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16/07/2012

Balladur / Jospin, dis-moi qui es ton mentor, je te dirai quel Président...

403c9a28-5945-11df-b118-87e98cded8b3.jpgLes hommes politiques sont décidément du gibier de psy. Ils tuent leurs pères avant de les rappeler à la rescousse quand la meute des cousins et surtout des faux-frères qui leur tournent autour sitôt qu'ils ont du pouvoir les inquiète.

L'ex locataire de l'Elysée et l'actuel ont deux mentors aux nombreux points communs. L'âge du mentor les rassure. A 75 ans pour Jospin, 83 pour Balladur, pas de risque de coup de Jarnac ; ils sont hors-jeu. Cela permet d'instaurer un dialogue apaisé pour peu qu'on leur laisse un de place. 

Au-delà de la carte vermeille,  les mentors ont également des similitudes de parcours. Ex premier ministre de cohabitation (avec les spécificités diplomatiques que cela suppose), reconnu dans leur parti comme une autorité morale, ils partagent de plus d'avoir été défait cruellement dans la course à la présidence. Tous les deux étaient donné vainqueur de leurs élections respectives (1995 et 2002) et tous les deux, après une campagne lamentable, n'ont pas passé le premier tour. Ces épisodes malheureux les ont rendu amers pour quelques temps. Balladur a notamment très mal vécu les 12 années de chiraquie et ne s'est apaisé que Sarko élu. Jospin, lui, n'a pas décoléré quand sa succession fut assumée par Ségolène Royal, il semblait quand à lui s'être apaisé après les primaires qui lui assuraient que l'ex ne reviendrait plus. Ils ont donc tous les deux le même cuir, à la fois tanné par les revers et assoupli par les printemps. Parfait pour assumer des missions sans trop de pressions, mais avec enjeux.

C'est là où les choses deviennent intéressantes car politiquement très cohérentes. La réforme proposée par Balladur à Sarkozy n'est pas la plus médiatisée du quinquennat précédent mais c'est une belle saloperie que cette réforme territoriale. Votée grâce à la voix du félon Jack Lang, elle consacre une vision déconcentrée et plus inégalitaire de l'Etat entre ses territoires, le texte transpire l'idéologie libérale classique à savoir que les élus de proximité n'en branlent pas une et qu'il faut tout couper. Exactement ce qui sous tendait les plans de l'Education Nationale, l'Hôpital, l'intérieur, les armées, l'autonomie des universités... Partout, dégraisser au maximum et faire confiance à "l'efficacité". Un programme que n'aurait pas renié celui qui fut locataire de Matignon qui avait bradé les services publics, tenté d'imposer (sans succès heureusement) un SMIC jeune et déréguler encore plus le modèle social, notamment l'assurance maladie.

Hollande, lui a confié à son père politique une mission sur la moralisation et la rénovation de la vie politique. On peut moquer le titre pour un septuagénaire, mais l'âgisme comme le racisme se trompe de colère. Ensuite, on peut rappeler le bilan limité de Jospin pour écarter la possibilité de miracles chez Hollande. "Mon programme n'est pas socialiste", l'impuissance face aux fermetures de Michelin, les non régularisations massives et la poursuite de nombreuses privatisations. Bon. C'est vrai. Mais c'est tout de même sous ce quinquennat que l'emploi s'est considérablement relevé, que l'on a crée des centaines de milliers d'emplois jeunes qui, s'ils ne sont pas la panacée, sont une infiniment meilleur alternative pour l'entrée dans le monde adulte que Pôle Emploi ou les stages à répétition. C'est aussi une période où les comptes publics étaient, si ce n'est brillant, à tout le moins apurés. Enfin, concernant la moralisation de la vie politique ; quand on songe que Woerth a mené une réforme aussi importante que les retraites en étant carbonisés par des dizaines de pistes suspicieuses... En parallèle, DSK démissionnait de Bercy pour des soupçons dont il sera blanchi quelques mois après... Quand on pense que le financement de la campagne de Balladur a sans doute le goût du sang et que notre cher pélican refuse aujourd'hui encore de venir s'expliquer sur la question.

A la lumière des ombres tutélaires Balladur et Jospin, on voit les différences entre l'ancien et l'actuel. Ce n'est pas une révolution, mais ça vaut le mot de Talleyrand déformé: quand on estime le pouvoir actuel, on se désole. Quand on le compare au précédent, on se console... 

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