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07/06/2022

Performance légale

Après avoir gagné Roland-Garros, Nadal a donc révélé qu'il se faisait faire des infiltrations quotidiennes pour avoir le pied anesthésié. Et c'est passé crème. Personne ne lui a demandé de rendre la coupe, après tout c'est Nadal, le plus grand joueur de tous les temps sur terre, alors un de plus un de moins... Et ce matin nombre de cyclistes râlent parce qu'ils ne peuvent recevoir des infiltrations, ce qui les aiderait bien sur un grand tour quand ils sont tombés la veille et qu'ils souffrent trop le lendemain. Être anesthésié vous aiderait, mais c'est interdit car dopant. Deux poids, deux mesures.

Alors je sais bien que les cyclistes ont d'autres moyens de se doper. Et je sais aussi que Nadal n'a pas gagné Roland Garros uniquement grâce à ses infiltrations. Les joueurs français peuvent en recevoir trois par jour, ils se feraient toujours massacrer par Nadal. Il n'empêche, sans infiltrations Nadal n'aurait pas gagné Roland, il ne serait pas allé en finale ou en demie, mais il aurait abandonné puisqu'il ne pouvait plus poser le pied par terre. On aurait eu un autre vainqueur, c'eut été bien, mais contrairement à la légende, le sport capitaliste n'aime pas la glorieuse incertitude, il aime que les gros gagnent toujours plus, car il est capitaliste avant d'être un spectacle. 

Et en lisant ça, je me dis que le classique de 1991 d'Alain Ehrenberg, "le culte de la performance" reste plus que jamais d'actualité. L'auteur de montrer qu'avec le néolibéralisme naissant, les années 80 ont adulé une performance en toc mais l'ont encensé à grands renforts de médias. Dans le sport, la politique et les affaires, on encensait une performance reposant sur le dopage, la fraude fiscale ou encore les tripatouillages politiques avec les indicateurs comme le PIB visant à faire passé un modèle périmé et écocidaire pour une matrice de progrès... Les 3 fraudes convergeaient toutes avec la personne de Bernard Tapie, fugace ministre de la ville, dopeur en chef de l'OM en foot et d'une équipe cycliste et couleur de boîtes avec des montages fiscaux façon Madoff.

On sait depuis 30 ans que ces performances sont pipeautées, qu'elles n'ont aucun fondement et ne doivent pas servir de base pour notre développement mais on ne les a pas remplacées. Quand Starbucks a commencé à ouvrir ses cafés partout dans le monde avec une distorsion de concurrence fiscale colossale (voir le documentaire d'Arte sur le sujet) les bardes du néolibéralisme ont dit que le succès était dû au goût des cafés (ha ha) à la qualité du service (hu hu) et autres carabistouilles. Interrogé sur le modèle fiscal poussant l'optimisation aux confins de la souplesse, il se contentait d'un "oui mais c'est légal". En clair, ceux qui veulent à tout prix nous mettre en concurrence toujours plus, mais au nom d'une concurrence "libre et non faussée" reconnaissent évidemment qu'il y a des distorsions de concurrence massives, mais qu'elles ne les dérange pas car la justice n'intervient pas. Tu parles d'une morale. 

 

 

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