14/04/2017
Ce répugnant mattraquage sur les "valeurs" de Macron
Longtemps Fillon a pensé que les français préféreraient l'original à la copie, niveau économie. Et ça n'a pas marché. Sur ces thématiques, impossible de grapiller la moindre voix à Macron. A partir du moment où Gattaz dit qu'il aime les deux, que les éditorialistes de BFM Business à Dominique Seux disent que ce sont les deux seuls modernistes, la bataille n'aura pas lieu. Il y a des différences entre les deux programmes, hein, mais comme pour la primaire de droite, les 50 nuances de libéral sur le nombre de fonctionnaires à supprimer, ça ne passionne pas les foules. Idem pour le niveau de l'ISF, de CSG, de TVA... On ne gagne pas une présidentielle sur un tableur Excel.
Et puis, Fillon s'est rappelé qu'il a gagné la primaire avec les voix de Sens Commun et son immonde bouquin "vaincre le totalitarisme islamique" et il a ressorti la sulfateuse des valeurs. Et ça paye. Ce d'autant qu'il est rejoint dans sa lutte par Marine le Pen et pour eux, c'est les fondamentaux. Pas de souci pour dire que Macron est le candidat "du communautarisme islamique, de l'immigration massive". Et Fillon d'enfoncer le clou suite à une histoire sans intérêt de référent 95 d'En Marche ! qui aurait pris 3 selfies avec des islamistes et applaudit à des discours du CCIF et hop, les contempteurs de Macron expliquent qu'il est faible face aux islamistes et qu'il va se soumettre... Nombre de blogs à l'audience, hélas, importante évoquent une mystérieuse constellation disant que Julian Assange apportera les preuves du soutien d'En Marche à l'Etat Islamique. Une interview au quotidien russe Izvestia où il explique que les e-mails d'Hillary Clinton contiennent des éléments compromettant pour Macron. Soupir... On retrouve les infâmes manoeuvres pendant la primaire à droite qui faisaient du maire de Bordeaux l'allié des fondamentalistes islamiques, rebaptisant l'édile Ali Juppé... Les réseaux catholiques traditionnalistes attaquent aussi Macron sur le thème de la GPA en induisant l'idée qu'en bon libéral, Macron favorisera "les fermes à mères porteuses" comme elles existent en Inde. Immonde...
Ces attaques sont triplement dégueulasses. D'abord car elles grossissent les bulles des fake news, des thèses complotistes et des raccourcis idéologiques qui ne peuvent pas faire du bien à la démocratie. Ensuite, parce qu'elles rajoutent à la confusion programmatique : Macron est contre le droit de vote des étrangers, contre la reconnaissance de l'Etat Palestinien et son programme sur l'immigration est très Trudeau, très "réfugiés de guerre plus immigrés économiques dans les métiers qui nous manquent". Pas vraiment un immigrationniste forcené, encore mois un communautariste. Enfin, donc, parce qu'elles favorisent les alliances LR/FN sur le front de la droite des valeurs. La vie politique française va forcément être reconfigurée après cette présidentielle et un bloc de droite plus extrême semble se profiler à cause de cela.
Macron est-il naïf pour ne rien avoir vu venir et pas sur davantage se protéger ? D'abord, il est plutôt à son honneur de ne pas avoir voulu imaginer que des attaques aussi basses pourraient exister. Ensuite, le modèle de Macron est Tony Blair. Issus de la gauche, voulant un Etat hyper réduit et croyant au triptyque "croissance/privatisation/individu roi", le fondateur d'En Marche ! copie sa trajectoire sur celle de son prédécesseur britannique élu et réélu trois fois sur son programme de rupture avec les fondamentaux du Labour qui avait triangulé les conservateurs, aux abois et sans prise face à ce type qui siphonnait leurs fondamentaux. Mais Blair n'avait pas à assumer les mêmes problèmes que Macron, élu avant que le terrorisme et les problématiques identitaires ne monopolisent le débat politique, il pouvait se contenter de vanter son bilan économique. Avec succès. Sur le plan international, il s'alignait systématiquement sur Bush, mais suite au traumatisme mondial de l'effondrement des tours, ce soutien était populaire en 2001. Moins en 2003 quand il a fallu envahir l'Irak à cause d'armes chimiques, mais pas une opposition viscérale. Bref, Blair pouvait se contenter de son progressisme économique. 2008 n'était pas encore passé par là, il n'y avait pas des millions de personnes qui n'avaient plus rien à perdre à cause d'un libéralisme économique qui les a ruiné. Voilà pourquoi Macron ne peut pas calquer sa stratégie sur celle de Blair. La gauche veut une autre économie et je la soutiens, la droite veut d'autres valeurs et ça, je le pourfends. Plus que neuf jours...
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