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10/08/2021

Droits et devoirs de l'universalisme par temps de COVID

L'universalisme français s'arrête là où finit là métropole. Alors qu'on déplore, à raison, les faibles taux de vaccination dans certaines régions, le sud est en tête (avec un décalque vote RN fort : taux de vaccination faible) mais aussi les départements les plus populaires du pays, Seine Saint Denis en tête, le silence sur l'affolante faiblesse de la vaccination outre mer était pesant. Il a fini par craquer quand l'explosion de la pandémie était si forte qu'il fallait d'urgence envoyer des soignant.es en renfort et rapatrier les touristes. Et quand on met le nez dans les chiffres, il y a de quoi se pincer. 

Alors que le taux d'incidence, le nombre de cas et le taux de vaccination connaissent des écarts importants en métropole, mais pas dramatique puisqu'aucun département n'est plus sous les 50% de vaccinations complètes et que les inégalités se gomment (sous la contrainte, mais elles se gomment), on découvre, un peu ébahis, que les départements d'outre mer Guadeloupe, Martinique et Guyane ont un taux de vaccination d'environ 16%.

16% ! 4 fois moins que la moyenne nationale. Ceci, début août soit 3 semaines après la gueulante de Macron qui, à elle seule, a permis de vacciner dans ce court laps de temps plus de 16% de la population métropolitaine. En clair, si nous avions inclus les DOM dans le tour de vis de juillet, nous aurions pu changer massivement la donne. Nous ne l'avons pas fait. Et c'est pour cela que le pire du pire en métropole, est une incidence de l'ordre de 500 à 600 avec un nombre raisonnable d'hospitalisations grâce aux vaccins, contre 1700 dans les DOM avec des populations non vaccinées et donc un nombre d'hospitalisations affolantes, contraignant les autorités à faire ce que l'on fit en mars 2020, un confinement strict, avec des déplacements limités à 1km... 

Comment ose-t-on brandir l'universalisme républicain quand on est capable de différences de traitement pareilles ? Comment ose-t-on parler de troisième dose pour les métropolitains fragiles quand l'écrasante majorité des ultra marins n'a pas reçu de première dose ? Le résultat des régionales, il y a deux mois, montrait bien cette gigantesque différence de traitement entre territoires. Comme le résultat des élections précédentes, d'ailleurs... Les présidentiables se rappellent généralement au bon souvenir des ultra marins uniquement dans la dernière ligne droite avant l'élection. Comme les mêmes se rappellent de l'existence de leurs territoires les plus oubliés, ceux qui ont le plus souffert de la désindustrialisation ou les plus populaires à l'orée d'un scrutin. D'année en année, le niveau d'abstention dans tous ces territoires ne cessent de grimper soulignant que les promesses énoncées sont de moins en moins crues. 

Par temps de Covid, feindre l'universalisme, le claironner, ne suffit plus. Face aux inégalités criantes de moyens de prévention, de protection, on voit on ne peut plus clairement que la République considère certains comme ses enfants, d'autres comme des pièces rapportées... 

 

08/08/2021

Impasse rhétorique

Je ne vais pas cracher dans la soupe, j'ai donné des cours de rhétorique pendant 10 ans. A des étudiant.es français pendant 10 ans et 3 ans avec des étudiants étrangers, d'une vingtaine de pays, ce qui constitua sans doute l'acmé de la jubilation intellectuelle que je tirai de cette discipline. Parler liberté d'expression avec des chinois, droits des LGBT avec des russes, port d'armes avec des américains ou encore laïcité avec n'importe quel autre nationalité que des français fut un délice. Et je confesse avoir pris beaucoup de plaisir à me mettre dans les postures que j'abhorre le plus : imaginer des plaidoiries pro constructions de nouvelles prisons, pro privatisation de la santé et de l'éducation, pro flat tax.... Pour préparer mes cours, je devais imaginer et cartographier tous les arguments de chaque camp et encourageait mes étudiant.es à faire de même puisqu'on ne peut bien réfuter que ce que l'on connaît, que ce que l'on a compris de motivations de l'autre.

