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29/01/2022

1789-2022

Hier soir, Bertrand Guillot présentait son merveilleux roman "l'Abolition des privilèges" à la librairie l'Humeur Vagabonde. Il revenait sur la nuit du 4 août et le contexte qui l'avait précédé, d'inégalités si folles qu'elles n'étaient plus tolérables. Contrairement aux idées reçues, Louis XVI a vainement tenté pendant 15 ans de sauver sa tête en exigeant des nobles qu'ils payent à hauteur de leurs fortunes. Ces derniers lui répondaient "vous avez raison, mon Roi" et évidemment ne le firent jamais. La nuit du 4 août, ce qui fut décidé (mais pas entériné légalement, hélas) c'était de prendre l'argent là où il était et de limiter considérablement les avantages de fortune liés à la naissance. 

Aujourd'hui, nous sommes sur les mêmes tendances. Et l'augmentation folle des inégalités n'est pas un phénomène français. Dans tous les pays riches, elles s'envolent de façon insane et tous les dirigeants s'en alertent mais peu s'y attaquent. Laissons un peu de temps à Biden qui, après des années de laisser faire sous Obama et une goberge inédite sous Trump, s'en prend enfin explicitement à Bezos Musk et consorts... Pas chez nous. Chez nous, Macron narre encore les récits bidon des "capitaines d'industrie" des "chances pour la France". Le Président monarque chante les louanges des milliards qui pleuvent en France, permettant à la nouvelle cour d'acheter toujours plus de palais, toujours plus de terres, toujours plus de caprices (jets, yachts, écuries, que sais-je). Le candidat révolutionnaire s'inquiète du pouvoir d'achat du tiers état et les plumes courtisanes qui narrent l'actualité évitent de faire un rapprochement par trop embarrassant entre les deux récits. On fait comme si c'était normal.

Ce matin, Emmanuel Faber expliquait que les inégalités de salaires patronales étaient indécentes et qu'il fallait s'y attaquer. Le courtisan face à lui de saluer le courage de Faber qui avait renoncé à sa retraite chapeau, oubliant de signaler que le même Faber s'était versé entre 3 et 5 millions d'euros par an à la tête de Danone et avait grassement rémunéré ses cadres dirigeants comme ses actionnaires. En 1789, Noailles et les autres nobles qui avaient aboli leurs propres privilèges avaient plus de cran. 

Revenant sur l'archéologie de la Révolution, Bertrand Guillot dit que la colère s'est catalysée dans un clergé où les inégalités étaient encore plus crasses qu'ailleurs. Les curés de campagne émargeaient péniblement à 500 francs annuels et ne pouvaient aider les pauvres de leurs paroisses qui avaient faim. Dans le même temps, les évêques se versaient 100 000 francs de rente et n'avaient qu'une idée abstraite de la misère dans laquelle le peuple était plongé. Cette courroie de transmission révolutionnaire n'est plus là, mais les ferments de la colère sont bien identiques. Reste à espérer, pour une fois, que l'histoire soit bien un éternel recommencement. 

23/01/2022

Une pétition, c'est politique. Mais la politique, ça n'est pas une pétition

Décidément, Taubira et La Primaire Populaire auront dilapidé des moyens considérables pour faire perdre du temps à tout le monde. Je vois les candidats se congratuler des plus de 400 000 inscrit.es avec la signature "l'ultime chance de changer la donne". Ha ? En quoi ? On verra bien qui vote, nombre des inscrit.es de la première heure qui ne veulent pas voter pour Taubira s'abstiendront. Admettons qu'elle en ait 300 000, 350 000 même et allez, mettons qu'elle ait 400 000 votes en ligne. C'est plus que les écolos et LR, sans doute, mais en quoi cela change quoi que ce soit ? Puisque Mélenchon, Jadot et Hidalgo ne participait pas, la Primaire Populaire ressemble juste à une pétition...

On compara choux et navets. Oui, c'est plus que les autres primaires, mais qui étaient très encadrées, les LR ne pouvaient rassembler tellement plus que leurs militants. Quand ils ont départagé leurs candidats, en 2016, on était à 2 millions de votants, donc on se détend. 4 millions au PS pour Hollande. Idem. Si ce sont les clics qui comptent, Mélenchon a rassemblée 330 000 parrainages citoyens pour la présidentielle, sans moyens, juste avec les relais internes. Et il fait pas chier avec ça, puisqu'il vise plutôt que 7 millions de personnes se déplacent pour aller voter pour lui. Gagner une consultation en ligne, c'est gagner un championnat de matchs non officiels. 

