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03/11/2018

Le politique n'a pas le monopole du mensonge

unnamed.jpgEn 2016, le terme fake news a fait son apparition dans le prestigieux dictionnaire d'Oxford, suivi en 2018 par son homologue français "infox". Depuis deux ans, donc, on nous serine avec ce néologisme en le liant systématiquement à des péripéties politiques. 

Dans "la faiblesse du vrai", Myriam Revault d'Allonnes convoque Aristote et Machiavel pour comprendre Trump. Elle s'interroge avec érudition et talent sur les racines du mensonge pour convaincre les foules, sur le caractère déceptif de la vérité et dans un dernier chapitre assez stimulant, sur le rôle de la fiction pour réenchanter le réel. Je sais que le politique est son objet d'étude, mais tout de même... Pas un mot sur le mensonge ailleurs qu'en politique, au motif que cette emprise de la vérité alternative a fait irruption dans le débat public avec des manipulations liées à des élections. Plus que spécieux, scandaleux.

Dans son précédent ouvrage sur le politique comme théâtre, elle faisait des pas de côté avec d'autres univers car après tout, les grands patrons aussi se mettent en scène, face à leurs actionnaires ou sur une estrade de Conférence Ted. L'éloquence, la mise en scène positive appartiendrait à tous et le politique serait à la traîne des affaires et surtout à la remorque du show business qui donne le là. Étonnamment, un grand renversement s'opère quand on parle du mensonge et de la parole pervertie, le politique serait plus qu'en tête, l'unique coupable. 

Le terme de "fake news", donc, vient désormais systématiquement pour parler de politique quand bien même les propagateurs d'icelles, Facebook pour Trump et Whatsapp pour Bolsonaro, on ne s'en prend qu'aux commanditaires. Qu'on dit hâtivement "hommes politiques donc publics". Dans le cas de Trump, en 2016, il n'est élu nul part. Il a "juste" remporté la primaire des Républicains ce qui lui permet d'être soutenu ainsi mais il fait grandement campagne sur ses fonds propres, fonds fort sales comme l'ont montré maints enquêtes, à renfort d'immobilier véreux, de facultés fantoches et de casinos...  Bizarrement, ce trucage du monde pour quelques intérêts privés, symbole de ce qu'il y a de plus vérolé dans le capitalisme financier (les bourses mondiales ont salué les deux élections) disparaît des écrans radars quand on parle de "fake news" pour retenir que c'est au nom de la politique, donc du bien commun, que l'on ment... 

Dans le livre de Revault d'Allones, même quand elle cite le cas du Médiator et la désormais célèbre lançeuse d'alerte Irène Frachon, elle parle des dysfonctionnements au ministère de la santé sans s'attarder sur le cas du laboratoire Servier. Ce dernier a pourtant été reconnu coupable de « tromperie aggravée, escroqueries, blessures et homicides involontaires par violation délibérée, et trafic d'influence ». Il s'agit tout de même de "fake news" qui ont coûté des vies et ruiné la santé de plusieurs centaines de personnes. En retournant la responsabilité sur l'Agence Française du Médicament, qui, certes a couvert les faits, on inculpe le complice et pas le coupable. 

Quand AirBNB placarde des pubs partout dans le métro en disant qu'il "permet à des étudiantes d'acheter des chaussures" ou à "des jeunes de monter leur start-up", s'affichant ainsi comme la plate forme amie du sacro-saint pouvoir d'achat, on applaudit ? Le fait que le groupe fraude le fisc dans des proportions folles, payant moins d'impôts sur les sociétés en France qu'une petite PME familiale (92 000 euros pour toute la France, en 2017....) et engraissant considérablement quelques fonds ayant acheté des centaines d'appartement et étant, à elle seule, grandement responsable de l'impossibilité de se loger dans les métropoles. Où est la loi fake news pour eux ? Et pour Uber qui se présente comme "une opportunité professionnelle unique pour les oubliés" sans parler de ses méthodes de management pire que médiévales, de leurs légèreté itou avec le fisc ? Quand Spanghero transforme la viande de cheval en boeuf, quand BNP Paribas dit être la banque du monde qui change avec le record d'Europe de comptes dans des paradis fiscaux, quand Lactalis vend du lait maternel vérolé, quand Bolloré se présente comme les bienfaiteurs de l'Afrique, quand Volkswagen trompe ses essais pour polluer peinard en nous vendant la révolution décarbonnée et qu'Heineken se vante de donner de l'emploi aux adolescentes nigérianes quand il les force en réalité à se prostituer ? Des "petits dérapages", "dysfonctionnements", des "manquements éthiques", jamais de fake news... Toujours du domaine de l'accidentel, pas de l'intentionnel. Et ça marche ! Mis à part Enron, peu d'entreprises coupables ont mis la clé sous la porte, ont payé leur du à la société. Goldman Sachs a étrillé la Grèce en maquillant ses comptes mais elle a empoché son dû et c'est le peuple grec qui a bu la cigüe. 

