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15/04/2018

Les riches n'auraient pas besoin d'un président, les cheminots et les zadistes, si ?

Ce soir, Emmanuel Macron aura sans doute droit à des questions plus irrévérencieuses et moins flagorneuses qu'avec JP Pernault, jeudi dernier. Espérons que ces contradicteurs reprendront aussi le Président sur ces assertions pour faire un bilan global de cette première année de quinquennat. Et sans surprise, la vision de société de Macron ressort clairement : volontarisme extrême pour que les plus fragiles rentrent dans le rang, laisser-faire total et dérégulation pour les plus privilégiés. Une hypertrophie du célèbre adage "fort avec les faibles, serviles avec les puissants". La première année de son mandat en est si grotesquement l'illustration que ça en est presque désespérant.

Pour les retraités, qui ne peuvent plus compter sur leur force de travail pour augmenter leur train de vie, on ampute arbitrairement les pensions. Pour les étudiants, on flèche, sélectionne, rétrécit les possibilités d'avenir sans investir un euro supplémentaire à l'université. 

Pour les zadistes, dont l'immense majorité n'emmerdent personne, sont non violents, explorent juste des alternatives à la norme ? Des coups de matraque en prétendant ramener un ordre qui n'a jamais disparu. La violence avec laquelle on a envoyé un contingent énorme de CRS pour déloger ceux qui occupaient des terres dont nul ne voulaient, ou personne n'allaient, devrait nous interroger... Quelques propriétaires du coin voulaient les récupérer pour avoir "du bien" comme on dirait sous Balzac, mais guère plus. Aucune importance stratégique, vital, que du symbole fort : l'Etat a frappé. Bon...

Pour les étudiants de plus en plus inquiet dans une fac ultra paupérisée : sélection renforcée, obligée, horizons d'avenir restreints. Le drame du manque de moyens n'est pas pris en compte par le Président dans la réforme. Du tout. Ca n'est pas son bilan, certes, mais tout de même, il pourrait s'y atteler. Non, il préfère dire aux jeunes : rentrez dans le rang et essayez de me coûter moins cher. Engageante vision de l'avenir...

Pour les chômeurs, première victimes ? Contrôles renforcés. Nonobstant des enquêtes à répétition détruisant tout mythe des chercheurs d'emplois qui ne chercheraient pas et se contenteraient de glander et de toucher des allocs, on renforce les sanctions pour des victimes. 6 millions de personnes travaillent moins qu'elles le voudraient. 3 millions sans emploi, 3 millions travaillant à temps partiel subi. Et on voudrait nous dire qu'ils en sont responsables ? Insane.

Pour les migrants, victimes d'horreurs économiques, climatiques ou militaires dans leurs pays d'origine, renforcement des sanctions et expulsions. Réécoutez Collomb se féliciter il y a peu du +30% d'expulsions en 2017 et dire ainsi que jamais de laxisme il n'y aura.

Et les cheminots, donc, dernier en date. Un statut qui prévoit 3 jours de congés en plus et une prime de 100 euros non justifié. Rien qui ne plombe les comptes sachant que le "surcoût" de ce statut ne coûte pas la construction d'1km de ligne à grande vitesse. On s'en fout, il faut un symbole. A genoux, cheminots ! Déprimant...

On le sait, le mantra de Macron, c'est "en même temps" et à une violence infinie avec les plus faibles il mêle, une douceur infinie avec les plus forts.

3,2 milliards d'impôts ôtés pour rien. Contre partie à la mort de l'ISF ? Aucune. Toutes les études montrent que cela n'incite personne à revenir. Personne. Pas plus que cela ne poussera les riches à investir. Non non. 3,2 milliards de pur cadeau à ceux qui sont si riches qu'ils ignorent de combien ils disposent. Pire, les ultra riches ne se montrent "généreux" que si la fiscalité y consent et maintenant que l'ISF n'est plus là, les dons aux oeuvres d'intérêt général, chutent. Indécent...  

Extension du CICE à l'heure où le bilan du quinquennat passé montre l'effarante nullité. 1 million d'emplois disait le pin's de Gattaz qui savait bien que jamais les sociaux-libéraux au pouvoir n'oseraient exiger de contreparties. Les plus optimistes disent que le CICE aurait crée 50 000 emplois, pour un coût par emploi environ 100 fois supérieur à chaque contrat aidé, contrats si précieux dans les collectivité que Macron s'empressait d'en supprimer 200 000... Le CICE crée pour empêcher les destructions d'emplois et dont le premier bénéficiaire est Carrefour, Carrefour qui par la voix suave d'Alexandre Bompard nous annonce qu'il va supprimer quelques milliers d'emplois sans rendre le CICE. Le beurre, l'argent du beurre et le cul des caissières sur le trottoir. Inouï. 

