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26/11/2021

Impasse dos à dos

Ce matin à l'heure du laitier, dans le calme, j'ai réécouté le "débat" entre Alice Coffin et Brice Couturier, hier sur France Inter. Je conseille à tout le monde de le réécouter pour une raison simple : c'est la plus belle illustration du fait que la neutralité du débat n'existe pas et que la formulation initiale, la conduite journalistique, l'angle, enserre les arguments à venir, mettent une focale dont on peut difficilement s'extraire. D'ailleurs, pour être plus précis, j'aurais dû dire que j'ai réécouté le débat opposant Alice Coffin, à Brice Couturier, Léa Salamé et Nicolas Demorand... Car les deux intervieweurs étaient acquis sotto voce aux thèses de Couturier selon lesquelles le "courant woke" existe et menace la société... En reprenant les mots de l'extrême-droite, en mettant dos à dos "woke" et "républicains", on place un tel déséquilibre de départ que même toute l'habileté et la très grande clarté d'Alice Coffin peine à rééquilibrer l'ensemble. 

Coffin rappelle des faits irréfragables : les hommes blancs ont à perdre à l'égalité, il faut arrêter de se raconter des fables. Comment ne pas comprendre une chose aussi simple que : 39 des 40 patrons du CAC 40 sont des hommes blancs, dans un monde égalitaire, ils auront moins de pouvoir, 19 de moins auront de telles fonctions, voire 25 si des hommes non blancs accèdent à ces fonctions (on peut rêver). Cette stat la plus frappante, vous la déclinez sur les thèmes qui vous interpellent le plus en matière d'inégalité : rémunération, emplois à temps partiels subis, invitation à s'exprimer dans les médias, nombre d'heures dévolues aux tâches domestiques... Un enfant de 3 ans comprendra qu'un monde où les inégalités auront été corrigées serait un monde dans lequel les hommes blancs auront abandonné un certain nombre d'avantages (ou privilèges, c'est selon). Mais Léa Salamé et Nicolas Demorand n'ont manifestement pas encore 3 ans, car ils ont repris la fable du "on à tous à gagner à un monde égalitaire" sorte de variant sociétal de la fable du "on peut avoir une croissance verte infinie dans un monde aux ressources finies". Renvoyer dos à dos un opposant à l'égalité et une militante pour l'égalité, ne rien dire quand Couturier explique que "le wokisme nous à amener Zemmour" c'est cautionner des thèses absurdes et réactionnaires.

Encore une fois, Frédérique Matonti a parfaitement résumé le problème de la fausse neutralité dans "comment sommes-nous devenus réacs ?" où elle montre la victoire culture de la nouvelle droite. Victoire sans gloire quand il s'agit de médias dont les propriétaires sont leurs représentants. Chez Bolloré, les journalistes, les invités, les experts et les chroniqueurs sont réactionnaires et anti égalitaires, fort logiquement ils y répandent leurs idées. J'étais lundi avec un élu progressiste au sens historique du terme qui me dit avoir cessé de s'y rendre car il faisait face à un contradicteur, ce qui est normal, mais aussi à un journaliste, ce qui l'est moins, mais en plus à un expert prétendument neutre mais affilié au RN et aux sources chiffrées délirantes. C'est révoltant et triste, mais il n'y a pas grand chose à espérer du débat sur ce ring mité. On pourrait tout de même espérer que la première radio de France, publique qui plus est donc sans actionnaire réactionnaire pour guider la ligne, ne tombe pas dans le même piège. On pourrait... 

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