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19/04/2017

A mes amis fillonistes (j'en ai, hors Sens Commun) : soyez pas cons, votez Macron

648x415_francois-fillon-vladimir-poutine-a-moscou-19-septembre-2013.jpgPetite confidence : avec ce conseil, je me tire une balle dans pied. Mon second tour rêvé, c'est Mélenchon/Fillon. D'abord parce qu'on aurait réussi à éjecter le FN du premier tour et ça c'est inestimable ; ensuite parce cette création ploutocratique d'En Marche ! n'aura été qu'un hapax électoral de quelques mois, enfin parce qu'on pourrait y aller à fond dans la campagne de second tour : projet contre projet. 500 000 fonctionnaires en moins avec la croyance démiurgique que les baisses de charges créeront des millions d'emplois (parle en aux pins de Gattaz...) contre 2 millions d'emplois crées, fléchés, planifiés dans les nouvelles énergies et la nouvelle agriculture. Une laïcité qui dit avec l'écrasante majorité des français "foutez nous la paix avec la religion" contre un catho traditionaliste lancé dans une croisade anti islam. Et surtout, un candidat moisi, pourri par les affaires les plus dégoulinantes, le scénario que Chabrol n'a pas osé présenté aux producteurs car il trouvait ça trop gros.

Misogyne (ne laissant pas parler sa femme), bourrin (dans ses rapports avec la presse) gentiment raciste et homophobe, pingre (le remboursement des avantages accordés à ses propres mômes) et magouilleur (les contrats de FF conseil sentent le souffre). Avec un tel épouvantail, la gauche peut l'emporter. Et ça pour toi, électeur de droite, c'est les boules. Tu te rends compte, une élection qu'on disait absolument imperdable, pliée, déjà jouée il y a moins de cinq mois. Faire une telle remontée pour accéder au second tour et tout perdre, quelle indignité comme aurait dit une des grandes voix de ton camp. 

Alors sois pas con, vote Macron. Sur les moeurs, il est beaucoup plus proche de toi que tu ne le penses : écoutes son discours sur Jeanne d'Arc, écoute son éloge de Philippe de Villiers au Puy du Fou, écoute sa fascination pour la monarchie, que ça soit dans le rétablissement des chasses présidentielles ou son interview au "1" où il explique les bienfaits de ce régime. Macron n'aspire qu'au trône. Et puis tu as entendu "on a humilié la Manif pour tous". Franchement, il est proche de toi. Pas un mot encourageant les minorités sexuelles, et mieux il a été baptisé alors qu'il est issue d'une famille laïque, il te tend les bras ! D'accord, il a épousé sa prof de français quand les convenances voudraient qu'il épousât une de ses élèves et lui fit quatre enfants. D'accord. Mais c'est vraiment le seul reproche à lui faire, non ? 

Sur l'économie, il adore Thatcher (BBC, 2015), trouve que le statut de fonctionnaire est dépassé, écrit que nous ne sommes pas allés assez loin avec les lois El Khomri et Macron, trouve que la loi Sarkozy/Pécresse sur l'autonomie des universités ne va pas assez loin, il veut l'autonomie complète des établissements scolaires de la maternelle à la fac. Le pied, non ? Sur les chômeurs il expliquait lundi chez Bourdin que les plus diplômés abusent du système "en faisant le tour du monde en sachant qu'ils retrouveront du boulot en rentrant". Tu te rends comptes, une horreur pareille, seul Laurent Wauquiez l'a osé. Franchement, un bourrin libéral pareil ne t'as pas encore séduit ? 

Alors bien sûr, il y a l'immigration et l'islam. Mais attention, on l'a beaucoup caricaturé, Macron. Mohammed Saou, des propos sur la déchéance de nationalité et la crise des syriens, et ça y est on en fait un communautariste laxiste... Si c'est pas malheureux... Macron c'est aussi un type qui croit aux vertus réparatrices de la prison (lors du débat de TF1) qui veut renforcer les sanctions pénales avec obligations de purger toutes les peines de moins de trois ans intégralement (parles en à Ciotti, il ose pas aller aussi loin...) et sur l'immigration, son modèle c'est Justin Trudeau : open bar pour les titulaires de doctorat, les informaticiens et autres, et exit le reste. Restrictions sur le regroupement familial. Fais pas ta rombière, ami filloniste, il est des nôtres le Macron ! Et lui, il saura taper le bolchévique Mélenchon. Sois pas branque, vote pour la banque. Allez, plus que quatre jours. 

