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29/01/2018

Nutellagate et ventes privées Chanel

Suite aux émeutes dans un supermarché pour du Nutella en promotion du côté de Beauvais, le débat a tourné autour de "s'agit-il d'un signe de fin de civilisation ?" ou "mollo sur le mépris de classe". A choisir, je serais évidemment dans le second camp, mais je m'étonne tout de même que cela ne nous ait pas poussé à réfléchir à l'ineptie du modèle de consommation et l'impasse du partage des richesses actuel.

L'ineptie d'un modèle de consommation où l'on désire sans fin dans une planète aux ressources finies, où l'on veut toujours plus, bien plus que le nécéssaire. Bien sûr qu'il est vain de se battre pour du Nutella, cette saloperie pleine d'huile de palme et de sucre. Mais ils se sont battus pour ce qu'ils ne peuvent se payer selon leurs moyens. Condamnés à la pâte à tartiner Lidl, la possibilité d'avoir le truc des bourgeois et de ravir les mômes, c'est un crime acceptable. Faisons amende honorable avant de les juger. Petit, il y avait toujours du Nutella chez moi car les enfants aiment ça, on les conditionne pour. Quand ma mère tentait de finasser et de me refiler de la pâte à tartiner générique (de mémoire la marque Ed) il était hors de question que je condescende à l'avaler, la finesse de mon palais ne tolérant que le Nutella. Je découvrirais plus tard les vertus du marketing et de la réclame, mais j'étais persuadé, alors, du caractère gustatif intrinsèquement supérieur du Nutella. Ma mère pouvait en acheter sans souci, il revint dans nos placards. Fin de l'histoire. Mais ne blâmons pas de trop ceux qui n'ont pas le choix. 

En pensant à ce Nutellagate, me revient en mémoire le jour où je suis allé à des ventes du personnel Chanel. Ces ventes à perte, où l'on paye 10 ou 20% des chiffons. Une folie. J'étais venu à l'invitation d'une amie m'expliquant que leurs cravates étaient le comble du chic. J'étais ressorti sans rien acheté, horrifié. J'avais vu deux femmes se battre pour le dernier haut à leur taille et deux hommes les imiter pour le dernier costume. Effarant. Depuis, toutes mes amies se rendant à des ventes privées me racontent les mêmes histoires de violences, de cris, de bousculade. Seuls les montants et le nombre de participants changent. On ne parle pas d'émeute, alors, mais c'est la même chose. Et ça devrait nous faire réfléchir plus que le petit sourire goguenard. Le signe de civilisation, ça n'est pas l'émeute pour le Nutella, mais les centaines de personnes qui dorment devant un Apple store pour acquérir un Iphone 10 grâce au crédit conso qu'ils ont contracté la veille pour l'occasion... Imaginez des soldes sur les voitures de luxe, sur les bijoux à n'en plus finir, sur les piscines à débordement, les mêmes émeutes reviendraient. Le problème c'est que la logique consumériste fait de nous des animaux sauvages, des cochons dans des champs de truffe. Point barre.

Et la limite du partage des richesses, quand même. La semaine dernière, en parallèle de Davos, Oxfam nous rappelait que 82% des richesses crées dans le monde sont captées par les 1% les plus fortunés. A quoi bon produire autant de richesses dans le monde si elles sont si mal partagées ? A quoi bon être le 5ème pays le plus riche au monde, avec le record d'Europe des milliardaires, si tant de gens sont obligés d'en venir aux mains pour acheter un petit déjeuner conformes aux attentes de leurs mômes ? Ceux qui donnent des leçons de diététique en disant que lorsqu'on gagne moins bien sa vie on peut faire attention et manger différemment, que comprennent-ils de la frustration ? Qu'ils fassent leurs courses de façon responsable, tant mieux, mais la question c'est celle du choix et de l'envie. Choix des vêtements, marque ou pas marque, des vacances ou pas... Quand on a le choix de tout et la possibilité de tout on doit entendre ceux qui sont contraints et limités dans leurs choix. Tout le monde ne peut pas vivre parfaitement demain, mais notre pays produit largement assez de richesses pour que les tables de petit déjeuner ne frustrent aucun enfant. 

Commentaires

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"En pensant à ce Nutellagate, me revient en mémoire le jour où je suis allé à des ventes du personnel Chanel. "

toujours le goût immodéré de Castor pour le beau linge !

Écrit par : Léo | 29/01/2018

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C'est en mangeant le pain sans ajout ( nutella, beurre , confiture) que l'on apprécie le mieux sa saveur .

" le pain sec" est considéré à tort comme une punition ; astuce de marketing qui explique l'émeute dont parle
Castor .

Écrit par : Euphémie | 29/01/2018

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" Jeanne était au pain sec " ( Victor Hugo , " L'art d'être grand-père " )

V H est largement responsable du discrédit qui frappe la tartine sans beurre ni nutella .

Écrit par : Lesbie | 29/01/2018

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C'est comme l'eau , discréditée par les marchands de vin et d'eau pseudo minérale.

Écrit par : Lysistrata | 29/01/2018

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Le must : pain sec + eau .

Écrit par : Léo | 30/01/2018

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