J'encourageais les marxistes à lire Friedman, les soutiens féministes à écouter Zemmour etc etc... C'était d'autant plus simple et d'autant plus demandé qu'il y a une mode depuis une quinzaine d'années autour du renouveau de l'art oratoire. Porté par des conférences, par l'association Eloquentia, le succès du documentaire "à voix haute" et des livres de l'avocat Bertrand Périer, ce nouvel engouement se répercute dans nombre de médias qui décryptent, analysent les discours, créent des rubriques "les arguments pour", "les arguments contre". La vague a pris partout, dans les ONG, les entreprises, le secteur public, tout le monde envoyait des kits, des éléments de langage, du prêt à argumenter très facile à partager sur les réseaux sociaux. On peut évidemment se réjouir de ce goût pour la joute, pour l'argumentation, pour le fait d'affiner, de détailler pour mieux persuader. On peut.

Mais à la grande question "à quoi sert la rhétorique ?" je répondais invariablement à mes étudiant.es avec la candeur presque stupide d'un James Stewart dans "monsieur Smith au Sénat" que la meilleure des rhétoriques n'était rien si elle ne servait des convictions. Et je trouve qu'il y en a peu, en ce moment, dans les manifs anti passe sanitaire... 

Depuis l'avènement d'un mouvement "ni de droite nie de gauche", les convictions politiques ont déserté. Il fallait voir toutes et tous ces élu.es LREM "issu.es de la goche" justifier l'abandon de l'ISF ou comprendre la loi Asile Immigration de Collomb... Voir toutes et tous les député.es LR se contorsionner pour justifier leur existence et dire que "Macron c'est pas la droite". Le pêché originel il est là : les marcheurs n'ont aucune colonne vertébrale, pas de conviction, pas de solide. Ils jubilent de la modernité liquide qui les pousse à dire aujourd'hui l'inverse de ce qu'ils disaient la veille. 

Le meilleur exemple de tout cela concerne les problématiques de laïcité, de diversité, d'immigration. En 2016/2017, Macron et Schiappa n'avaient pas de mots assez durs pour la ligne Valls, pleine de fermeture. 4 ans plus tard, ils reprennent tous les éléments de langage et arguments du Printemps Républicain, votent une loi contre le "séparatisme" et disent que Marine le Pen "est trop molle" (ça c'est Darmanin, rendons à Judas...). Alors, évidemment, le mauvais exemple vient de tout en haut, les convictions importent peu, ce qu'il faut c'est trouver une ligne.

Et dans les Manifs anti pass, soudainement, on a des défenseurs des libertés qui n'ont jamais eu un mot pour les migrants en centre de rétention, pour les détenus aux conditions si insoutenables que tous les organismes internationaux hurlent à la violation. Pas un mot, mais on les empêche de boire un café, nous sommes en dictature. Ils hurlent contre les discriminations, les stigmatisations : où étaient ils avec des projets de fichage, de flicage, des familles fragiles pour allouer leur RSA et leurs APL, avec une traque numérique intense jusque sur les réseaux sociaux, quand on fout la paix aux détenteurs de yachts ? Pas là. Ils n'étaient pas là et surtout pas dans les urnes à voter pour la justice sociale, écologique, pour le partage. On a eu des européennes, des municipales, des régionales. 3 occasions de donner des responsabilités, des moyens, du pouvoir à celles et ceux qui défendent la justice écologique, sociale, fiscale et les libertés. Le résultat de ces 3 élections marquent toutes un recul du bloc du progrès social et écologique. Même aux municipales ou EELV a réussi à enlever beaucoup de métropoles, la majorité des électeur.ices ont voté pour des listes conservatrices, violentes avec les migrants, les chercheurs d'emplois, revenants sur les acquis féministes et demandant la mort des normes écologistes. 