18/04/2017

A mes amis hamonistes, Mélenchon est socialiste. Il n'a rompu qu'avec le PS

"Mélenchon n'a rien d'extrêmegauche. Il me fait penser au Mitterrand de 81 qui a rallié les communistes, se déclarait anticapitaliste ce qui effrayait tous les médias, mais au final il a fait une politique sociale-démocrate". Ainsi parlait Philippe Poutou hier (France Inter). À l'évidence, c'est le monde qui s'est droitisé au point de faire passer un type qui avoue une fascination pour les réformes entreprises par Thatcher (Macron à la BBC, en 2015) comme candidat de "centre gauche". Il faut faire avec, ça n'est pas une raison pour ne pas se laisser enfermer dans les caricatures de Joffrin et Barbier qui s'accordent avec François Hollande pour dire que "Mélenchon appartient à la gauche qui ne veut pas gouverner". Quand on pense que deux des trois étaient déjà des acteurs politiques en 81, on soupire. Le programme de "l'Avenir en commun" rappelle furieusement celui du Programme Commun en termes de nationalisations, de conquêtes sociales, avec la révolution écologique en plus. Or, son programme est extrêmement proche de celui de Benoît Hamon, lequel ne dérange absolument pas la doxa pour deux raisons : 1/il n'a aucune chance d'accéder au second tour. 2/ Il a l'AOC rassurante pour tous les libéraux : PS. Avec eux, on peut négocier, on peut tordre, on peut continuer as usual. En 81, la doxa flippait parce qu'il y avait plein de communistes au gouvernement et de mesures "confiscatoires" sur les banques et l'industrie, mais depuis, l'establishment s'est adapté et rarement des responsables politiques auront autant conforté les marchés, le CAC et autres que DSK, Valls et Hollande. D'où le "plus jamais PS" qui monte, qui monte, qui n'en finit pas de monter. 

Au fond, Mélenchon a 10 ans d'avance sur Hamon. Pas idéologiquement, le programme d'Hamon est même sans doute trop en avance (sur la dépénalisation du cannabis et la taxe robot), mais politiquement, puisqu'en 2008 Mélenchon avait acté que le PS était un astre mort pour la gauche. La machine à synthétiser cherche systématiquement la frange la plus libérale. Au sortir de ce quinquennat hallucinant de baisses de charges, de cadeaux fiscaux et de régression du périmètre de l'Etat, l'aile gauche du PS n'a littéralement rien à se mettre sous la dent. La base s'est rebellée en permettant à Hamon de gagner la primaire, mais le problème PS demeure et c'est à cause de ça que la course de Hamon est lestée en diable au point de l'avoir tué irrémédiablement.

Je sais bien que c'est cruel. La démocratie d'opinion, la dictature sondagière donnait 6 à 7% d'avance à Hamon sur Mélenchon début février, quand le rapport de force est désormais au minimum de 10% d'avance pour Mélenchon. Ca aurait pu en être autrement ? Sans doute, mais en fin de campagne, trop tard pour jouer Pérette et le pot au lait. Est-ce qu'Hamon est un mec sympa ? Sans doute. Honnête ? Itou. Ouvert ? Oui oui. Avec un bon programme, n'en jetez plus. Vingt cinq ans de PS et sans les conneries de Montebourg il serait encore au gouvernement, ce même gouvernement dont tous les membres le piétinent. Solférino, cette maison de tarés. 

