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05/09/2021

Est-ce qu'on peut parler d'écologie ?

Ce cri du coeur poussé par Delphine Batho lors de la première du débat entre écologistes trahit quand même un vrai problème de fond : nos journalistes stars ne s'intéressent pas assez à ces enjeux. St Criq et Bensaïd, Snegaroff, Fressoz, soit France Inter, Info et Le Monde accueillaient les cinq candidats à la primaire écolo et sont revenus à plusieurs reprises sur les crop tops, le voile et autres faits divers au motif que "vous vous présentez aussi à la présidence et c'est important".

On trouve de plus en plus d'excellents reportages, papiers, enquête sur le dérèglement climatique dans ces même médias, à condition de ne surtout pas les relier à la politique. Ça devrait être disqualifiant, reconnu comme une faute professionnelle, de continuer à interroger les politiques par le petit bout de la lorgnette. 

Au milieu d'un été qui ressemblait aux prolégomènes de la fin du monde, le rapport du GIEC est venu rappeler que les méga feux californiens et du sud de l'Europe, comme les inondations monstres en Allemagne et Bénélux et l'ouragan Ida qui s'est déroulé quelques semaines après, sont tous la conséquence du dérèglement climatique à cause de l'action de l'homme.

Je vois bien pourquoi on parle de crop tops et de voile : c'est très clivant, ça crée des polémiques à la petite semaine, c'est facile de se faire un avis et de ne pas paraître ignare. Mais quand la planète sera invivable pour le genre humain, les questions de frontières, de conformité de la République avec telle ou telle tenue paraîtront un brin secondaires.

Qu'ils posent des questions sur l'avion à hydrogène, s'ils veulent, mais qu'ils posent les seules questions qui vaillent : comment adapter nos sociétés à la pente dangereuse ? Tous les déclinistes de Ciotti à Zemmour en passant par Montebourg qui déplorent que "la France n'est plus la France" sont très à l'aise pour parler de ces sujets de faits divers. Mais ils seraient bien en mal de répondre à des questions sur la France dans un monde réchauffé où notre agriculture meurt, nos cours d'eaux s'évaporent et ou, pour le coup, toute la misère du monde viendra chercher nos terres réchauffées mais encore vivable contrairement à un Moyen Orient où l'eau disparaît... 

Les sages montrent le rapport du GIEC et les imbéciles questionnent les crop top et voiles... 

29/08/2021

Lucidité des déchirures, cynisme de l'union.

S'il fallait une ultime confirmation que la gauche est condamnée à la figuration en 2022, elle est venue ce week-end où tous les candidat.es putatifs se sont insultés entre eux. Le dernier sondage donne Jadot à 11%, Hidalgo à 9%, Mélenchon 7%, Roussel 2%. Bien sûr, on peut dire que cela pèse 29% au total. Mais ça c'est en théorie. Les régionales ont rappelé qu'un éparpillement de listes de gauche au départ ne donne pas 100% de report et d'addition au second tour (Bayou en Ile de France ou Orphelin en Pays de Loire n'ont pas fait le plein). Là encore, les optimistes pointeront que les listes qui ont réalisé une large union avant le premier tour ont gagné confortablement (comme Carole Delga). Si on est moins optimistes, ou plus lucides, on réalise que les unions ne sont plus possibles : contrairement aux régionales ou vous pouvez proposer des tas de Vice-présidence et autres fromages, les accords gouvernementaux anticipés sont souvent moins francs. Parlez en aux Verts et leurs accords avec Hollande, fin 2011. 

Surtout, on le voit bien : la division enclenchée et suscitée par Macron et reprise avec la délectation d'un chat face à un canari par nombre de médias, fonctionne. "Républicaniste" contre "indigéniste", "universaliste" contre "woke", "tenants du réalisme écologique" face aux "Amish". La gauche est tombée dans le piège de la division, et joyeusement... Hier, Faure à la tribune fustigeait "les woke" et "les indigénistes" sans que l'on sache bien ce que cela veut dire, mais on comprend bien qu'il s'agit de faire chier Mélenchon plutôt que de cogner comme un sourd sur Macron et Le Pen. Roussel fait pareil en défilant avec les syndicats d'extrême droite de flics pour ne pas être "angéliste", LFI tape sur les écologistes en toc comme Jadot, Hidalgo parle de "l'irréalisme" du programme de LFI... Plus ils se tapent tout le temps dessus, moins l'union est possible. Et si, par un miracle digne d'un Disney, une seule tête sortait du chapeau, jamais ô grand jamais elle ne ferait 29%. Le niveau de ressentiment est beaucoup trop fort.

Il remonte à 2017. Il a manqué 600 000 voix à Mélenchon pour être au second tour. Hamon en a récolté 2,3 millions. Comment ne pas ressentir une forme de rage ? Bien sûr que nombre de hamonistes auraient voté Macron ou se seraient abstenus pour ne pas voter "pour un soutien d'Assad et de Maduro", je me souviens de l'ambiance. Mais on peut quand même se dire qu'une moitié lui aurait donné leur voix ce qui le mettait loin devant Fillon et Le Pen... Forcément, ça enrage. Aujourd'hui, quelle que soit la configuration, aucun candidat ne fait le plein. Les socialistes et certains verts ne voteront jamais Mélenchon, lequel ne se désistera pas mais s'il le faisait les électeurs LFI ne voteraient jamais Hidalgo ou Jadot. Seuls ces deux là peuvent encore fusionner, le reste faut oublier. La division est le symbole d'une grosse lucidité : arriver en tête pour avoir le leadership et la dynamique pour 2027. Peuvent pas viser plus.

