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21/10/2018

Et si Pénélope Fillon ouvrait le débat sur les alternatives à la prison ?

Hier, la culpabilité de Pénélope Fillon a été dévoilé au grand jour puisque Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de la revue des deux Mondes, a annoncé qu'il allait plaider coupable. Il reconnaît qu'il a versé 4000 euros nets par mois pendant 20 mois, donc 80 000 euros, sans aucune compensation professionnelle, à l'épouse de l'ex candidat à la présidentielle. Aucune réaction à cette information ne s'accompagnait d'un possible devenir carcéral pour Pénélope Fillon. Aucune.

Pourtant, la preuve est bien établie qu'elle a siphonné de l'argent. Privé, certes, mais de l'argent quand même. Quand on pense aux autres collaborateurs de la revue, moins payés pour un vrai travail très conséquent, on imagine leur colère. Voyant la légèreté du couple Fillon vis à vis de l'argent, la révélation d'hier sans confirmer les accusations d'emploi fictif à l'Assemblée, renforce fortement les suspicions que l'on peut avoir. Et là, évidemment, ça n'est plus la même affaire : on parle d'un détournement d'argent public. Et autrement plus conséquent, puisque mis bout à bout sur plus de deux décennies, on parle de plus d'un million d'euros. Quand bien même elle serait reconnu coupable de ces faits-ci aussi (ce qui est hautement improbable, entre la prescription des faits et la difficulté à établir la culpabilité de façon certaine sachant que l'employeur, François Fillon, ne risque pas de plaider coupable, lui...), la possibilité d'une incarcération ne se posera pas. Du tout. 

Pensons à la rubrique fait divers des journaux, où les SDF embastillés pour avoir volé dans les poubelles et râlé sur ceux qui les regardaient, côtoient les mauvais maris qui n'ont pas payé de pensions alimentaires pendant des mois. Il y a aussi les voleurs de scooters. Tous emprisonnés en comparution immédiate, sans toucher 20 000 euros, justice expéditive façon Monopoly. Ils rejoignent ainsi nos prisons qui font honte à Adeline Hazan, qui succède à Jean-Marie Delarue comme personnalité chargée des lieux de privation de liberté. Elles font honte aux observateurs internationaux, aux instances concernées, a à peu près tout le monde, avec ce ratio de près de 70 000 prisonniers pour 55 000 places. Ce ratio infamant induit que des petits délinquants vont se retrouver incarcérés avec des personnalités plus dangereuses, dormir à même le sol et subir un certain nombre de traumatismes, physiques ou psychiques. Et l'on espère, bien sûr, qu'en sortant ils auront "compris la leçon" et se comporteront comme de braves citoyens soucieux des règles. 

Il faut imaginer la télé en prison et les voleurs de scooter voyant la culpabilité non punie de Pénélope Fillon. Restant sur la même chaîne d'info en continu, ils verront un débat se désoler que Booba et Kaaris ne purge pas instamment des années de prison ferme. Un autre se désolera à propos des mêmes rappeurs incarcérés pendant que l'été que cette détention aura mis à jour la présence de téléphones et de télés en prison. D'où la question "les prisons françaises sont-elles le Club Med ?". Et personne ne reviendra à Pénélope Fillon. C'est bien dommage.

Je ne suis pas pour que Pénélope Fillon aille en prison. Du tout. Elle n'a rien à y faire et cette peine serait sans rapport avec le délit. Je suis pour qu'elle rembourse intégralement ce qu'elle a volé, assorti d'une amende de quelques dizaines de milliers d'euros correspondant au vrai coût de la peine. Mais aussi qu'elle soit assujetti à un travail d'intérêt général. Qu'elle aille donner des cours de français aux migrants, nettoyer les graffitis de Sablé sur Sarthe, ce qu'on veut, mais une peine commuée en faisant du bien à la collectivité. 

Face à la crise terrible de responsabilité que nous traversons, il est plus que temps que les délinquants en col blancs payent et soient sanctionnés. Je n'ai jamais été un incarcérateur forcené. Qu'ils se rendent vraiment utiles à la communauté via des travaux d'intérêt général (TIG) me ravirait. Cela leur donnerait à réfléchir au sens du Commun. Cela apaiserait la montée des populismes qui bien souvent est une réaction à l'impunité de l'élite. Cela donnerait corps à une réflexion plus large sur les impasses de l'incarcération et permettrait de vider nos prisons de ceux qui n'y ont pas leur place.

En 2017, le candidat Emmanuel Macron avait promis la mise en place d'une Agence dédiée aux TIG, alternative à la prison dont il entendait démultiplier la pratique. Multiplier par trois à 5 le nombre de TIG en France pour nous sortir de l'obscurantisme de l'enfermement dont Foucault a admirablement montré les impasses et nous faire rentrer dans une modernité de la justice. Le président Macron renie pour l'heure sa promesse et ça m'ennuie beaucoup car sur ce point du programme, j'approuve comme jamais le projet. En marche, oui, mais pas à l'ombre. 

 

 

Commentaires

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"l'obscurantisme de l'enfermement dont Foucault a admirablement montré les impasses " ( Castor )

Foucault , une référence un peu démodée mais incontournable dans la rhétorique gaucho-bobichonne , comme l'évocation de Bourdieu qui lui aussi a mal vieilli .

Écrit par : Jacques Aubin | 22/10/2018

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Le prolétariat " de souche" ayant déserté la gauche pour la droite extrême ( et , un peu , l'extrême gauche populiste ), les bien -pensant lui cherchent des substituts : migrants , voyous des quartiers" sensibles " et , bien entendu, taulards .
Macron lui -même semble donner dans cette mode ( son récent voyage dans les îles )

Écrit par : Sidoinie | 22/10/2018

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