Quoi qu'il arrive, après un quinquennat pareil, l'urgence c'est de refonder la gauche, alors autant commencer tout de suite. Camarade hamoniste, c'est l'heure de nous rejoindre. Bien sûr, avec toute la posture critique dont tu es capable. Piketty apporte un soutien à Mélenchon dans une perspective de second tour, avec quelques critiques sur l'Europe, qui un soutien critique sur la Syrie etc... La France Insoumise est une maison ouverte, nul besoin d'embrasser un poster de Chavez pour être bien accueilli. Bien sûr qu'il y a nombre de sujets à discuter, à amender et tes bonnes idées sont les bienvenues. Aujourd'hui et demain. Mais ça urge un peu. Imagine dimanche, il manque 1% à Mélenchon. A cause de ce 1% on a un second tour le Pen/Fillon et en bon démocrate, comme moi et en vomissant, tu iras voter Fillon. N'est-ce pas un reniement beaucoup plus fort à tes valeurs, à ton ADN, à tes convictions, que de mettre un bulletin Mélenchon qui te fait regimber à cause de l'égo du bonhomme ou du caractère baroque de l'Alliance Bolivarienne ? Hein, vu comme ça ? Je te laisse avec ta conscience mon camarade et te le dis, toi comme moi on aime le socialisme et on sait que c'est une beaucoup trop belle idée pour en confier la destinée au PS. Allez, plus que cinq jours... 

17/04/2017

La campagne des âmes seules, vers un hiver démocratique ?

1019984586.jpgDans la dernière ligne droite la seule certitude que l'on a, c'est que l'on ne sait rien. Ni du second tour, ni vu vainqueur. Les quatre pôles se figent à un niveau inédit de proximité en termes de poids électoral : un bloc libéral conservateur, un libéral progressiste, un bloc souverainiste réactionnaire et un bloc de renversement social. Chacun pèse à peu près 20% des voix, soit 8 millions d'électeurs. Pourtant, plus que dans toutes les élections précédentes, ces quatre blocs sont incarnés par une seule personne, le(a) candidat(e). 

On nous opposera que c'est le propre de la présidentielle, rencontre d'un homme et d'une femme avec le peuple de France, comme le veut le cliché. Pour autant, Hollande a gagné en montrant une foule de soutiens (politiques, culturels, sportifs, intellectuels) incroyable au Bourget, en 2012. Sarkozy idem avec Versailles 2007. Et ainsi peut on remonter dans le temps, sans doute jusqu'à Giscard. Chaque fois, les candidats guignaient des pétitions, des manifestes ou plus bêtement de photos pour s'afficher aux côtés de soutiens. Lesquels sont portés disparus cette année. Les artistes ? Ou sont passés Johnny, Enrico Macias, Juliette Gréco, Depardieu Cali, Pierre Arditi et autres ? Out. Qualitativement, on en s'en plaindra pas, mais pour qu'ils se sentent non désirés c'est que le climat est délétère. Politiques, ensuite ?  Ou sont passés les lieutenants, fors les obligations médiatiques puisque les candidats ne peuvent se dédoubler face aux caméras ? Out. Dans les meetings, dans les images rapportées, dans les tribunes, seuls les candidats sont là. Signe patent de la mort des partis. On se fout des N°2,3,67 des formations respectives. Il y a bien quelques intellectuels qui ont accepté de se prêter au jeu, notamment Thomas Piketty, Julia Cagé ou Jacques Généreux, mais  ils apparaissent plutôt comme des soutiens un peu technos et ennuyeux. Les quelques tribunes dans la presse de "nous économistes avec Macron", "nous, patrons avec Fillon" ressemblent à du crachin breton.

Difficile d'y lire autre chose qu'une défaite pour la démocratie. 32 millions d'électeurs résumés à 4 personnes. Une logique de plus en plus grégaire. Et difficile à inverser. Car tous les intermédiaires entre les candidats et les électeurs traversent une sale passe. D'où le bug. Le seul à avoir tenter de se montrer moins seul, c'est Macron car le procès de sa solitude était patent. Les clics d'En Marche ! ne font pas des militants et le côté ni droite ni gauche renforçait la suspicion alors il a scénarisé les ralliements à sa cause. Jusqu'au grotesque. Au départ, le soutien en direct à la télé de Bayrou il y avait quelque chose d'épique, qui cimentait sa campagne en lui conférant la position centrale. Par la suite, on a l'impression que les transfuges du PS ou LR prenaient leur carte comme d'autre un ticket au guichet de la sécu en attendant qu'on leur désigne la télé ou la radio où aller annoncer son soutien. D'où le déclin progressif des bénéfices liés au soutien après celui de le Drian par exemple. Pire, cette politique s'avère extrêmement contre productive dans la dernière ligne droite : l'establishement est tellement en capilotade que toute parole institutionnalisée vous veut du mal. De BHL à Hollande, ceux qui nous expliquent que c'est Macron ou le chaos sont tellement démonétisés qu'il est tentant de prendre la direction contraire à celle qu'ils indiquent. Pour vivre la campagne heureux, vivons la caché de nos soutiens....

