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27/06/2020

Compter les cow-boys et les indiens

Tous les flics sont-ils de violents racistes, les journalistes corrompus et les profs des tire au flanc ? A l'évidence, non, dans toutes les catégories. Pour autant, dans un monde malade du chiffrage, du comptage, de l'évaluation en permanence, le relativisme sur "certains flics sont racistes, cessez de jeter l'opprobre sur l'ensemble" à bon dos. 

Encore et toujours, la pensée la plus acérée sur le sujet de notre rapport chiffré au monde est celle du mathématicien Olivier Rey, qui écrit dans "Quand le monde s'est fait nombre" : "La statistique est aujourd’hui un fait social total : elle règne sur la société, régente les institutions et domine la politique. L’éducation disparaît derrière les enquêtes PISA, l’université derrière le classement de Shanghai, les chômeurs derrière la courbe du chômage… La statistique devait refléter l’état du monde, le monde est devenu un reflet de la statistique". 

Ca n'est pas nécessairement un progrès, mais à tout regarder en giga, à observer des problèmes globaux, le fait divers et la belle histoire ne suffisent plus à étayer un propos. Si je reprends mes trois catégories initiales, les chiffres existent pour tout. On peut donc débattre sereinement et les chiffres sont là pour apaiser le débat, lui donner de la hauteur, démythifier.

Les journalistes sont de plus en plus précaires. Le CDI est le Graal, le salaire médian reste stable, mais les revenus médians plongent : les piges baissent comme le montre chiffres à l'appui le site payetapige. Avec le Covid, nombre de pigistes ont fait remonter leur état de grande précarité matérielle, suite à des impayés vieux de plusieurs mois, aucune autre ressources, aucun droit au chômage. Dire que les journalistes sont corrompus par leurs milliardaires de propriétaires de titres, c'est confondre la toute petite élite de rédacs chefs, de présentateur.rices et d'éditoriastes, qui bien souvent cumulent les honneurs et les rémunérations rondelettes avec l'écrasante majorité des soutiers de la profession. Quand on parle des travers de la profession, de leur vision biaisée du monde et lèche bottes, je dors tranquillement et je me ressers à boire.

Les profs sont de plus en plus sollicités pour de moins en moins de considération. Mise à part les profs d'EPS qui, eux, partent au début des vacances et rentrent à la fin, la part de congés réels des profs n'a cessé de diminuer avec la hausse des devoirs à rendre et donc des copies à corriger, l'excroissance sans fin d'une bureaucratie évaluatrice hors de contrôle qui oblige toujours plus à rendre compte (jusqu'à l'absurde) ce ce qui s'est passé en classe. Le salaire a temps gelé que la place des profs français dans le peloton de l'OCDE n'a cessé de dégringoler. Ajoutez à cela un climat ultra dégradé dans nombre d'établissements dépouillés de leurs bon.nes élèves par le privé du coin, une pression aux résultats renforcés avec les classements à la con et les obligations de Parcoursup, l'épée de Damoclès du retour des retraites pourries, vous comprendrez que les profs sont vraiment peu vernis. Les chiffres sont là et pour peu qu'on les regarde honnêtement, ils plaident pour la relaxe. La malhonnêteté consiste à accumuler jours de grèves et d'absence pour dire que les profs seraient plus absents. On délégitime la grève, qui survient précisément parce que les conditions de travail se dégradent. Et le cercle vicieux continue. Quand on accuse les profs d'être tire au flanc, je sais que l'attaque vient de ceux qui ont foutu leurs rejetons dans le privé et veulent leur conscience pour eux...

Les flics sont sans doute de plus en plus pris à parti, dans ce pays. Sans doute. Mais leurs moyens de rétorsion ont explosé sans commune mesure. Ils sont tous armés et de plus en plus. Les tasers, lacrymos, LBD n'existaient pas il y a peu. Alors on peut faire tourner en boucle les images de deux bagnoles de flics encerclés par quarante jeunes peu enclins au dialogue avec battes et pierres. On peut. Ces scènes sont immondes et les auteurs doivent être déferrés devant la justice. Pas de débat. Il y a des violences sur les dépositaires des forces de l'ordre. Pas de débat. Mais le décompte minutieux de David Dufresne sur les répressions policières depuis la loi travail et encore plus avec les manifs de Gilets Jaunes laissent peu de place à la thèse du match nul. L'IGPN saisie 65 fois pour violences policières, images à l'appui. 3 affaires vont au bout... Comme le dit encore mieux Dufresne, les seuls flics qui tombent sont ceux qui se font poisser pour de la corruption, des affaires de stups, des trucs crapoteux. Mais les violences, elles, sont couvertes par Valls, par Cazeneuve, par Collomb, par Castaner et par Macron. Chiffres à l'appui, le Conseil de l'Europe et le Défenseur des Droits montrent une explosion des violences policières et leur caractère discriminatoire avec des mandales qui partent d'autant plus facilement que la personne en face n'est pas blanche. Poser ces chiffes en préalable au débat permettrait d'apaiser. Je ne dis pas que certains indiens furent énervés au-delà du raisonnable face au cow-boys, mais l'histoire chiffrée prouve que ceux qui ont semé la haine n'étaient pas les chefs à plume. 

Commentaires

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Les " cow boys" : des immigrés pauvres qui , mal accueillis par les Indiens , ont été contraints de s'organiser en milices , comme les Tchétchènes à Dijon .

Écrit par : Trumpette | 28/06/2020

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On avait fini par comprendre que Castor n'aime ni le Cac
40 ni les " libéraux" ni les blancs ; le voici qui se découvre une nouvelle tête de Turc , la police ...

Écrit par : Léo | 28/06/2020

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Un mauvais souvenir d'enfance : jouant aux gendarmes -voleurs , il avait choisi le mauvais camp , celui de ces derniers , et ne s'est jamais remis d'avoir été battu .

Au temps de Landru , déjà, certains petits-bourgeois
( préfiguration de nos bobos ) , critiquaient les mauvaises manières des inspecteurs de la PJ , certes peu délicats ...

Écrit par : Anna Lisa | 28/06/2020

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Désiré Landru , ce grand séducteur , n'était pas féministe : " La femme au foyer ! " ( dans sa cuisinière de Gambais ( Seine-et -Oise ).

Écrit par : Lesbie | 28/06/2020

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" nombre d'établissements dépouillés de leurs bon.nes élèves par le privé " ( Castor)

Plus efficace et moins bordélique que le public, y compris dans les quartiers dits populaires, et plébiscité par les politiciens de gauche qui y placent leurs rejetons

Écrit par : Bénédicte | 28/06/2020

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