Un dernier truc, la loi PACTE de Bruno Le Maire qui reprend les propositions du patron de Michelin, JD Sénard et de l'ex taulière de la CFDT, Nicole Notat. Bel os à ronger pour les journalistes, on envoi les cautions de "gauche" du pouvoir (JM Borello, Christope Itier) dire qu'il s'agit d'une "révolution" puisque, mazette, on va "changer le code civil". Pensez un peu, deux siècles d'immobilisme sur la question et là, soudain, on va graver dans le marbre que les entreprises ont, tenez vous bien, "une responsabilité écologique et sociale" et que "les actionnaires doivent en tenir compte". Pétard de sort ! Y-a-t'il une once de contraintes, d'encadrement nouveau, d'obligation pour les entreprises ? Devront-elles limiter les écarts de rémunération entre PDG et salariés ? Devront-elles ne licencier qu'en cas d'obligation économique ? Devront-elles s'astreindre à une fiscalité écologique, punitive pour le carbone et incitative pour le recours aux énergies propres ? Que nenni. Rien, que dalle, wallou, peau de balle. Rien.

La réalité d'une injustice folle de ce bilan est là, à portée de clics, publiée froidement. Espérons que les deux porte-voix, ce soir, se feront l'écho de cette infamie. 

12/04/2018

Refus de débattre ?

Le magazine culturel progressiste The Atlantic a tenté un pari : recruter un chroniqueur conservateur, Kevin Williamson, pour mieux refléter ce que vivent les Etats-Unis de Donald Trump. Après quelques semaines de courriers d'insultes, la direction de la rédaction a pris la seule mesure qui s'imposait pour ne pas fâcher son lectorat : licencier leur plume au motif que "les mauvaises idées ne méritent pas d'être débattues". Au-delà du cas anecdotique, on peut y lire une crispation actuelle sur l'idée de ne pas vouloir débattre.

Puisque Zuckerberg a passé un grand oral plus crispé que celui de Sciences Po, une petite pensée pour les réseaux sociaux qui ont sans doute joué un rôle dans la montée en chaleur du débat public. On a beaucoup glosé pendant l'audition au Sénat sur les "bulles de filtres". Incontestablement, notre prisme quotidien s'est rétréci, nos biais de confirmations nous poussant à recevoir des informations qui nous plaisent. Nul doute que mon fil Facebook sera très majoritairement railleur et taquin à propos de l'intervention de Macron chez Jean-Pierre Poujade sur TF1. A contrario, mes quelques contacts élus En Marche verront sans doute affluer les messages d'auto célébration, se flattant de ce que le Président aura remis les zadistes, les étudiants et les grévistes à leur place...

Personnellement, je me fais une règle d'or de ne pas virer, cacher, bloquer des contacts aux opinions plus que discrépantes, hormis quelques exceptions injurieuses. J'ai un bon ami Manif Pour Tous qui, inévitablement, tacle toutes mes publications ayant trait à la laïcité. Et quelques autres. Mais même avec toute bonne volonté, on n'est loin d'un fil reflétant la diversité des opinions. Dominique Cardon explique dans "à quoi rêve les algorithmes" qu'il faut faire l'effort de s'abonner à des publications différentes, des influenceurs, commentateurs pensant différemment de soi. Je me souviens d'un professeur de culture générale m'incitant à exercer ma "plasticité cérébrale", ce que je fis en lisant Bourdieu et Hayek, Piketty et Friedman... Après, je ne m'inflige pas non plus les oeuvres complètes de Raymond Aron, mais j'essaye de m'ouvrir. Tout le monde ne fera pas cet effort, c'est évident.

Dès lors, la situation passe par les médias eux mêmes qui doivent s'ouvrir davantage comme tentait de le faire naguère Frédéric Tadei dont l'émission a été, hélas, arrêté. Il ouvrait ses débats à des vues éminement contradictoires et c'était le propre d'un débat sain. Après tout, sur France Culture, Brice Couturier ou Arnaud Leparmentier au Monde apporte des vues divergentes de la ligne globale et c'est salutaire. On ne peut refermer sa ligne au point de ne prêcher qu'à des convaincus. Ayant un ami travaillant au Média, l'organe de la France Insoumise par complètement attaché à la France Insoumise mais pas réellement extérieur non plus... Aude Lancelin présentait une invitée en ces termes "vous enseignez le management. C'est courageux de venir ici car nous savons que le management est l'autre nom du néo libéralisme et conduit à des drames humain"... Engageant pour le reste de l'émission... 