Les amateurs de solutionnisme technologique vous diront "mais non, cette campagne se déroulent sur les réseaux sociaux, il y a des millions de soutiens". Tu parles, Charles, c'est encore pire. Des millions de messages reprenant la parole officielle, ça ne s'appelle pas le sursaut démocratique, mais la dictature numérique. Tous les phénomènes de riposte numérique agressive sont néfastes. Force est de reconnaître, hélas, que les thuriféraires de Mélenchon sont les pires de tous. Des nervis fous de colère, prêt à déverser des torrents de boue. L'épisode Johan Sfar de ce week-end ne grandit pas l'Insoumission. Le dessinateur avait émis une critique assez justifiée de la prestation de Clémentine Autain qui découvrait le programme de son candidat en direct à la radio, ce qui pour une porte-parole est ennuyeux. Critique sévère, doublée d'un abandon de vote. Et vue l'audience de Sfar, ça pouvait avoir des conséquences et entraîner quelques autres votes en moins pour Mélenchon. Il n'en fallait pas plus pour que des centaines de trolls l'agonissent d'injures dans un mélange de mauvaise foi, de syntaxe approximative et de relents antisémites dégueulasses. Effrayant. Bien sûr, ça n'est pas Mélechon lui même, ça ne sont même pas les équipes de la France Insoumise, mais ça en dit long sur le niveau d'exaspération folle du pays de bataillons prêts à suivre aveuglément une personne seule. Et nous faire basculer dans un régime non souhaitable.

Depuis quelques années la démocratie a mal partout. Les démocraties illibérales fleurissent de Hongrie en Pologne. La glaciation russe n'est rien à côté du repli rapide et ultra inquiétant de la Turquie. Partout, les grands ensembles ont du mal avec le dialogue avec leurs administrés. D'où le fait que les candidats pro européens soient peu audibles dans la campagne, attendu que l'UE est l'instance la moins démocratique qui soit, elle qui s'est assise confortablement sur la baffe du TCE, en mai 2005. Le dialogue politique passe beaucoup mieux dans les villes. De Saillans à Porto Allegre, de l'Islande (état-ville, vu sa population) à certaines bourgades d'Italie du nord, les décisions se prennent mieux à un niveau infra. Pour une raison simple : on voit ce que l'on fait. Infrastructures, éducation, santé, environnement, les décisions locales se matérialisent concrètement pour les administrés, difficile de dire que la même chose se produit en France. D'où notre défiance vis à vis de l'impôt : nous ne voyons pas les professeurs, les soignants, les pompiers, les juges, les grands travaux, les festivals, tout ce qui se créent de commun avec la contribution de nos richesses privées. 

Le malheur de cette élection 2017 est le gouffre entre l'attente qu'elle suscite et la déception qu'elle provoque. 11 millions de français qui se cognent 4 heures de débat, qu'on ne nous dise pas que nous ne sommes pas une nation politique ! Nous nous emballons, mais avec 30% d'abstentionnistes annoncés et des chiffres records de vote par défaut ou par dépit, on peut déjà annoncer en étant sûr de ne pas se tromper que le grand perdant de l'élection est la démocratie. Et que la tournure actuelle des autres régimes démocratiques n'incite pas à croire qu'elle sera réenchantée après l'élection. Le vainqueur du 7 mai n'aura pas obtenu tellement plus de 20% au premier tour. A part Fillon, aucun ne peut se vanter d'une majorité législative acquise. Ce qui risque de pousser au césarisme. Tristesse ! Allez, plus que six jours...