Pour la quatrième semaine de suite, les anti passe étaient mobilisé.es et pour la quatrième semaine, de plus en plus nombreux.ses. Elles et ils rivalisent de mauvaise foi pour se justifier un rôle de lanceur d'alerte, de défenseur des libertés publiques, pour se donner le beau rôle et éviter de voir une chose simple : les personnes vaccinées ayant 10 fois moins de chances d'être contaminé et de contaminer, seule la vaccination de masse permet de nous sortir de cet interminable bordel. Il n'y a aucune liberté, aucune grandeur d'âme à refuser de se vacciner. Vient un moment où on met la rhétorique de côté et la santé publique en avant. Basta. 

 

 

06/08/2021

Le dérèglement climatique ne prend pas de vacances

L'année pourrie que nous venons de vivre légitime évidemment de prendre de longues vacances, pour celles et ceux qui le peuvent. Encore une fois, cette crise Covid a été un amplificateur de toutes les inégalités que nous connaissons : celles et ceux qui ont le plus souffert des confinements et couvre feu, reclus dans des logements exigus, sont les mêmes qui furent le plus touchés par les conséquences économiques de la crise. Pour eux, l'idée même de partir en vacances cette année n'existait pas. Tristesse. 

Mais les journalistes, les éditorialistes, les rédacs chefs, eux, partent en vacances. Et les remplaçant.es dans les grilles d'été ont pour consigne de faire léger, de détendre. Merci de parler de l'Euro, du Tour de France, des Jeux Olympiques, de Kaamelot et OSS 117, des amours retrouvées de J LO et Ben Affleck. C'est ce qu'on fait. Ça et les manifs contre le pass sanitaire. Ceci occupe la majorité du temps d'antenne, d'onde, de colonnes... Et à côté, on traite, mais comme un mix de météo défaillante ou de faits divers un peu malheureux, les conséquences du dérèglement climatique lié à l'activité humaine. Les mégas feux de Californie et du sud de l'Europe, les inondations à l'est de l'Europe ou encore la surchauffe du pole Nord sont couverts, factuellement. Pic de températures, facture des dégâts, nombre de victimes, ces sujets sont traités majoritairement comme un bulletin météo qui aurait mal tourné.

Le rapport avec l'action de l'homme sur le climat n'est pas mis en avant avec suffisamment de constance, de gravité, d'alerte. La bétonisation de terres agricoles, l'artificialisation des sols est évidemment un open bar pour les inondations. Je me souviens de l'avoir entendu lors des terribles coulées de boue qui envahirent Vaison-la-Romaine, en 1992. C'est dire si ça date. Et ça n'était pas ailleurs, mais bien chez nous. 30 ans après, les inondations meurtrières et catastrophiques d'un point de vue matériel se sont démultipliées sans que cela ne force la main des législateurs pour interdire les permis de construire qui sont, indirectement, des permis de créer du chaos. A chaque fois, il faut des mobilisations citoyennes et non politiques pour empêcher ces drames. Comme la mobilisation de centaines de tracteurs d'agriculteur.ices au pays basque pour empêcher la vente d'un gigantesque terrain agricole à une héritière qui veut se faire une villa... Face à l'étendue de la grogne, les élu.es reconnaissent "qu'ils ont accordé le permis imprudemment"... Mais c'est assez fou de voir 30 ans d'attentisme, de 1/4 de mesures, de moratoire sur la publicité pour les SUV et toujours pas de consensus pour l'interdiction de la fabrication desdits SUV. 30 ans et chaque année les efforts à faire pour atténuer les effets de cette hausse du CO2 sont plus colossaux d'année en année. 

Chaque été, pendant les vacances, les méga feux sont de plus en plus importants, conséquents, proche des villes. Les inondations de plus en plus diluviennes et meurtrières. Je comprends bien que ça gâche un peu les vacances, mais cela ne me semble pas un argument suffisant pour se complaire dans une politique de l'autruche en attendant que ça passe...