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19/04/2016

Couper n'est pas interviewer

picto-couper.pngLéa Salamé,Léa Salamé,Léa Salamé,Léa Salamé,Léa Salamé... Voilà ce qu'une partie du landerneau communicant a retenu de la prestation télévisée de François Hollande, jeudi. Evitons le débat révélé par le Canard Enchaîné pour savoir si la journaliste a pu remplacer Nathalie St Cricq au motif qu'elle serait plus "sexy" que sa collègue pour revenir au "style" Salamé. Elle est mal élevée, pleine de morgue, relativement inculte même si très infatuée et ivre de son vernis, mais comme elle jappe sans cesse sur son interlocuteur cela donne dans le ronron médiatique : "Léa Salamé, une journaliste à l'anglo saxonne, franche et directe". Ha bon ? 

Je ne regrette pas Alain Duhamel et Arlette Chabot comme intervieweurs politiques, mais tout de même. Leur tort était sans conteste une certaine complaisance avec leurs invités, un journalisme de révérence. Certes. Mais au moins avaient-ils l'avantage de laisser leurs invités dérouler une pensée, expliquer un propos. Alors qu'aujourd'hui, l'accélération des interviews fait qu'on case un maximum de sujets en un minimum de temps et le journaliste starifié (ce qui est un contre sens ontologique) se sait observer et en fait des caisses pour être remarqué, adulé, chouchouté. D'où le mattraquage sur les interviews de Bourdin qui "ne lâche pas" ses interviewés. Mais avec ses 13 ou 14 sujets traités en moyenne en 20 minutes, qui peut penser sincèrement qu'il peut sortir de cette interview autre chose qu'un bon mot ?

Le problème tient à la starisation de l'intervieweur qui se sait épié et veut négocier ses émoluments à l'aune de la présence qu'il prend. Et donc à sa capacité à démolir l'interviewé. Ruquier, de ce point de vue là, a joué un rôle néfaste en starisant un duo de Bouvard et Pécuchet et en les poussant à surenchérir dans le grinçant, dans le fracassant. Nombre d'autres émissions politiques se sont alignés sur ces standards d'intervieweurs en bourreaux...

L'entretien musclé, tendu et peu amène pour Marine le Pen lors de sa tournée récente au Québec est de ce point de vue un excellent exemple. Pendant 32 minutes, la journaliste québécuoise écoute son invitée et la découpe proprement à chaque fois qu'elle relance par une nouvelle question. Sans couper la parole. CQDF (c'est le Québec qui dessine pour la France). Voilà une interview à diffuser dans les écoles de journalisme pour montrer qu'on peut être plus effacé à l'écran et beaucoup plus présent dans les cerveaux. Ca vaut la peine de le tenter.

Après l'émission, je croisais un ami sourd qui a fait beaucoup de lobbying pour sous-titrer l'ensemble des programmes à la télévision, y compris les débats en direct. A propos de l'émission où le Président était sans cesse coupé, il me dit que c'était, sans surprise, inregardable. La tragique illustration de l'expression populaire "un dialogue de sourds" montre bien que ce qui est mauvais pour les malentendants l'est pour tout le monde...