En outre, ce qui me courrouce et qui n'est pas assez souligné par les commentateurs ce sont les moyens considérables mis en oeuvre par la Primaire des Forceur.euses pour mettre Taubira en orbite. Une trentaine de salariés à temps plein, des tas de bénévoles qui font du harcèlement téléphonique pour faire voter pour une pétition abusivement présentée en opération d'union. Sur leur site, la Primaire Populaire disent qu'ils ont récolté 920 000 euros... 920 000 euros pour une connerie de boy scout. Par comparaison, Jadot a levé 200 000 euros pour sa campagne... 920 000 euros pour que Taubira maximise des likes, puisque ça ne sont pas des votes entre candidats. Ses thuriféraires auraient mieux fait de lancer une campagne sur change.org...  920 000 euros perdus et un mois de plus à parler d'une Union morte et enterrée quand des dynamiques de campagne se créent : Mélenchon décolle, Jadot se consolide, Hidalgo se noie, dès lors le seul truc faisable était une substitution d'Hidalgo par Taubira, un truc de gauche molle entre eux comme c'est arrivé cent fois. 

 

19/01/2022

Mesures à la jeunesse : le clivage droite gauche bien vivant

Évidemment, "les jeunes" n'existent pas, en tant que groupe social. Cette précaution oratoire à la portée de tout lycéen ayant eu une introduction aux sciences sociales, les commentateur.ices de la présidentielle ne l'emploient pas, lorsqu'ielles détaillent les mesures des candidat.es à la présidentielle. Or, évoquer, "les jeunes" comme s'ils étaient sur une ligne de départ égale liée à leur état civil euphémise les inégalités folles contenues dans les propositions politiques. Si vous doutiez encore de la pertinence du clivage droite/gauche en 2022, il suffit de regarder ce qui est proposé pour la jeunesse. 

En septembre dernier, plusieurs ouvrage dont ceux de Paul Pasquali et Annabelle Allouch montraient que la situation s'étaient considérablement dégradée depuis "les héritiers" de Bourdieu et Passeron de 1964 à point que nous nous dirigions vraiment vers une "Héritocratie" une société où le "destin au berceau" pour reprendre une expression de Camille Peugny est presque scellé. Dès lors, toute mesure favorisant celleux qui ont déjà le plus relève du séparatisme. Et nous ne sommes pas déçus.

Jadot, Hidalgo et surtout Mélenchon, proposent des mesures universelles. Donner des droits aux jeunes, tous les jeunes, pour pouvoir étudier plus sereinement, sans avoir à travailler lourdement à côté. Une aide du service public pour celles et ceux qui ne peuvent rien demander à des familles impécunieuses ou des réseaux inexistants. L'échec en licence pointé par tous les exécutifs depuis 30 ans n'est pas que financier, évidemment, mais les conditions matérielles, la sérénité inhérente à un frigo rempli et une connexion assurée par la paiement de son forfait, ça change la donne. 

Zemmour, Pécresse et Macron veulent favoriser les donations. En clair, permettre aux héritier.es d'hériter encore plus vite. On héritait à 42 ans en moyenne dans les années 1990, 48 ans aujourd'hui et ça sera 57 ans en 2050. Pour "fluidifier" le ruissellement des plus riches vers les enfants des plus riches, une bonne petite niche fiscale et hop ! Leurs mesures sont catégorielles pour celles et ceux qui ont déjà le plus. Surtout, elles contredisent l'ADN libéral dont ces candidat.es se targuent. Quoi de plus antilibéral que la naissance ? Les libéraux conséquents sont pour une taxation à 100% de l'héritage et la plus faible possible du travail. Voulant ceinture et bretelles, la droite de 2022 veut la naissance et la vie, comme dans l'Ancien Régime.

Le Pen n'est pas en reste, elle qui vise un ultra démago "absence d'impôt sur les revenus de moins de 30 ans". Passons sur l'inévitable effet cliquet qui produira du mécontentement chez les jeunes de 31 ans qui se mettront d'un coup à payer ce qu'ils auraient dû payer pendant des années et pesteront contre "l'état rapetout", mais surtout qui paye l'IR ? Moins d'un.e français.e sur deux payent l'IR, 43% exactement. Aussi, les moins de 30 ans qui ont la chance d'en payer sont précisément celles et ceux qui ne sont pas en galère. Aucun.e livreur.euse Deliveroo, détenteur.ice d'un job précaire, petit boulot et autre rustine n'en paye. Alors peut être que Marine le Pen vise les fameuses victimes des effets de seuil, les quelques milliers de jeunes français.es, tout juste assez riches pour payer l'impôt sur le revenu, mais absolument pas assez pour être à l'aise, surtout sans famille derrière. C'est possible, mais on parle de quelques milliers de personnes, quand une classe d'âge, ce sont 600 000 personnes, 8 millions pour les 18-30 ans.

Universalité des mesures d'un côté, catégorisation de l'autre ; justice contre injustice, mérite contre naissance. Le pilonnage permanent sur le thème "le clivage droite gauche n'existe plus" produit un enfumage très fort. Mais qui ne résiste pas aux faits...