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22/07/2020

Doriot, Déat, Joffrin et nous

L'histoire hoquète salement. Dans "Récidive", le philosophe Michael Foessel soulignait les différences et convergences entre 1938 et nos jours. Le trop grand aveuglement de la presse aux luttes sociales réprimées, une déconnexion d'élites, un attentisme et aussi, une panique morale poussant certains hiérarques de la gauche dans la gueule de Vichy. Doriot, exclu du PCF, fondait son PPF et collaborait activement, Déat l'imitait en oubliant la SFIO pour embrasser une carrière de premier plan dans le gouvernement de Vichy. 

Je ne dis pas cela pour enfiler les points Godwin, je me réfugie derrière Foessel pour rappeler que les périodes de crise et de troubles affolent les consciences. Manuel Valls imita Déat en peu de temps. De l'aile archi droite du PS pendant les primaires et à l'intérieur, il perdit toute forme de rationalité après les attentats et vira dans des délires identitaires paranoïaques qu'on ne retrouve qu'au RN, et pas la frange modérée... On peut (on doit) moquer Valls, mais il fut premier ministre un demi quinquennat, il y a encore nombre de "vallsiste" et nombre de responsables de gauche trop paresseux ou trop ignorants de la cause sociale, compte se refaire sur les questions identitaires grimées en cause républicaine.

Michel Onfray imite Doriot avec une célérité étonnante. Dire que cet homme soutenait Besancenot, disait qu'il fallait une internationale anticapitaliste, antimondialiste, rien n'effarouchait ce libertaire anarchiste... Et puis la LCR devenue NPA présenta une femme voilée aux législatives et Onfray éructa. Pauvre petit chaton fragile. L'idéal de la défense de toutes et tous les dominé.e.s s'arrête là où commence le voile. Avec son Front Populaire, il refait la même en recyclant des fachos (De Villiers, Bock-Côté, Eugénie Bastié, Brighelli, Jamet) et des souverainistes de gauche acceptant de cohabiter avec l'extrême droite (Chevènement, Sapir, Kuzmanovic...). Tristesse...

L'histoire hoquète salement. En septembre, une excellente enquête (aux éditions Arkhé) sur les nouvelles communautés d'extrême droite montre comment celles ci débauchent de plus en plus de communistes, de mélenchonistes, de jeunes perdus et qui, dans le vide idéologique, vont vers la réponse racialiste et identitaire, mâtinée de lecture sociale, plutôt qu'une lecture sociale et écologique englobant toutes les fragilités.

Et s'ils le font, c'est que la gauche a déçu, a trahi tout le monde : petits blancs ouvriers qu'elle pensait définitivement acquis aux RN, et habitants non blancs des quartiers populaires dont elle pensait qu'ils ne retourneraient jamais aux urnes. C'était exactement ce que dit la note de Terra Nova en 2011 sur l'abandon des quartiers populaires pour se concentrer sur les CSP+ et les profs...Joffrin en fut un excellent pédagogue roué, c'est à dire en faisant mine de s'offusquer que ça n'était pas acceptable, car la gauche de Jaurès à Mitterrand, entraîne tout le monde dans sa roue, avant de soutenir François Hollande qui a profité de l'anti sarkozysme viscéral dans les quartiers populaires pour s'afficher en campagne avec eux, avant de les oublier sitôt arrivé à l'Elysée. Ca n'empêche pas Joffrin de continuer à mettre des coups de cornes dans une porte ouverte, tel un bouquetin aveugle...

Entre les ex de gauche qui s'acoquinent à l'extrême-droite par calcul précipité et les vieilles lunes incapables de la moindre remise en question sur leur désastre, nous voilà avec de la boue des deux côtés du chemin... Raison de plus pour avancer soudés, serrés, sans trop s'égarer ou se disperser... 

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