A droite, en revanche, on voit bien le cynisme de l'union. Wauquiez et Retailleau remisent leurs ambitions personnelles car ils sentent le coup possible. Bertrand, constant, pilonne Macron et Le Pen mais n'insulte pas Pécresse ou Barnier, qui font de même. Évidemment qu'ils se haïssent, mais ils n'en disent pas un mot. Ils se souviennent des stigmates de 2016 où Fillon était "dur", Juppé "mou", Sarkozy "foutraque", ça laisse des marques. Donc ils se concentrent sur l'essentiel : ils sont tous contre l'immigration, contre l'islam, contre l'écologie punitive, tout ce que leur base adore. Ils vont bluffer jusqu'au bout et se rangeront aux sondages. Bertrand peut dire ce qu'il veut, ce maquignon sait que deux candidats LR sur la ligne de départ, c'est fini. Un seul, c'est jouable. La France a viré tellement réac et fermée ces dernières années et la grosse Bertha des médias Bolloré aidant, il faut hélas s'accorder sur le fait qu'un nombre croissant de française.s trouvent encore Macron trop timoré sur le régalien. Et comme l'élection va se jouer là dessus... 

28/08/2021

Manifestations mortifères

La moyenne d'âge des patients en réanimation pour cause de COVID aux Antilles est de 35 ans. Les malades là bas sont sans doute plus âgés, mais la saturation des hôpitaux est telle qu'ils n'accueillent plus de patients en réanimation au-delà de 60 ans. Forcément, ça fait baisser les chiffres. La dernière étude dispo dit que le variant Delta double le risque d'hospitalisation, pas le moment de se relâcher...  Le COVID tue encore, infecte encore, cloue encore au lit des gens. Et avec le vaccin, on peut grandement éviter cela. Raison pour laquelle je continue à ne pas comprendre les gens qui manifestent pour le droit de ne pas se vacciner, le droit de faire circuler cette cochonnerie.

Leurs analogies grossières finissent par m'exaspérer. "Pourquoi ne pas interdire l'alcool si on doit interdire tout ce qui tue ?". Factuellement, l'alcoolisme tue 35 000 personnes par an, et représente 1/4 des lits d’hospitalisation ( pour complications directes, AVP, accidents /violences domestiques…). Certes, mais ça n'est pas contagieux, personne ne vous force à boire et là, pour le coup le fait de boire ne risque pas d'infecter les autres (sauf pour les femmes enceintes). Leurs petites blagues gratuites sont désespérantes de mauvaise foi. 

Dans "La société du risque" le sociologue Ulrich Beck montre magistralement la fine frontière existant entre prudence et excès de risque. Il montre surtout que nous le progrès nous a rendu risquophobe. La mortalité infantile était si forte jusqu'au début du XXème siècle qu'il ne venait à l'esprit de personne de chercher un responsable à la mort d'un enfant "c'est comme ça" ou "c'est la volonté de Dieu" étaient les arguments les plus employés. Grâce aux progrès considérables de la médecine, on a réduit ces décès jusqu'à quasi néant, au point que, lorsqu'un drame se produit, la sage femme, médecin voire l'hôpital s'exposent à des poursuites judiciaires....

Ce que montre Beck, c'est que la question du risque et de la protection est une question de dosage. La ceinture de sécurité, les sièges enfants : plus que raisonnable et bénéfique. Les portes en verre dans le métro : inutile (les désireux de suicide ne s'arrêtent pas à cela et les déséquilibrés qui poussent trouvent d'autres endroit) / Les portiques dans les aéroports : excessifs... Etc etc. Avec le COVID, on est dans les mêmes interrogations. 

Au début du COVID, nous avons sans doute trop protégé : fermer les parcs en plein air, interdire les plages ou les sentiers désestrés, c'était une claustration excessive. Mais avec le recul, on sait où les contaminations ont lieu : dans les lieux clos. Dès lors, demander aux gens qui s'y rendent de protéger les autres, c'est vraiment demander aux passagers de mettre une ceinture de sécurité. Ça n'empêchera à 100% un accident, mais ça réduit considérablement les risques et en cas d'accident, on a pas ça sur la conscience de se dire "quel con ! Pourquoi j'étais pas attaché ?". Cette semaine, je suis retourné dîner dans des restos à l'intérieur, hier j'étais à une fête dansante. Le Passe exigé à l'entrée n'assure pas à 100% que l'on ne peut pas être contaminé, mais montre que tout le monde a fait le max pour protéger les autres et ça libère, ça soulage. Après tout, à Noël, pour les fêtes de famille, tout le monde se testait juste avant. Par altruisme. On doit bien à toutes et tous le même altruisme qu'on offre à sa famille. Si le "vivre-ensemble" veut dire quelque chose, c'est bien ça.