soute quitte à imploser ? Tant mieux car quand on est indépendant, en plus de savoir pourquoi, on sait pour combien on bosse. L'indépendant réussit toujours la promesse sarkozyste, lorsqu'il travaille plus, il gagne plus. Avec le risque de travailler moins et de gagner beaucoup moins : refuser un boulot une fois, ça peut passer, à la seconde votre réputation de tire au flanc est faite. Et elle pèsera lourd...

A titre perso, pour des raisons qui m'échappent, alors que je suis en free lance depuis 5 ans avec une croissance très régulière de mon activité, celle-ci explose en 2015, au point que je ne peux tout prendre sous peine d'exploser itou. Et je note qu'à ma place, nombre de personnes prendraient quand même. Les journées font 24h, les heures du matin tôt et celles du soir comptent triple, moins de mails et d'appels. Quand on veut on peut. Sans compter le we. Arithmétiquement, ce qu'on me propose est jouable, humainement ce serait trop pénible. Donc exit, et en plus j'en profite pour me sentir mieux en proposant lesdits plans aux potes qui ont les compétences, l'envie et plus besoin que moi.

Mais le salut du partage ne passera pas par une meilleure répartition entre free lance (même si ce serait un bon début). Il faut réapprendre à partager au sein des organisations : entreprises, comme administrations. Cesser de sur solliciter certains et de laisser tant d'autres de côtés parce qu'ils n'ont pas les codes ou les références, voire "l'expérience". Car, ça, c'est le summum de la tartufferie doublée de l'imbécilité : si on ne vous confie pas la mission c'est que vous ne l'avez jamais faite auparavant.  Logique infinie qui grippe plus que tout l'économie. 

Aussi, avant de voir s'il faut aller vers une semaine de 32H (pourquoi pas). Il faudrait rouvrir plus honnêtement le dossier des 35h : les entreprises ont bénéficié de très très coquettes sommes pour compenser la baisse de temps de travail, qu'elles jouent le jeu plus franchement chez elles en cesser d'épuiser leurs 10% de tops managers pour faire en sorte que l'équilibre du partage du temps parte d'en haut. 

 

 

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