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19/05/2020

Vie numérique : laissons le binaire aux machines

Dans le monde qui vient, retour à l'école ou école à distance ? Demain, retour au bureau ou télétravail pour tous ? Je comprends le besoin d'éditorialiser et de cliver les positions, mais en l'espèce, la réponse ne peut être à chaque fois que "les deux". Ne pas prendre cela comme postulat de départ ruine toutes les discussions qui s'en suivent. Évidemment qu'il faut les deux.

N'en déplaisent aux luddites, aux débranché.e.s, on ne peut pas prétendre que le monde en ligne n'existe pas et couper tous les élèves des bienfaits de l'assistance, du mentorat, de l'aide aux devoirs en ligne. Les ressources livresques, les connaissances artistiques présentes sur internet sont un bienfait gigantesque. Ça ne remplacera jamais les explications du ou de la prof. Jamais. Toutes et tous les élèves interrogé.e.s sur le confinement disent bien qu'en ligne, il faut suivre et que quand on ne comprend pas, tant pis. Non par mauvaise volonté des profs, qui essayent de voir, mais c'est indécelable. D'où l'accentuation des décrochage, pas faute de travail (une étude publiée hier par Médiapart montrent que le temps de travail chez les élèves issu.e.s de milieux populaires était un peu plus important qu'en milieu aisé) mais faute d'assistance parentale quand quelque chose est flou... Quand à l'intelligence de groupe, où le ou la fort.e en maths aide les plus faibles en français, exit. Ce matin, Finkielkraut a sorti son habituel couplet sur "Internet tue l'excellence". De la part de quelqu'un qui n'a pas internet et s'en vante, ça vaut son pesant de noix de cajou. En ce moment, les bibliothèques sont fermées, peut être pour longtemps, heureusement que des réponses en ligne existent pour les jeunes aux murs domestiques sans livres. T'en foutrais de l'excellence...

Au travail, c'est encore plus flagrant. Nombre de sujets s'engouffrent dans des délires techno solutionnistes sur "la société sans bureau" comme il y eut "la France sans usines" avec le succès que chacun.e peut constater dans les chiffres du chômage. Une petite hype qui surfe sur trois tendances sans voir la gigantesque souffrance humaine. Je comprends bien l'intérêt pour le capital : pas de bureau, pas de loyer. Pas de déplacement au bureau = plus de temps de travail disponible chez les salarié.e.s. Pas de possibilité de se réunir = pas de possibilité d'exiger des droits, de se défendre contre des conditions de travail, salarial, horaires ou autres, dégradées. Pas de possibilité de se défendre en cas de licenciements abusifs Hier, Uber a licencié 3 500 personnes par visio conférence, 3 minutes montre en main, 20 personnes congédiées à la seconde. Le progrès ! Quelques articles issus de propositions de cabinets de conseils ont aussi paru sur la possibilité de délocaliser massivement grâce au télétravail. Pourquoi se gêner avec des foutaises comme le SMIC du pays, l'imposition du pays, le droit du travail du pays ? Enfin, le rêve techno solutionniste des mondialisés béats à portée de clic. 

Ne leur en déplaise, quand on Zoom en arrière, pour reprendre le nom d'une application qui a rendu son créateur milliardaire grâce au Covid, on voit bien que le travail en ligne n'est pas un projet de remplacement. Que des geeks misanthropes aient besoin de coder dans leurs chambres sans rentrer en contact avec leurs congénères, très bien pour eux ! Mais pour les autres ? Quand le niveau de technicité, d'exigence et de savoir-faire est très répandu dans une société, la différence se fait le savoir-être, le relationnel. On ne travaille pas qu'avec des compétences, mais avec des gens. Avec qui on a envie de bosser parce qu'ils ou elles sont drôles ou au contraire, taciturnes, calmes, posé.e.s, enthousiastes... Et on ne travaille pas bien en groupe, à distance. Il y a des choses dans les regards, dans les silences, dans l'esprit d'escalier ou le hasard de la rencontre qui n'arrivent que dans la vie solide, pour parler comme Arthur Lochman.

Laissons le binaire aux machines, il faut évidemment prendre les deux et ne jamais oublier que le monde en ligne n'est pas un projet social. Les réseaux ne sont sociaux que s'ils débouchent sur des interactions, des rencontres, des échanges concrets. On trouve souvent l'expression in real life ou IRL comme un rappel, une demande à embrasser le vivant. On ne va tout de même passer nos existences in fake life. Rouvrez les cages aux oiseaux et les bistrots, qu'on puisse discuter de tout ce qu'on a vu en ligne ! 

Commentaires

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L'ancien et le nouveau ,un sujet de dissert vieux comme le monde ; au temps des cavernes : le fer se substituera -t-il à la pierre ? plus tard : l'oral ringardisé par l'écriture ? le parchemin par l'imprimé , la dilgence par le train , celui-ci par l'auto , le théâtre par le cinéma , la radio par la télé ? etc .

-----Dans le débat du moment ( le maître en chair et en os remplacé par le numérique ? ) Castor ,macronien sans le savoir , répond " en même temps " ce qui peut se décliner selon un plan classique : oui , non , que faire ?

Difficile d'innover ...

Écrit par : Léo | 19/05/2020

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Les références au passé , même lointain ( de la pierre au fer ...) ne manquent pas de pertinence , mais ce qui est nouveau et inquiétant c'est :

1-que l'irruption du numérique est à la fois plus rapide et plus générale que l'ont été celles de l'imprimerie , des nouveaux modes de transport ( train, automobile , avion ..) , de la télévision .

2- que le numérique est , plus qu'une technologie , un état d'esprit , voire un nouveau " mental", ce dont on mesure encore mal les effets en profondeur il s'agit de l' " être " et non plus seulement du " faire "

3 -qu'il aggrave considérablement la dépendance de chacun , voire son aliénation : une panne d'électricité , même de courte durée est un drame .

Écrit par : Anna Lisa | 20/05/2020

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"ce qui peut se décliner selon un plan classique : oui , non , que faire ?"

Si vous aviez , cher Léo, suivi les enseignements de mon maître Mentor , vous sauriez qu'au plan en trois parties , il est préférable d'en présenter un en deux blocs dont chacun comporte deux développements
( 1 : 1-1 et 1-2 ; 2 : 2-1 et 2-2 ) ; le passage d'une formule à l'autre est facile à effectuer ; essayez ...

Mais si vous tenez à être vraiment moderne , dispensez -vous de tout plan , comme le recommande depuis peu la direction de Sciences -Po .

Écrit par : Pépé Castor | 21/05/2020

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La mise à l'index du plan est l'une des mesures prises par la direction de Sciences -Po en faveur des candidats issus des quartiers et des banlieues , comme l'avait été , un peu plus tôt , le respect des règles de l'orthographe bourgeoise .

Écrit par : Julius | 21/05/2020

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"Laissons le binaire aux machines" ; bien des gens n'ont pas attendu les machines pour fonctionner en mode binaire : le bien et le mal , le vrai et le faux , le juste et l'injuste ....
Ainsi , assez souvent , Castor , peu porté sur les nuances ...

Écrit par : Euphémie | 21/05/2020

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