La force du droit privé, la force de bataillons d'avocats explique en grande partie cette différence. Peu d'avocats pour soutenir les hommes politiques et menacer les publications de diffamation. Pas de possibilité de censure en coupant l'accès à la sacro sainte publicité. Les firmes, elles, ne s'en privent pas. Pris la main dans le pot de confiture des Panama puis des Paradise Papers, Bernard Arnault à demandé à LVMH de supprimer toute pub dans le journal le Monde. Le politique n'a évidemment pas le monopole du mensonge, il ment infiniment moins grand qu'une poignée de ploutocrates écocidaires et coupables de casse sociale se faisant passer pour les nouveaux bienfaiteurs de l'humanité. Essayons de nous en rendre compte rapidement avant de continuer un peu puérilement à haïr la démocratie... 

Commentaires

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Le " bon sens populaire " ( pas encore mort) ne s'y trompe pas : pour lui , tout le monde ment , plus ou moins ( politique , médias , économie, vie quotidienne ) et " il faut en prendre et en laisser " ou encore " faire son marché " .
La vie , sociale et privée ) ne peut se passer d'une certaine dose de mensonge , forme élémentaire de la charité , chrétienne ou non ; ça met de l'huile dans les rouages...

Écrit par : Lëo | 04/11/2018

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Un de mes dadas : les " bios" mensongères ou arrangées , y compris celles des pourfendeurs patentés de mensonges : un régal !

La montée en puissance des réseaux sociaux a amplifié le phénomène ( tout le monde s'exhibe ) et , en même temps, a rendu plus facile le dévoilement des supercheries ( tout laisse des traces )

Comme Léo , j'incline à penser que le" bon sens populaire" n'est pas dupe ; c'est dans les milieux les plus " évolués" que l'on rencontre le plus de gens crédules .

Écrit par : J Mentor | 04/11/2018

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Les mensonges les plus imparables ::
-les très gros ( le 11 setptembre n'a pas eu lieu )
-les tout petits ( les bios arrangées qui font les délices de Mentor )

Écrit par : Pépé Castor | 05/11/2018

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La drague , le baratin amoureux : une succession de petits mensonges : tout un art !
Les destinataire adorent , sans être nécessairement dupes .

Écrit par : 20 100 | 05/11/2018

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Pour CASTOR , féru de Corneille ( " ô rage ..) , une comédie de celui -ci : " Le Menteur " ; tout y est ...

Écrit par : Pol Lux | 06/11/2018

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"Les mensonges les plus imparables ::
-les très gros ( le 11 setptembre n'a pas eu lieu )
-les tout petits ( les bios arrangées qui font les délices de Mentor ) " ( Pépé Castor )

Sont diifficiles , aussi, à détecter les mensonges par omission , les trous dans une bio ; les grands trous sont très faciles à détecter , les petits , souvent significatifs , le sont moins .

Me penchant naguère sur le parcours d'un fonctionnaire candidat à une promotion , j'avais été été interpellé par une séquence de quelques mois sur laquelle il avait fait l'impasse : un essai malheureux de détachement dans le secteur privé , à l'époque où c'était mal vu dans l'administration pure et dure ...

Écrit par : J. Mentor | 09/11/2018

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Aujourd'hui , un fonctionnaire qui a servi un temps dans une banque , en tire gloire et profit !

Écrit par : Jacques Aubin | 09/11/2018

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