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13/03/2016

Qui pour une laïcité hors de Dieu ?

rue-laicite1.jpgDans un article consacré à Manuel Valls et aux intellectuels (défense de rire) on apprend que notre Premier Ministre a de grandes et longues discussions passionnées avec Caroline Fourest. Ils sont d'accord, apprend-on. On ne lèvera pas la question ici de savoir s'ils sont de gauche, mais une chose est sûre : ils sont amnésiques. La laïcité, historiquement, ça n'est pas "je vous écoute, je vous comprend et on avance", mais une sulfateuse qui dit "faites de la place à l'Etat".  Emile Combes s'était battu comme un lion pour que les symboles et l'influence de l'église s'estompe, s'affaisse, disparaisse. Et il plaçait la République au-dessus de tout le reste sans regard pour l'une ou l'autre des églises. Bien sûr, là où il y a anachronisme, il y a danger : Proust aurait-il utilisé des SMS, Barthes serait-il allé chez Ruquier ? Souvent, les réponses sont oiseuses. Parfois, elles sont limpides et en l'espèce on peut le dire sans trembler : Combes ne serait pas allé au dîner du CRIF. Et Valls, si. Combes n'aurait pas dit "je me sens intimement lié à Israël". Valls, si. Combes n'aurait pas pointé une part de l'Islam comme posant problème, il plaçait les religions hors du cadre républicain. Valls, si. Car il essaye de s'accaparer une part du vote musulman sur le dos d'un autre. Il joue les apprentis sorciers.... Comme nombre d'autres irresponsables politiques en la matière, mais Valls décroche le pompon sur le sujet... 

Tout ceci, donc pour de pathétiques calculs électoralistes. En repensant à Combes, on se doute bien que l'idée de se mettre le vote catholique à dos, en 1905, relève d'un courage à la limite de la témérité. On peut le dire, c'était les branlées électorales assurées pour les années à venir. Pourtant, il a tenu bon et suffisamment bon pour passer une loi sans concession qui assure d'ailleurs la pérennité de ce principe. C'est d'ailleurs pourquoi on l'a encore aujourd'hui dans nos textes. Mais on sent bien que le communautarisme des trois monothéismes s'infiltre partout et la laïcité prend l'eau. Et encore, on en parle pas davantage car les études et sondages en fonction de la religion sont moyennement appréciés. On en fait, à la marge (que pensent les cathos, juifs ou musulmans du mariage pour tous, de l'euthanasie... mais on évite de les lier trop directement à un candidat) un peu honteux, comme toute nos concessions à la laïcité...

Aujourd'hui, il faudrait à nouveau des vrais laïcards. Non pas dans le ressentiment, non pas dans la haine, mais dans l'inflexibilité. Pas de concession sur l'enseignement des moeurs, de l'égalité femme/homme, de la sexualité. Pas de concession sur la santé, toutes les hommes et femmes de France doivent accueillir sans réserve la prise en charge par un médecin quel que soit son sexe... Tout partant de l'école, il faudra avoir le courage, mais cela ne peut se faire qu'en début de mandat, de sortir le privé de l'Education Nationale sous contrat. Vous voulez Montessori ou Freynet, vous payez de votre poche. Vous voulez du crucifix, de la kippa ou du voile, l'Etat vous invite. Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? 

Le problème de la laïcité qui s'accommode de Dieu c'est que la démocratie perd, in fine. Quand on érige pas une barrière électrifiée, une muraille indépassable, la démocratie s'étiole, est menacée. Prenons 3 exemples, dans 3 plus ou moins grands pays avec 3 contextes et religions différentes, mais 3 menaces toutes aussi grandes. En Israël, l'ultra orthodoxie religieuse de Nethanyahou menace la démocratie israélienne qui discrimine, menace, exclut les non juifs. Chez les turcs, avant garde démocrate du temps de Kemal, la religiosité d'Erdogan ne menace pas seulement la politique extérieure de ce grand pays, mais la démocratie turque elle même. La presse est muselée, le rôle des femmes régresse, la démocratie est malade, proche de la mort clinique. Enfin, si Cruz était élu Président des Etats-Unis, cela serait Jesus 1/ Darwin 0. Ca serait la fin des droits pour les homosexuels, l'interdiction d'avorter mais aussi de ne pas allaiter pour les américaines : c'est cela une démocratie moderne. Ca ne peut cohabiter harmonieusement dès lors que le religieux a des visées politiques. Que le religieux se concentre sur l'intime, chacun ses croyances privées, mais chez soi. Pitié faites qu'un politique de premier plan se lève pour rappeler cette évidence des Lumières.