Hier, je dînais avec un penseur américain de passage à Paris qui me disait que NPR, le France Culture américain, était devenu inécoutable car ils passent leur temps à critiquer au napalm sans chercher à comprendre. On ne peut être tombés unanimement sur Manuel Valls qui refusait de chercher à expliquer les motivations des terroristes et dans le même temps, comme The Atlantic, refuser de débattre des idées du trumpisme. Je ne saurais donner de l'argent à Valeurs Actuelles en m'abonnant, mais je crois que je vais faire l'effort d'aller lire davantage ce que dit Laurent Wauquiez, pour me préparer à de futurs débats... 

02/04/2018

Train or cigarettes, choisir son combat face à Bruxelles

La semaine dernière, le très droitier dirigeant autrichien Sebastian Kurz a annoncé la fin de l'interdiction de fumer dans les cafés et restaurants pour son pays. Un superbe bras d'honneur à l'Union Européenne. La version viennoise du pompidolien "cessez d'emmerder les français". Une éructation facile sur les petits tracas du quotidien. Cette décision d'apparence anodine est très intéressante, symboliquement ; elle démontre très bien les limites des menaces européennes. Car que va t'il se passer comme sanctions contre Vienne ? Rien. Qui peut imaginer une seconde des remontrances contre un bon élève de la classe ? Soyons sérieux, si Athènes se permettait cela, on causerait, mais là, pas de souci. Il en irait de même pour les 3% ou les 60% de dette publique, mais Kurz n'a pas de souci avec ces injonctions là. Lui, ce qu'il veut, c'est s'acheter du volontarisme au petit pied, donner des coups de menton symbolique. Il dit à ses administrés "vous avez vu, les emmerdements technocratiques, c'est fini".

Et effectivement, les pluies de sauterelles et autres torrents de boue n'arriveront pas. Comme le chaos n'est pas venu avec le Brexit... Les menaces aveugles n'engagent que ceux qui les croient aveuglément. Il s'agit de tigres de papier devant lesquels nous reculons. Kurz les a défié avec succès sur une cause mineure et minable. Le courage serait de faire la même chose sur le service public ferroviaire. On nous dit que la mise en concurrence des lignes est inéluctable car cela a été voté en 2015 et il faut avancer un calendrier. Sinon quoi ? Des hordes de fonctionnaires continentaux vont venir organiser le débrayage ? Jean-Claude Juncker va convoquer Guillaume Pépy. Ca n'est guère sérieux...

Prenons deux exemples dans le milieu culturel. Le prix unique du livre, qui empêche Amazon, la FNAC et autres de vendre des livres avec des prix inférieurs à celui des petites librairies indépendantes. Une hérésie pour Bruxelles, car c'est une entrave à la libre concurrence. Régulièrement, la Commission a tenté de revenir sur cette exception. Sans succès. Au final, la France a de très loin le plus gros maillage de librairies d'Europe quand elles ferment partout ailleurs. Merci qui de s'opposer aux injonctions ineptes ?

Deuxième exemple : l'intermittence. Depuis les années 90, on ne compte plus le nombre de fois où l'Europe a adressé des menaces très explicites contre "ce chômage maquillé". Tous les gouvernements successifs se sont opposés à ce chiffon rouge car tous les élus locaux faisaient savoir que, sans l'intermittence, pas de festivals locaux, pas de ce fourmillement de créations qui elles pour le coup, font vraiment ruisseler une vie économique locale. Résidences, festivals, rencontres et concerts, sont autant d'occasions de ramener sur des territoires parfois délaissés par des entreprises des cafés, des restaurants, des hôtels, même le plus obtus des libéraux peut comprendre cela...

Pour la mise en concurrence de la SNCF, c'est la même histoire. Les menaces continentales ne tiennent pas. La SNCF fut fondée en 1937 parce que toutes les compagnies privées (au premier rang desquelles la Banque Rothschild) avaient fait faillite... Le ferroviaire nécessite des investissement lourds qui le rende soit minimal, soit structurellement déficitaire. C'est ainsi qu'aux US, la ligne NYC/Boston fonctionne très bien (forcément, comme pour Paris/Lyon, même un dirigeant de club de foot n'arriverait pas à perdre d'argent là dessus) et le reste ne s'est jamais développé. C'est un choix de société que le service public de la mobilité. Un choix de société n'a pas à être rentable. La sécurité sociale n'est pas rentable, l'éducation nationale non plus : essayez la mortalité pour tous et l'ignorance, connards... Ne pas être titulaire de son permis vous enlève 50% de chances de trouver un emploi, signe que la mobilité est primordiale dans une économie où les emplois de proximité sont de plus en plus rares. Alors veut-on une mobilité pour tous, peu chère, universelle et peu polluante ou cette horreur individualiste, ultra polluante et chère qu'est la bagnole ? C'est un choix de société qui me paraît aussi emballant que de pouvoir fumer aux terrasses de cafés... Nous valons mieux que ça.