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08/04/2021

A l'heure où blanchissent les vitrines

Collectivement, nous apercevons le bout du tunnel. Vaccination en hausse, vies aérées = retour à la quasi normale dans quelques semaines. Je dis "quelques" est-ce que ce sont 4,6 ou 8 je n'en sais rien, mais on sent bien que nous vivons la dernière lame de ce Covid (avant la prochaine zoonose, hein). Mais de l'autre côté du tunnel, comme pour Alice ou Matrix, c'est un monde bien différent. Un monde sans respiration financière artificielle étatique, un monde où l'on arrête de dire que les activités sont suspendues, et un monde où on compte les projets morts.

Je le vois déjà dans mon quartier, emblématique de ce renouveau partiel. Je vis dans un lieu truffé de lieux non essentiels : bars, restaurants, cafés, théâtres, cinémas, salles de spectacles. Longtemps les rideaux ont été baissé et promettaient de se hisser fièrement à nouveau. D'ailleurs ça fut le cas, partiellement, l'été dernier (tous les théâtres n'ont pas rouvert, à demi jauge, ils sont déficitaires pour certains) avant de refermer en octobre et de ne jamais rouvrir. Depuis bientôt six mois, c'est terminé pour eux. Trois fois plus que l'interminable premier confinement. Tous les discours de Bruno Coué Le Maire n'y changent rien, ils ne peuvent plus. Les aides existent, bien sûr, mais elles ne couvrent pas tout, pas 100% et nombre de lieux autour de moi ont jeté l'éponge. De plus en plus, les vitrines sont blanchies à l'éponge, symbole de fermeture définitive. Aux premiers jours du printemps, ce qui a poussé autour de chez moi, ça sont des panneaux "à vendre" "à louer", "bail à saisir", "urgent". Et il en va de même dans le Marais, à Montmarte, dans le Paris naguère plein de touristes où je déambule, dans des rues vides et tristes. 

La fin de ces aventures m'émeut beaucoup. Bien sûr, les morts économiques ne sont pas des morts physiques, mais l'un entraîne souvent l'autre (le taux de suicide chez les chômeurs de longue durée et chez les surendettés est largement supérieur à la moyenne). Mais cela m'émeut car j'y lis l'injustice absolue de la fable du "prenez des risques". On dit que l'entreprenariat, c'est prendre du risque, tout miser et être capable de tout perdre. Quand les banques ont joué, elles ont pris des risques inouïs, en 2008 et tout perdu. Alors, après avoir privatisé les profits, elles ont réussi à tordre le bras des politiques qui ont socialisé les pertes avec de la dette publique. Une dette inique, illégitime, pour des activités mortes et largement faites par des robots traders. A ceux qui ont pris des risques fous pour rien d'autre qu'eux mêmes, tout fut couvert (sauf Madoff...). 

Les entrepreneurs du spectacle, de la restauration, et autres empêchés, ont pris des risques raisonnables. Pour développer une activité du vivant, de la convivialité, des exhausteurs d'existence (pas facile à dire...) pour du bien être, quoi. Ils sont empêchés pour des raisons qu'on peut comprendre et dans le détail, ils n'en veulent pas à l'État, dont ils comprennent la réaction, mais aux assurances et aux banques, qui ne furent pas au rendez-vous de l'indemnisation, des loyers...  Abandonnés en pleine pandémie, en risque maximum, par les propagandistes du risque. Sombre ironie...

Quand nous serons au bout du tunnel, nous aurons épuisé notre capacité d'absorption de mauvaises nouvelles. Ces drames humains n'auront pas la place qu'ils méritent. Le discours officiel d'ailleurs à un élément de langage prévu pour eux "il y a des trous dans la raquette". Bientôt les vitrines seront à nouveau transparentes et abondantes, des fonds thaumaturgiques seront passés par là. Et nous ne aux trous de la raquette qu'avec un lâche soulagement chevillé, celui qu'ils ne se soient pas fait un trou rouge au côté droit...

 

 

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